CHAPITRE I
Athènes n’eut pas beaucoup à souffrir de la guerre : alliée tantôt de Thèbes, tantôt de Sparte, elle ne joua dans cette grande lutte qu’un rôle secondaire et n’y engagea jamais qu’une faible partie de ses forces. Athènes avait d’ailleurs déjà commencé à faire un fréquent emploi des troupes mercenaires et à épargner outre mesure le sang de ses propres citoyens. Dans le long combat qu’elle soutint contre la Macédoine, elle n’éprouva pas de désastres qui pussent se comparer à ceux de la guerre du Péloponèse ; seule, la journée fatale de Chéronée lui fit éprouver des pertes que quinze années de paix suffirent à réparer. Ainsi s’explique un fait qui peut, au premier abord, paraître surprenant : Athènes, à ce qu’il semble, possédait plus de citoyens au temps de Démosthènes qu’au temps de Périclès, à l’heure de la décadence que pendant les beaux jours de sa jeunesse et de sa virilité. On a là-dessus peu de données précises ; mais un renseignement qu’avait recueilli Philochore, et qui paraît avoir été emprunté à des sources officielles, nous apprend qu’en 413 il n’y avait à Athènes qu’environ quinze mille citoyens qui pussent justifier de leur litre ; près de cinq mille personnes , qui avaient usurpé le droit de bourgeoisie, furent, à l’occasion d’une distribution de blé, impitoyablement rayées de la liste (1). 11 résulterait, au contraire, de divers témoignages, que , pendant le cours de la lutte contre Philippe et au moment où se termina la guerre lamiaque , il y
* (1) Philochoros, ap, ScAo(. Aristoph.,ad rcipas.,716. Plulardi., Pericles, 37. D’après l’évaluation que donne Thucydide des forces militaires d’Athènes au commencement de la guerre du Péloponèse , le chilfre de la population se serait élevé de quatre à cinq mille Suies dans les dernières années de l’administration de Péridès et de la grande prospérité maritime d’Athènes; mais les désastres qui suivirent durent bientôt la diminuer de nouveau.
LA CONSTITDTION ATHÉNIENNE.
avait de vingt mille à vingt et un mille citoyens (1). — Mais dans ce total étaient compris une foule de citoyens établis comme Ulérouques en Eubée, à Lemnos, à Imbros, à Samos , ou retenus par leurs affaires dans les ports du Pont-Euxiu, de la mer Egée et de l’Adriatique. Parmi ceux même qui se trouvaient dans l’Atlique , il en était beaucoup que les travaux des champs ou les exigences d’un commerce de détail retenaient dans les plaines d’Eleusis ou de Marathon, dans les ravins du Parnès , ou dans les petits ports de la côte. C’est des temps de paix que nous parlons ici ; à plus forte raison , quand la république était engagée dans quelque grande guerre, beaucoup d’Athéniens, envoyés en expédition ou chargés de la garde des forteresses, ne pouvaient s’empêcher de manquer à l’appel. Tenez compte encore des abstentions , toujours plus ou moins nombreuses, qui s’expliquent par le scepticisme politique, par l’indilTérence et l’apathie de certains caractères , et vous comprendrez que , pendant la guerre du Péloponèse, l’assemblée, même quand il s’agissait des plus importantes délibérations , n’ait jamais réuni cinq mille votants (2). Quand il n’y avait à l’ordre du jour, comme nous dirions maintenant , que des objets sans conséquence, il devait arriver souvent que les Prytanes n’eussent autour d’eux, sur le Pnyx, qu’un ou deux milliers, parfois môme que quelques centaines de citoyens. 11 y avait telle mesure exceptionnelle, comme ïostracisme, où étaient intéressés l’honneur et la liberté d’un citoyen ; or , la loi
(1) Démoslh., C. Aristugll., I, 51. Vite A' oral., Lycurgus, 34. Plularcli., Phokion, 28. DioJor., XVIII, 18. Voir, sur ces varialious du chiffre de la populalion et sur les diflürenles indications que l'antiquité nous a laissées à ce sujet , Buei kh , Staalsaushallung det Albener, 1, 7.
(2) Thuc., VU!, 72.