CHAPITRE III
donnait lieu l’homicide, qu’il fût volontaire ou accidentel , avec ou sans préméditation (1). A ce titre, il présidait l’Aréopage, la cour des Ephèles, tant qu’elle se réunit, et plus tard les Héliastes, qui la remplacèrent dans les tribunaux que Dracon avait assignés aux Ephètes. L’incendie étant assimilé au meurtre, il est vraisemblable que ce crime rentrait aussi dans la compétence de l’Archonte-Roi.
En outre, l’Archonte-Roi était chargé de faire les préparatifs et de diriger la célébration d’un certain nombre de fôtes publiques. C’est de loi que relevaient les Grands Mystères éleusiniens, les Lénéennes, et tous les jeux gymniques, qu’ils fussent accompagnés ou non de courses aux flambeaux ; c’était lui qui choisissait et installait les gymnasiarques. Par suite, il avait à faire régler par les tribunaux tous les différends auxquels donnaient lieu ces solennités nationales, et l’exercice de fonctions qui provoquaient souvent d’ardentes rivalités (2).
COMPÉTENCE DU POLÉMARQEE.
Le troisième Archonte portait le titre de Polémarque (Two'XÉ[i.ap/o;). C’était ce magistrat qui, la royauté disparaissant, avait hérité du commandement de l’armée; c’était primitivement le général en chef de toutes les forces militaires et navales d’Athènes, et la création même des Stratèges par Clisthènes ne lui enleva pas tout d’abord cette
(t) Anliphon., super ChorenI a, H-i5.
(î) Pollui , VIII , 90. Dcmoslli., C. Lacril., 48. C. Baot., 9.
L’ORGANISATION JUDICIAIRE
autorité. A I^ïarathon, il a encore voix dans le conseil des généraux (1), et ce n’est que vers le temps de la seconde guerre niédique qu'il paraît avoir été dépouillé pour toujours de ce pouvoir ; les circonstances étaient devenues trop graves pour que l’on souffrît plus longtemps ce partage d’attributions, et que l’on remît au hasard de conflits dangereux la fortune d’Athènes. A partir de cette époque , le Polémarque n’a plus, comme les autres Archontes, que des fonctions administratives et Judiciaires; toute son activité se dépense dans la cité même, sur l’Agora. Mais, alors même, c’est encore par l’ancien rôle de ce chef militaire que s’expliquent ses attributions nouvelles (2).
A l’origine, en Grèce comme en Italie, la cité, retranchée au sommet de quelque hauteur d'un accès difficile, était presque toujours en guerre avec ses voisins, ou, tout au moins, elle se tenait toujours, à leur égard, sur une défensive soupçonneuse et défiante. II n’y avait qu’un mot pour exprimer deux idées qui, pour nous, sont très-distinctes, les idées ^étranger et d’ennemi (3); il a fallu des
(1) Il^rod., VI, 100, 1 11, lu. Les choses se passaient ainsi autrefois, dans l'ancien
temps, TG iiiiattGv, dit Hérodote en parlant de la disposition qui mettait, en campagne , le Polémarque sur le même pied que les Stratèges. On peut en conclure qu'au moment oii Hérodote écrivait , il y avait déji de longues années que le Polémarque était devenu tout à fait étranger au commandement de l’armée, tout en continuant de garder un titre qui rappelait son premier rdle. C'est aussi à celte ancienne constitution de l’Athènes primitive que se rapporte une glose curieuse des .Vs'Sstî ( Bekker, Anecdola, 1, p. 283 ), s. v.
KaOxpafGi : ot và; vaO; rvafaGXEodtlovTSî, xai Tptr.fapyoOvvE; , xai Tù> itorspipyw imoTETaYiisvoi. Les Nauefares dépendaient alors du Polémarque, comme plus lard les Triérarques des Stratèges.
(2) Outre son litre cl cette juridiction sur les étrangers , les seuls traits qui rappellent encoiv l’ancien caractère du Polémarque sont le droit qu’il a conservé de présider aux solennités funèbres célébrées en l’honneur des citoyens morts les armes à la main , ainsi que le soin qui lui est remis de sacrilier à Enyalios, le dieu de la guerre. Pollux , VllI , 91. Bekker, Anecdula , l, p. 290, 1. 29.
(3) Cic., De ofjic., 1,12. Hoslls apud majores nostros is diccbalur, quem nunc pere-