CHAPITRE I
quoique tirés de la foule par le seul hasard , les sénateurs arrêtaient certainement au passage plus d’un projet chimérique, illégal ou dangereux, qui aurait eu chance de réussir auprès de cette même foule. Les sénateurs ne sont pas les premiers venus; la condition d’âge faisait d’eux des hommes dont les plus jeunes touchaient déjà à la ma- «
turité , tandis que la plupart l’avaient déjà atteinte ou dépassée. En même temps, ceux des Athéniens dont la réputation était le plus compromise se voyaient écartés par la doUimasie, ou, d’autres fois, en ne donnant pas leur nom au magistrat , ils s’épargnaient le risque et l’ennui d’avoir à affronter cette enquête. Enfin , on délibère en petit comité tout autrement et sur un tout autre ton que dans une nombreuse assemblée. Bien des gens honnêtes et sensés, qui, faute d’habitude et d'aplomb, n’auraient jamais osé monter à la tribune du Pnyx , faisaient volontiers profiter le Sénat de leur jugement et de leurs lumières. ^
Souvent, le Sénat ne laissait les Prytanes mettre un décret en délibération (ypr.gaTi^Ew) et le proposer aux suffrages populaires (£ri]>T,'pt^£iv) qu’après avoir aidé celui qui l'avait rédigé à en foi tifier les considérants ou à en améliorer les dispositions. En tout cas, il y aurait eu extrême imprudence à permettre aux orateurs de s’adresser d’emblée au
de ronsuUer le peuple? Les liisloriens d'ailleurs nous citent plusieurs circonstances où le Sdiiat s’étant prononcé dans un sens, te peuple, après avoir écouté scs orateurs, décida en sens contraire. Ce qu'il faut entendre par ce principe , c’est que l’on ne pouvait soumettre à l’assemblée aucune proposition sans en avoir avisé le Sénat, l.es sénateurs , quelque opinion qu’ils eussent au sujet do la motion, devaient, presque toujours, réserver la décision au peuple, dont personne ne songeait à contester ta souveraineté. Il arrivait pourtant que les Platanes , qui se savaient personnellement responsables , se refusassent formellement à introduire dans l’assemblée certaines propositions. Ce qui devait être beaucoup plus fréquent chez un peuple habitué à ces tempéraments sans lesquids ne va pas la pratique des gouvernements libres, c’est ([u’aprés un échange d’obst-rvalions, les orateurs s’entendissent i l’amiable avec le Sénat.
LA CONSTITUTION ATHÉNIENNE
peuple, et de le prendre tout d’abord pour confident de toutes leurs fantaisies, de tous les rêves que leur aurait suggérés une imagination échauffée ou une ambition surexcitée. A Athènes plus que partout ailleurs, entre le peuple et ceux qui prétendaient le conduire , qui souvent cherchaient à l’exploiter, il fallait l’opportune intervention et l’incessant contrôle d’une autorité modératrice.
Nous reviendrons au Sénat; nous suivrons ses délégués, les Prytanes , l’Epislate , les Proédres , dans le sein de l’assemblée populaire, et nous verrons comment ils en dirigeaient les délibérations ; il convient auparavant d’indiquer en quelques mots les fonctions secondaires que la force des choses et les nécessités du gouvernement avaient peu à peu réunies dans les mains du Sénat des Cinq-Cents. Athènes avait en fait , sinon en litre, de véritables ministres dirigeants, qui se partageaient, comme nous le montrerons , les différentes branches du gouvernement; mais elle n'avait rien qui ressembltU à ces différents départements ministériels entre lesquels se répartissent, chez nous, toutes les affaires administratives. C’est l’Egypte ptolémaique, c’est l’empire romain qui ont inventé ce que nous appelons les bureaux. A Athènes, l’administration était, si l’on peut ainsi parler, réduite au minimum ; c’était le Sénat qui la dirigeait tout entière et qui contrôlait la gestion de tous les magistrats , de tous les collèges entre qui se distribuait le travail que se divisent entre eux nos sept ou huit ministères (1). Ainsi, c’était ce conseil qui avait
(1) Voici comment Xénophon résume les atlribullons du sénat alliénion {Üerepuhl. athen.f 111, 2) : Sè pou).i^v pouXcy'ratyOai ôet, 7co).).à jiÈv 7rsf.i toO roXÊjioy, ■jtoXXà
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