‹ Essais sur le droit public et privé de la république athénienneChapitre 172 sur 187 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

l’alTaire, soit de porter le débat devant une autre juridiction. Avec les Arbitres, au contraire, s’ils avaient si bien tenu la balance égale que chacun se crût lésé , que personne ne fût satisfait , des adversaires obstinés , l’un et l’autre très-convaincus de leur droit, gardaient ouverte une porte par laquelle ils pouvaient passer pour tenter une fois de plus la fortune des luttes judiciaires. Le cas devait être assez rare, car presque toujours l’une des parties avait intérêt à invoquer la sentence arbitrale , à en réclamer le bénéfice; il se présentait pourtant. Quoique, dans le plus grand nombre des plaidoyers qui nous sont parvenus , ceux qui les prononcent protestent dans les termes les plus énergiques du désir qu’ils avaient de ne point paraître devant les tribunaux , de ne pas occuper les juges de leurs affaires d’intérêt et de leuis discussions de famille , quoiqu’ils déclarent bien haut que , s’ils se sont décidés à aller trouver le magistrat, c’est à leur corps défendant et contraints par la méchanceté de leurs ennemis, on ne détestait pas les procès, à Athènes (1). Quand on se donne tant de peine pour aller au-devant d’un soupçon , pour se disculper ainsi d’avance d’un défaut que personne ne vous a encore reproché , c’est en général qu’on ne se sent point , par cet endroit , à l’abri de tout reproche. 11 n’est pas de plus sûre manière de trahir à l’adversaire son côté faible que de trop bien le protéger, que de le couvrir avec une affectation qui laisse percer une inquiétude inavouée et la secrète conscience du péril (2).

(1) 4>i).oôiiteïv SoxoOiiEv, « nous passons pour aimer les procès, » dit i'orateur d’Athènes dans Thucydide (1, 7").

(î) Lysias, XIX, 55. C. Archebiad. (fr. 41).

L’ORGANISATION JUDICIAIRE

Ce n’élait point à leur entrée en fonctions , comme nous l’avons supposé ponr les Arbitres tirés au sort , que les Arbitres choisis prêtaient serment. Tant que leur tâche se bornait à tenter un essai de conciliation, le serment n’était pas nécessaire ; si , d’après le compromis écrit ou verbal auquel avaient adhéré les adversaires, les Arbitres devaient prononcer une sentence qui mettrait lin à la contestation, les Arbitres, avant de prendre le rôle de juges, se liaient par un serment dont nous no connaissons pas les termes , mais auquel les orateurs font de fréquentes allusions (1). 11 y a là un curieux indice de l’importance que les Athéniens attachaient au serment, cl la preuve indirecte d’un fait que nous avons avancé sans pouvoir appuyer notre assertion sur aucun te.xle ancien ; nous voulons parler du serment que n’ont pu, selon nous, manquer de prêter les Arbitres tirés au sort. Ce serment que les particuliers exigeaient, toutes les fois qu’il y avait une sentence à rendre, de ceux qu’ils avaient choisis entre tous pour leur remettre le soin de leurs intérêts, comment la cité , comment les particuliers ne l’auraient-ils pas imposé à ces juges de première instance qui n’avaient été désignés que par le sort ?

Il arrivait souvent que les parties allaient choisir leur juge parmi les Arbitres publics de l’année , mais qu’elles concluaient en même temps une de ces conventions que l’on passait ordinairement avant de comparaître devant les Arbitres élus. Dans ce cas, en vertu de cette convention, la sentence de l’Arbitre public devenait inattaquable par la voie de l’appel; mais l’Arbitre public, quoique son rôle fût alors modifié, gardait encore sa responsabilité person-

(1) Isœus, De ikntcl. hcred., 30-32. De Diceog. Iiered., 32, 33.

Page 1