‹ Essais sur le droit public et privé de la république athénienneChapitre 33 sur 187 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

athénien au terme d’une séance qui lui avait pris cinq ou six heures et quelquefois plus , ne représentaient certainement, pour l’agriculteur, le marchand au détail, l’ouvrier, que le préjudice causé par une journée ou une demi-journée de chômage forcé. Pour ceux qui venaient de Salamine, d’Egine , d’Eleusis , de Marathon ou de Sunium , le dédommagement offert devait même se trouver insuffisant et presque illusoire ; il fallait se mettre en route la veille au soir ou de grand matin, pour ne rentrer chez soi que dans la nuit, et un voyage à la ville n’était pas seulement une perte de temps, mais aussi, presque toujours, une occasion de dépense.

En échange du sacrifice que s’imposait le trésor, Athènes obtenait-elle que les citoyens pauvres exerçassent régulièrement les droits qu’elle avait travaillé à leur garantir? On n’en saurait douter : le résultat désiré fut atteint. Pendant plus d’un siècle, depuis les réformes d’Aristide, de Périclès et d’Ephialte jusqu’à la mort de Démoslhènes , la classe ouvrière, comme nous dirions, a dominé dans l’assemblée, non-seulement par le nombre, mais par son influence sur les décisions. A Athènes, les artisans formaient la majorité des citoyens réunis sur le Pnyx, s’intéressaient aux affaires, les comprenaient, quoi qu’en disent les comiques dans leurs vives boutades et les philosophes dans leurs théories hostiles à la démocratie ; c’était eux enfin qui , par leurs votes , réglaient la marche de la politique et de l’administration, eux qui désignaient les hommes à qui seraient confiées les destinées de la république. Les témoignages abondent qui prouvent cette prépondérance des gens de métier dans l’assemblée , à Athènes. Je n’en citerai qu’un ; mais il est des plus clairs et des plus précis.

Dans un de ces entretiens qu’a recueillis et rapportés

LA CONSTITUTION ATHÉNIENNE

Xénophon, Socrale, engageant Charmide, fils de Glaucon, à parler dans l’assemblée du peuple , lui dit : « Vous rougissez de parler devant la partie la plus faible , la moins éclairée de la nation? Seriez-vous intimidé par des foulons, des cordonniers, des maçons, des ouvriers sur métaux, des laboureurs , de petits marchands , des colporteurs , des brocanteurs ? car voilà le monde qui compose l’assemblée du peuple (1)... »

Pourtant, quoi qu’en disent Socrale et les siens, tout en allait-il plus mal à Athènes? Sans doute, comme tous les souverains absolus, le peuple athénien commit par infatuation et par emportement bien des fautes ; il se laissa bien souvent entraîner à satisfaire , aux dépens de l’avenir , sa passion, son caprice du moment. Cependant , qui n’aimerait mieux avoir vécu à Athènes qu’à Sparte ou à Rome? D’ailleurs , Sparte , Thèbes ou la Macédoine surent-elles rien organiser de semblable au vaste empire maritime que possédait Athènes vers le commencement de la guerre du Péloponèse ?

Ce qui explique et justifie le rôle joué par les artisans à Athènes, rôle plus considérable que nulle part ailleurs dans l’ancien monde , c’est un trait fort honorable du caractère athénien ; c’est la faveur et l’estime que trouvait à Athènes le travail libre. Au contraire , dans les autres Etats grecs , et surtout dans les Etats doriens , toute œuvre manuelle était considérée comme servile , et abandonnée aux serfs de la glèbe et aux esclaves. Nous autres, fils d’une société où la fortune, les honneurs, la considération

(1) Memorab., III, "i. Cf. Arislophane, qui parle des « orateurs dlevds sur le marché» {Equit., 410, G68-674) ; Cléon était corroyeur {Equit., 45. Acharn,, 305, 306} Eucrate, marchand d’éloupes {Equit., 130, 131); Lysiclès, marchand de bestiaux {Equit., 135); llyperbolos, charcutier (£îuff., 140).

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