CHAPITRE I
voulait qu’en pareille matière rien ne piil être résolu à la légère, et que la décision prise représentât, d’une manière incontestable, l’opinion de la majorité. Elle avait cru pourtant devoir se contenter d’exiger un minimum de six mille suffrages exprimés ; demander un plus grand nombre de votants, ç’aurait été s’exposer à ne jamais les réunir. Bœckh, qui a si longtemps et si bien étudié Athènes, croit qu’à aucune époque, môme en pleine paix, aucune assemblée , quelle que lût la nature du sujet soumis à ses délibérations , ne compta dans ses rangs huit mille citoyens (1).
Ce chiffre même eût-il été parfois atteint , les Athéniens auraient encore pu, à la rigueur, suivre à peu près la discussion, et manifester leur opinion en levant la main ou en refusant aux décrets proposés celle marque d’approbation. On aurait eu sans doute à craindre un certain encombrement, beaucoup de bruit , de confusion et de désordre ; mais les désirs du peuple auraient toujours fini par se faire jour, la majorité aurait toujours trouvé moyen d’exprimer et de faire prévaloir sa volonté. En fait et dans l’usage ordinaire, le nombre de ceux qui se groupaient autour de la tribune pour écouter les débats et trancher les questions par leur vote, n’était guère que le double ou le triple du nombre de députés qu’ont réuni quelques-unes de nos assemblées délibérantes (2). Dans de telles conditions, pourvu que le local fût heureusement choisi et bien disposé, pourvu que les orateurs eussent la voix sonore et la prononciation distincte, pourvu que le public prêtât
(1) Bœckh , StaalsaushttUung, II, lA.
(2) L'Assemblée constituante de 1789 comptait, quand les trois ordres furent réunis, onze cent dix-huit membres. L’Assemblée constituante de 1848 se composait de neuf ants représentants.
U CONSTITUTION ATHÉNIENNE
aux discours une oreille attentive et exercée, la parole devait parvenir sans dilficulté jusqu’aux derniers rangs des auditeurs. Le caractère prosodique de la langue grecque , le rôle important qu’y jouait l’accent tonique, le soin avec lequel s’exerçaient à la déclamation, dès l’adolescence, les jeunes gens qui voulaient prendre quelque influence sur le peuple, tout cela contribuait à donner un caractère utile et pratique à cette institution de l’assemblée générale : il s’établissait, entre l'orateur et la foule, une rapide et intime communication, et quand le moment était venu d’aller aux voix, les votants étaient sans doute exposés à se tromper, ils pouvaient céder au caprice ou à la passion, mais ils avaient eu, pour se former une opinion, les mômes ressources, les mômes moyens d’information, que les membres de nos assemblées représentatives. 11 était facile à tout Athénien d'exercer, d'une manière effective, sur le Pnyx, le droit que lui conférait la constitution.
Ce ([ui me paraît donner une idée assez juste de YEkklêsia athénienne, ce qui aide à comprendre comment la délibération et le vote étaient possibles, ce sont les grands meetings anglais et américains. On s’y adresse à un public plus nombreux que ne l’était ordinairement l’assemblée athénienne; des résolutions y sont discutées et adoptées, quoique les votants se comptent parfois par milliers. Sans doute les choses ne s’y passent pas avec la môme régularité méthodique que dans les parlements, et toutes les formalités y sont très-si mpli fiées ; mais on n’en parvient pas moins à s’entendre et à se concerter pour une action commune.
Mais une assemblée, qu’elle se compose de quelques centaines ou de quelques milliers d'hommes, a toujours besoin qu’on lui prépare son travail et qu’ou dirige ses