‹ Essais sur le droit public et privé de la république athénienneChapitre 178 sur 187 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

qu’un jeune homme débutant dans la vie politique se vît insulté, lésé, persécuté par quelque riche et puissant personnage, par quelque orateur en renom. Souvent la victime de ces injures et de ces violences hésitait à engager une lutte judiciaire dans des conditions inégales et désavantageuses : dans les causes publiques, lé demandeur en faveur de qui ne se prononçaient pas au moins le cinquième des voix, était condamné à une amende de mille drachmes et perdait 1e droit de jamais intenter à l’avenir une autre action du môme genre. C’était tout bénéfice que de trouver, en pareille occurrence, un moyen de tâter d’abord l’opinion, et de reconnaître, par une première épreuve, quelle serait, selon toutes les vraisemblances, la disposition des Juges quand ils seraient appelés à se prononcer. Cette épreuve, c’était dans l’Assemblée qu’on la tentait. Après y avoir été autorisé par les Prytanes, le demandeur exposait au peuple les faits sur lesquels il comptait fonder sa plainte; il fallait d’ailleurs, pour que l’on pût l’entretenir ainsi de ses griefs, que les actes dénoncés à l’indignation publique n’eussent pas seulement porté atteinte à des intérêts privés, mais qu’ils eussent, en quelque manière, troublé l’ordre et la paix de la cité et qu’ils menaçassent de compromettre la sûreté de l'Etat. Les actes en question présentaient-ils ce caractère , on priait le peuple de les réprouver, de les condamner hautement par un vole de censure; celui-ci écoutait l’accusation et la défense, et si les faits lui semblaient prouvés, il accordait le vote demandé. Cette manifestation n’avait point de conséquences légales; le peuple ne rendait point une sentence, n’infligeait point de peine afflictive ou infamante à celui dont il blâmait ainsi la conduite par une solennelle déclaration; l’effet de cette déclaration était

L’ORGANISATION JUDICIAIRE

tout moral. C’élait affaire au plaignant de voir s’il profiterait de ce premier avantage, s’il pousserait l’affaire plus loin, et s’il en saisirait le magistrat et les llèliastes. Se décidait-il à continuer les pQursuites, le vole du peuple créait en sa faveur une présomption qu’il saurait invoquer et exploiter devant le tribunal. Sans doute les Hèliastes reprenaient à nouveau toute l’affaire, et n’étaient nullement liés par l’avis qu’avait exprimé l’Assemblée; mais ceux qui siégeraient comme juges dans le procès proprement dit seraient tirés des raugs de la foule qui sur le Pnyx avait accueilli la plainte et marqué, par une publique censure, la répulsion que lui inspiraient les procédés et tous les actes de l’inculpé. L’opinion avait ainsi en quelque sorte pris parti, elle s’était rangée du côté de l’noou s é , et il y avait bien des chances pour qu’elle continuât à le soutenir ju.squ’au bout, pour qu’elle ne se déjugeât point et le fît triompher dans le combat judiciaire.

D’autres fois le plaignant se contentait de la satisfaction morale qu’il avait obtenue; celui qui l’avait offensé venait offrir un compromis, afin d’éviter les risques d’un procès, et le demandeur acceptait cette transaction. C’est ce qui arriva notamment dans la lutte que Démosthènes avait engagée contre Midias. Quelque belle que parût être la partie que Démosthènes avait à jouer, il pouvait encore craindre de la perdre; devant les tribunaux comme à la guerre, on reste toujours exposé à de brusques accidents et à de singuliers retours de fortune (1). Démosthènes

(1) C’est ce qu'un plaideur ose dire aux juges athéniens dans un procès où pourtant, par suite des ûrconstances politiques, les esprits pouvaient être très-montés contre lui, et où il aurait eu, ce semble , tout intérêt à ménager le jury. L'adversaire d'un certain Callimaque , accusé par celui-ci d'avoir pris part à des actes de violence commis sous les Trente , raconte par quelles suggestions il a été conduit à accepter un compromis : ■ devant

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