‹ Essais sur le droit public et privé de la république athénienneChapitre 20 sur 187 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

citoyens que l’Etat s’était chargé de nourrir leur vie durant, en récompense de leurs propres mérites ou des hauts faits de leurs ancêtres (1). Le Sénat n’était autorisé à interrompre scs travaux que pendant les grandes fêtes (2). Tous les jours non fériés , il se réunissait sur la convocation desPrytancs; mais, à moins que la séance, dont ceux-ci avaient dressé d’avance le programme (3) , ne présentât un intérêt particulier , beaucoup des sénateurs dont la tribu n’avait pas la l’rytanie restaient chez eux et vaquaient à leurs affaires. Suivant les circonstances , le Sénat était plus ou moins nombreux ; il devait arriver rarement qu’il se trouvât au complet. D’ailleurs, pour tous ces détails d’administration, où, nous le verrons, devait entrer le Sénat , et qui occupaient la plus grande partie do son temps, un comité de cinquante à cent personnes valait bien mieux , était dans de meilleures conditions qu’une assemblée de quatre à cinq cents. Il est probable qu’aux Prytanes s’adjoignaient habituellement d’eux-mêmes, pour les aider à tenir le travail au courant , ceux des sénateurs de l’année qui avaient le plus l'habitude et le goût des affaires. Démoslhènes nous apprend , dans la Midimne , qu’au début de sa carrière politique le sort l’avait une fois désigné comme l’un des représentants de la tribu Pandionidc, à laquelle il appartenait (4). Peut-on croire qu’il ait laissé échapper cette occasion de s’initier, par une pratique et une partici{)ation quotidienne , à tous les détails de la politique et de l’administration? Etait-il plus commode

(1) Harpocralion, Suidas, s. v. B6>,o;. Pollux, VIII, 155 ; IX, 40.

(2) Poilus, VIH, 95. Aiisloph., Thesmophoriai., "8.

(3) Poilus, Vlll, 95.

(4) C. m., III.

Digitizod by Csjugic

LA CONSTITUTION ATHÉNIENNE

apprentissage, meilleure manière de s’essayer, devant un auditoire restreint, à la parole et au conseil?

Le collège des Prytanes était donc comme une section permanente du Sénat ; il lui fournissait en même temps son président. Tous les matins, le sort désignait un directeur (ÈTCLiîTaTriç) , qui était, pendant toute la journée, le véritable chef du gouvernement, le président du Sénat, et, s’il se tenait une assemblée du peuple, le président de cette assemblée. C’était entre ses mains qu’étaient déposées les clés de Vopislliodome du Parthénon, où l’on conservait le trésor public , et celles du temple de la Mère des dieux , où se gardaient les archives publiques ; c’était à lui qu’était conûé le sceau de l’Etat (1). La loi défendait qu’un même citoyen exerçât deux fois, dans le cours d’une Prytanie, cette haute prérogative.

De toutes les attributions que possédait le corps dont nous venons de décrire l’organisation , la plus importante était l’élude et la préparation des mesures qui devaient être proposées, des décrets qui devaient être soumis à l’approbation du souverain , c’est-à-dire du peuple réuni sur le Pnyx en assemblée générale. C’était une des maximes les mieux établies et les plus constantes du droit public d’Athènes , qu’aucun projet de loi ou de décret ne pût être porté devant l’assemblée avant d’avoir été examiné , discuté, et, sinon toujours approuvé, au moins visé par le Sénat (2). Il y avait là une utile et sage précaution :

(1) Suidas, s. v. ’EKtoTàtT,;. PoUux, Vlll, 97. Alterum argumenluin orationis in Androllonem.

(2) Plutarcli., Solon, g 19. Demoslli., C. Androt. 5. G. -Fr. Sdiœmaim {De comitiis Alhententium , p. 99-98) explique Irès-bieu qu'il ne faudrait pas croire, comme paraissent le faite certains grammairiens anciens et certains commentateurs modeines , que le peuple ne pût voter qu’une résolution déjà adoptée par le Sénat ; à quoi aurait-il servi alors

Page 1