‹ Essais sur le droit public et privé de la république athénienneChapitre 128 sur 187 · CHAPITRE ni · texte numérisé non relu

CHAPITRE ni

pour assister à de grandes scènes où figuraient les principaux acteurs du drame politique, pour s’associer ou s’opposer par son vote à des résolutions qui engageaient la fortune et l’honneur d’Athènes. Il n’en était pas de môme pour l’Hèliée. A mesure que les Athéniens répugnèrent davantage à se voir livrés à l’arbitraire du magistrat, et qu’ils en appelèrent plus souvent , en matière civile comme en matière criminelle, au jugement de leurs pairs, les Hèliastes eurent à répondre à des convocations de plus en plus fréquentes. Il fallait sans cesse se déranger, laisser là son champ, son établi ou son comptoir, et livrer la maison à l’esclave paresseux ou fripon. Or cette perte de temps et d’argent, si l’on s’y résignait, comment s’en trouvait-on récompensé? Sans doute il se rencontrait des causes qui piquaient la curiosité du juge ou qui éveillaient ses passions, il en était qui l’intéressaient par la politique plus ou moins directement mêlée au débat, par l’étrangeté des événements qui avaient donné naissance au procès, par le nom, le caractère, la situation des personnes dont le sort était entre les mains du tribunal, enfin par le talent oratoire de l’une ou l’autre des parties. Mais c’était là l’exception. Bien des procès appartenaient à des espèces déjà connues et qui se présentaient à chaque instant ; ils n’avaient d’intérêt que pour ceux dont l’état y était engagé. C’était , comme nous dirions , d’insignifiantes affaires de police correctionnelle que les haines privées essayaient de grossir; c’était de subtiles discussions, comme celles que nous trouvons parfois dans Isée, sur des points controversés de droit civil, et, par exemple, sur quelque obscurité ou quelque lacune du droit testamentaire. Il fallait aux juges, pour suivre les débats, pour écouter les dépositions et la lecture des pièces, pour apprécier les raisons allé-

L’ORGANISATION JUDICIAIRE

guées de part et d’autre, une altention extrôme, qui ne devait pas laisser parfois de causer quelque lassitude et quelque ennui. Cette mission souvent ingrate, les prolétaires pouvaient-ils la rechercher, ou même l’accepter et la remplir d’une manière régulière et continue, aussi longtemps qu’il leur faudrait, pour s’en acquitter, renoncer, plusieurs fois dans le mois et souvent plusieurs jours de suite, au salaire de la journée? Tant que les fonctions des jurés furent gratuites , il fallut sans doute des circonstances tout exceptionnelles , des causes dont l’issue préoccupait vivement l’opinion publique, pour que l’on vît accourir et siéger dans les rangs des Hèliastes les jardiniers et les laboureurs de la plaine, les bâcherons de la montagne, les vignerons des pentes inférieures et des tièdes collines , les matelots du Pirée, les artisans et les petits marchands de la ville et du port. Seuls les riches, ceux pour qui d’autres travaillaient, se trouvaient toujours en mesure de répondre aux convocations qui leur étaient adressées. Le fait primait ainsi le droit, et les impérieuses nécessités de la vie maintenaient et reconstituaient, au profil du peti.t nombre, une prérogative que la loi avait depuis longtem[)s abolie.

Il y avait, à cet état de choses, un autre inconvénient, un autre danger. Tant que l’on ne put pas compter sur l’assiduité des citoyens qui formaient, après tout, le gros de la nation, il y eut à craindre que les Hèliastes, tirés des rangs d’une minorité toujours suspecte au peuple , n’eussent pas toute l’autorité désirable, et que l’opinion ne ratifiât pas toujours leurs arrêts même les plus justes; il y eut à craindre aussi que les bancs des tribunaux ne se trouvassent insuffisamment garnis , et que l’on ne manquât parfois de juges. C’est que d’année en année se multipliaient

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