CHAPITRE
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jamais ni s’arrêtât un seul jour ; il lui fallait bien avoir en main une arme dont il pût se servir lui-mômc et sans avoir besoin d’appeler à son secours le peuple ni les tribunaux. Celte arme n’était point meurtrière et ne faisait point de blessure grave ; mais elle avait l’avantage de pouvoir être maniée rapidement , et , quand le Sénat était bien dirigé , elle devait sufllre pour prévenir par la crainte bien des irrégularités , pour stimuler la paresse , avertir la négligence, et triompher de ces résistances que le caprice ou rinlérêt privé oppose souvent aux décrets du pouvoir exécutif, aux règlements d’ordre et d’intérêt public. C’est ainsi que nous voyons dans Démosthènes un ex-triérarque refusant de livrer à son successeur les agrès qu’il avait reçus do l’Etat, et que réclamait, pour équiper son navire, le nouveau titulaire de la charge; celui-ci, pour obtenir ce qui lui était dû, est obligé de s’adresser au Sénat. Le Sénat accueille la plainte, enjoint la remise immédiate des agrès, et en frappe le détenteur d’une amende de vingt-cinq drachmes ; la mauvaise volonté que ce citoyen avait témoignée et les démarches qu’il avait imposées au. nouveau triérarque avaient pu retarder le départ de la flotte, départ que le Sénat avait mission de hâter autant que possible (I).
Cette juridiction, dont la compétence était si nettement déterminée par la loi, nous apparaît ainsi , dans l’exemple que nous venons de citer, comme un naturel et nécessaire complément de ces pouvoirs administratifs que la constitution avait conférés au Sénat. En dehors de ces limites et pour tous les délits qui n’eussent pas été suffisamment punis par une amende inférieure à cinq cents drachmes , le
(1) Dcmoslh., C. Everg. et ilnesib., 26-44.
L’ORGANISATION JÜDICIAIUB.
Sénat est incompétent; il ne peut que saisir les Hèliastes, tantôt par l’intermédiaire du peuple , tantôt , à ce qu’il semble , directement et sous sa propre responsabilité , quand le temps presse et qu’il y a urgence d’aviser et de punir (1). D’ailleurs, quoique les attributions dos différents corps de l’Etat fussent moins rigoureusement définies à Athènes que dans le droit public des Etals de l’Europe moderne , le sentiment athénien se prononçait vivement contre toute mesure qui eût confondu entre les mains des Sénateurs le pouvoir politique et le pouvoir judiciaire. Un des reproches les plus graves que Lysias, organe de la démocratie victorieuse, adresse aux tyrans aristocratiques qui viennent d’être renversés, c’est qu’ils ont dépouillé les llèliastes de leur juridiction pour la transporter au Sénat; c’est qu’ils ont fait prononcer par les Cinq-Cents des condamnations à mort (2). Du même coup, les Trente avaient aussi viole un des principes fondamentaux de la procédure athénienne ; ils avaient supprimé le scrutin secret ; ces Sénateurs qu’ils avaient illégalement investis des fonctions de jurés, ils les avaient contraints de voter à bulletin ouvert. Cette utile et sage séparation des pouvoirs, ces garanties , les plus efficaces que la loi puisse assurer au prévenu pour le protéger contre les chances d’erreur toujours inséparables de toute justice humaine , tout cela avait été ainsi méconnu et supprimé par ce parti qui s’intitulait « le parti des honnêtes gens, n et qui méprisait si fort ce peuple d’artisans, de laboureurs, de commerçants et de matelots.
(1) Ainsi , d'après le décret que cite te pseudo-Plularque dans la Vie d’Anliphon ( Vil. X, oral.), Aniiphon aurait été traduit directement devant les Hèliastes par le Sénat , sans que la dénonciation cQt été soumise au peuple.
(2) Lysias, C. Agoral., 35-39.