‹ Essais sur le droit public et privé de la république athénienneChapitre 32 sur 187 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

ea résulte nécessairement que la nation doit une indemnité à celui qui, pour faire profiter le pays de ses lumières et de ses conseils , néglige ses propres occupations , interrompt un travail qui , seul , assurait sa subsistance et celle de sa famille ; autrement cette égalité , dont nous sommes si fiers et dont le nom figure, depuis quatre-vingts ans, en tête de toutes nos constitutions, serait supprimée de fait. La loi aurait beau proclamer alore tous les citoyens électeurs et éligibles ; d’impérieuses exigences reconstitueraient , au profit d’un petit nombre, un privilège que las législateurs avaient cru détruire, et ceux-là seuls qui ont du temps et de l’argent à perdre pourraient désormais briguer ou même accepter un mandat de député. C’est pour ce motif que , depuis l’établissement en France du suffrage universel , les membres de nos assemblées délibérantes reçoivent tous une indemnité. Les citoyens qui , à Athènes, assistaient aux débats de l’Ekklêsia et s’associaient à ses résolutions, jouaient le môme rôle et rendaient les mêmes services que dans les monarchies constitutionnelles de l’Europe moderne les représentants du pays. La différence, c’est que, môme en tenant compte de la dépréciation des métaux précieux, Athènes payait beaucoup moins cher ceux qui s’occupaient de ses affaires. Pour ne rien dire des dotations de nos sénateurs, nos députés reçoivent à peu près cent francs par séance ; or, à Athènes, au sortir de l’assemblée, chaque citoyen touchait trois oboles , c’est-à-dire à peu près quarante-cinq centimes de notre monnaie (1). Nous ne rétribuons pas, il est

Uon ; c'élait au moyeu des indemnités payées par le trésor qu’il avait cherché i garantir aux pauvres l'exercice de leur droit.

(1) Au budget de 1861, que je me trouve avoir sous les yeux, les indemnités des députés, calculées pour une session ordinaire de trois mois , forment un total de deux millions deux

LA CONSTITUTION ATHÉNIENNE. 49

vrai, nos jurés; mais aussi ne sonl-ils pas choisis indistinclement parmi tous les citoyens, et les prolétaires ne figurent-ils pas sur la liste du jury , quoique aucune loi ne les en exclue ; on ne peut songer à prendre , sans la payer , la journée de ceux qui en attendent le pain du soir. Ajoutons encore un trait : c’est sur les magistrats que retombe, en France, la plus grosse part de ce travail judiciaire qu’à Athènes les jurés faisaient à eux seuls tout entier ; or , nos magistrats sont salariés. A Athènes , au contraire, les magistratures étaient toutes gratuites ; les Archontes, par exemple, qui présidaient habituellement les tribunaux , ne recevaient pas d’appointements ; car on ne pouvait appeler de ce nom de faibles subventions telles qu’un repas au Prytanée, ou qu’un léger prélèvement sur les frais de justice (1). Avant de reprocher aux sénateurs athéniens leur drachme quotidienne, aux membres de l’assemblée et des tribunaux leurs trois oboles, demandons-nous si , quand l’Etat nous dérange pour son service , nous ne lui réclamons pas de bien autres compensations , un salaire qui nous assure de réels et sérieux bénéfices.

Au contraire, les trois oboles que touchait le citoyen

mille cinq cents francs. D'après les calculs de Boeckh , la solde de l'assemblée devait , à Athènes, coûter au trésor public, année moyenne, de trente à trenle-cinq talents, c'est-àdire de cent soixante-cinq raille à cent quatre-vingt-quinze mille francs ; encore croirais-je que les calculs de Bœtkh reposent sur une évaluation très-contestable , sur l'hypothèse d'assemblées réunissant en moyenne huit mille citoyens. Brnckh compte que chaque asseniblée coûtait au trésor quatre mille drachmes ; or j'imagine que l'assemblée ne réunissait pas ordinairement plus de deux mille à trois mille citoyens , et que ta dépense était par suite bien moindre que ne l'a cru Bœckh. C'est là aussi l'avis de G.-Kr. Sclimmann {Griechische Alterihümer, 1 , p. 440); il croit qu'il était bien rare qu'une assemblée réunit môme six mille citoyens, et il évalue la dépense totale seulement à vingt talents, soit à cent onze mille deux cent dix-huit francs.

(1) La plupart des magistrats, sinon tous, prenaient leurs repas aux frais de l'Etat, soit au Prytanée , soit dans le local qui était spécialement affecté à leurs réunions. Demosth., De fait, legal., 190. Plutarch., Symposiac., VII, 9, 4.

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