‹ Essais sur le droit public et privé de la république athénienneChapitre 31 sur 187 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

quelqu’une de ces grasses sinécures qui sont comme l’appoint nécessaire des fortunes aristocratiques. En dépit de ces réserves , admettons pourtant que , chez nos voisins , les représentants de la nation et toute une catégorie de magistrats fassent ou soient censés faire gratuitement leur ouvrage. Si l’on part de cette théorie, si l’on se place à ce point de vue , on a le droit de désapprouver la solde de l’assemblée et des tribunaux. On peut alléguer que l’appât de cette rétribution devait conduire les citoyens, les plus ignorants même et les plus inexpérimentés, à négliger leurs propres affaires pour se mêler, à tort et à travers, de celles de l’Etat. On se fatiguait moins à écouter des harangues et des plaidoyers qu’à travailler de son métier ; « aussi, » dira-t-on, « le peuple se trouvait amené par là à multiplier les assemblées, les juges étaient disposés à faire traîner les procès ; il y avait là une prime assurée à la paresse, à la présomption, au bavardage. »

Ces objections sont plus spécieuses que sérieuses; il n’y avait guère par an, en moyenne, plus d’une cinquantaine d’assemblées, et encore, en dépit de l’indemnité promise, plus de la moitié, les deux tiers au moins des citoyens faisaient-ils ordinairement défaut les jours d’assemblée (1). Parmi ceux qui habitaient la ville, et qui quittaient leurs affaires pour monter au Pnyx , il n’y en avait qu’un trèspetit nombre qui prissent la parole et qui intervinssent dans les débats ; là , comme dans nos assemblées représentatives , c’était sur quelques personnes que portait tout le poids de la discussion publique, et la grande majorité se contentait d’écouler plus ou moins tranquillement les

(t) Voir les évaluations, d’ailleurs purement conjecturales et approximatives, auxquelles arrive Bæckli par une série d'inductions {Staatsaushallung, 1, ch. U).

LA CONSTITUTION ATHÉNIENNE

raisons alléguées de part et d’autre , puis de trancher la question par son vote. Quant aux tribunaux , on fait souvent à ce propos une confusion qu’il importe de signaler ; les tribunaux athéniens furent extraordinairement occupés pendant le cinquième siècle , pendant tout le temps que dura l’empire maritime d’Athènes; c’est qu’alors ils jugeaient en dernier ressort les procès des alliés (1). Après la guerre du Péloponèse et la chute de l’hégémonie athénienne, la juridiction des héliastes se trouvant restreinte aux limites de l’Attique, le nombre des affaires portées au rôle diminua singulièrement , et les tribunaux durent chômer bien plus souvent. D’ailleurs cette société , que l’on accuse d’avoir perdu son temps et usé ses forces en de vains exercices de parole, en de bruyantes et stériles discussions, a été la plus commerçante et la plus industrielle de toutes les cités grecques; aussi bien que l’artiste, le littérateur ou le philosophe , l’économiste la place à la tête du monde hellénique; il reconnaît, il proclame combien son activité a été féconde et variée.

En tout cas, ce n’est pas à la France contemporaine qu’il appartient de critiquer le principe adopté par la démocratie athénienne ; nous aussi , nous avons pensé que , dans une démocratie, aucun citoyen ne devait être privé par la médiocrité de sa fortune du droit de s’occuper des affaires publiques (2). Une fois admise cette conception, il

(1) Xenoph., Derep. Athen., I, 16.

(3) C'cftait aussi l'avis d' Aristote; il allait jusqu’i voir là une des raisons qui justifient l’esclavage : i Dans un état bien gouverné , » dit-il , « il faut que les travaux nécessités par les besoins de la vie laissent à chaque citoyen le loisir de s’occuper des affaires publiques. Ces travaux sont la part des esclaves. • Polit., 11, 9. Quoique Athènes eût aussi des esclaves, beaucoup de citoyens y vivaient du travail de leurs mains , comme nos ouvriers. Préoccupé du problème qui tourmente Aristote, le législateur y avait trouvé une autre solu-

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