‹ Essais sur le droit public et privé de la république athénienneChapitre 14 sur 187 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

autre mécanisme non encore inventé ; mais il n’en demeure pas moins certain que toutes ces institutions reposent sur une véritable ûction, sur l’hypothèse d’une parfaite et constante concordance entre les opinions des mandataires et celles des mandants , entre le parlement et le pays. Pourquoi les citoyens des républiques grecques auraient-ils été adopter cette convention , quand aucune nécessité pressante ne leur en suggérait la pensée? A Rome, quand la cité s’élargit au point de comprendre d’abord toute la population de l’ilalie, puis, bientôt après, celle des provinces voisines, il eût bien fallu trouver ou tout au moins chercher un moyen d’assurer la jouissance de leurs droits politiques à ces citoyens qui se comptaient par cent mille, et que séparaient du Forum et des Comices bien des journées de marche, des fleuves, des montagnes et des mers. Aurait-on résolu le problème de la même manière et dans le même sens que nous ? 11 nous est permis de le croire ; mais , sur ce point, nous en sommes réduits aux conjectures ; avant même que la question eût été posée dans l’opinion et publiquement discutée , le fer l’avait déjà tranchée. Les Césars tirèrent Rome d’embarras : ces pouvoirs que le peuple ne pouvait plus exercer directement, ils les concentrèrent entre leurs mains et les prirent tout entiers pour eux. Ils personnifiaient en eux le peuple, afflrmèrent-ils ; on les crut sur parole , et ce fut à ce titre que leur volonté devint, pendant plusieurs siècles, l’unique source du droit et la créatrice de la loi.

La difficulté que Rome aurait bien été forcée, sans l’intervention des Césars , d’aborder un jour ou l’autre, Athènes ne la soupçonna jamais ; quand la conquête macédonienne mit brusquement fin à l’existence indépendante et à la vie politique de la cité, celle-ci n’éprouvait pas plus de

LA CONSTITUTION ATHÉNIENNE. 17

peine qu’au temps de Périclès à réunir sur la place publique le peuple tout entier, à recueillir le suffrage de tous ceux auxquels il plaisait de s’intéresser aux affaires de l’Etat. Ce n’est pas par excès, mais par manque de citoyens , par disette d'hommes , ainsi que le dit énergiquement Aristote à propos de Sparte , que périssent les républiques grecques. Athènes , malgré la sévérité de ses lois sur la naturalisation , était moins rigoureusement fermée que Sparte et que bien d’autres villes aux étrangère domiciliés, à des compagnons de gloire et d’infortune comme les Plaléens, aux enfants naturels, aux esclaves qui s’étaient conduits en citoyens sur le champ de bataille. Il y avait plus de chances pour que le chiffre de la population s’élevât, ou . du moins, pour qu’il ne s’abaissât pas, à Athènes qu’à Sparte. Autant qu’on peut en juger en l’absence de ces renseignements statistiques, dont l’antiquité ne semble pas avoir soupçonné l’importance et l’intérêt , les familles devaient être plus nombreuses à Athènes qu’à Sparte. A Athènes, la fortune publique était plus également répartie; la vie était plus laborieuse, plus utilement occupée, plus saine ; les mœurs étaient plus honnêtes et plus douces, les liens de famille plus respectés. Dans de telles conditions, selon toute vraisemblance, les unions étaient plus fécondes. Des enfants qui venaient au monde , un plus grand nombre survivaient aux premières difficultés de l’enfance et atteignaient la maturité. Athènes n’était pas, comme Sparte, dédaigneuse et cruelle pour les faibles ; elle comprenait que l’homme n’est pas tout entier dans l’énergie musculaire , et qu’on peut bien servir son pays sans être un athlète ; aussi laissait-elle un plus libre cours aux sentiments naturels , aux compassions et aux tendresses maternelles. Ajoutons que, depuis la fin du cinquième siècle,

Page 1