‹ Essais sur le droit public et privé de la république athénienneChapitre 19 sur 187 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

était-elle payée aux sénateurs pendant toute la durée de leurs fonctions, ou plutôt ne leur était-elle accordée, comme celle des citoyens qui assistaient à rassemblée et de ceux qui siégeaient dans les tribunaux, qu’en échange de leur temps, les jours où ils faisaient acte de présence? C'est ce que nous ignorons; il semblerait plus confornie à la coutume athénienne qu’il n’y ait ou indemnité distribuée que là où il v avait dérangement réel et service rendu à l’Etat (1).

11 était rare, en effet, nous en sommes avertis par de nombreux indices, que le Sénat fût au complet. La loi même semblait autoriser , ou du moins elle tolérait l’absence d’une partie des sénateurs ; elle n’imposait, en effet , qu’aux sénateurs d’une tribu à la fois l’obligation de l’assiduité. C’était une combinaison originale que le système des Prytanies ; c’était un des traits qui distinguaient la constitution d’Athènes , et je croirais volontiers que les villes grecques où on le retrouve, Cyzique par exemple, l’avaient emprunté à la glorieuse cité qui marchait à la tète de la race ionienne. Aussitôt le Sénat constitué, il se

parait les fonds ndeessairos pour les frais des assemblées , des sacrifices , du Sénat , de la ravalerie et des autn'S dépenses. »

(1) On pourrait tiri^r une conclusion contraire d'un curieux passage de Thucydide. Quand les Quatre-Cents , en 41 1 , s’emparent du pouvoir et s’installent dans le palais du Sénat, ils congédient les sénateurs de l’année, en leur faisant distribuer leur solde pour tout le temps qui res(jiit à courir ( toü ÛKo).otirou /povou rawo; ), c’est-à-dire sans doute pour trois ou quatre mois qui devaient encore s’écouler avant Hécatonibéon. Chacun reçoit sa paie et s’en va. Faut-il en conclure nécessairement que, dans la régie ordinaire, tous les sénateurs étaient payés pour tous les jours oit quelque fête n’empécliait pas le Sénat de siéger'? Non certes. On peut croire que, pour ne mécontenter personne et pour dédommager, par un bénéfice pécuniaire , ceux qu’ils destituaient et dépossédaient, les chefs aristocratiques auront bien voulu supposer que tous les sénateurs présents ce jnur-là le seraient à toutes les séances du reste de l'année. Ce serait en prenant comme point de départ cette complaisante hypothèse que les auteurs du coup d’état auraient réglé le compte de ceux ((u’ils mettaient à la porte. Thucyd., Vlll, 69, '0.

LA CONSTITUTION ATHÉNIENNE

trouvait divisé de plein droit en dix bureaux, comme nous diiions, dont chacun comprenait la dixième partie du Sénat, les cinquante sénateurs d’une tribu. On tirait au sort l'ordre dans lequel se succéderaient les tribus; une fois les rangs ainsi réglés, chacune de ces dix commissions avait, pendant la dixième partie de l’année, la présidence du Sénat et de l’assemblée du peuple. C’était ces divisions décimales de l’année que l’on nommait Pnjlanies (iip'jTaveiai), et, pendant le temps où leur tribu se trouvait ainsi en première ligne, les cinquante sénateuis qui la représentaient prenaient le nom de Pnjlanes (np-jTâvE-.ç) (1). On donnait alors à la tribu le titre de r, rpuTaveyouca , « celle qui exerce la Prytanie. » Pendant toute la durée do la Pryt tanic, les sénateurs de la tribu à laquelle appartenait, pour le moment, ce privilège, étaient de service ^ pour parler notre langue politique; ils étaient tenus, nous ne savons sous quelles peines , de se rendre dès le matin dans la salle "des séances, et do passer la journée à expédier les affaires courantes (2). Ils ne retournaient pas chez eux môme pour prendre leur repa.« ; mais ils s’asseyaient à une table qui était tous les jqurs dressée et servie aux frais de l’Etat dans le Tholos, édifice situé lui aussi sur l’Agora; ils retrouvaient là les ambassadeurs étrangers, et quelques

(1) I.p nombre des jours de l’année n’élanl pas exactement divisilile par dix, les Pi jlanies n'étaicnl pas toutes d'égale durée. Elles se trouvaient aussi allongées qband revenait l'année où, pour raccorder l’année lunaire et l’année solaire, on ajoutait un mois intercalaire. Sur la durée moyenne de ces périodes et sur leurs variations, voir G.-F. Schn)mann, Grleckisclie Mlerlhiimer, I, p. 378. Voir aussi, sur cette division, Harpocration, s. v. nfjvàvsi; ; le second argument du discoure de Démoslhénes contre Androtion.

(2) Platon, qui est si sévère pour la démocratie athénienne, lui emprunte pourtant, dans scs Lois , sans en avertir scs lecteurs , cette ingénieuse et simple combinaison , et il insiste sur les avantages qu’elle présente (i., VI, p. 758). On pourrait citer dans cet ouvrage plusieurs autres emprunts de même nature, ainsi : la dokiraasie (p. 751, c), la responsabilité des magistrats (p. 761, c), l’organisation de la juridiction arbitrale (766, e ; 767, b), etc.

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