CHAPITRE I
sont le prix du travail , ne mettrons -nous pas ces corroyeurs et ces cordonniers, pour qui Aristophane , Xénophon et Platon n’ont pas assez de railleries , au-dessus du Spartiate, qui no sait que faire de la gymnastique ou se battre, et dont l’orgueilleuse oisiveté suppose nécessairement, à côté et au-dessous d’elle, le plus cruel, le plus monstrueux esclavage qui fut jamais?
LES MAGISTRATS. — COMMENT LE POUVOIR SE PARTAGEAIT ENTRE LES MAGISTRATS NOMMÉS PAR LE SORT ET LES MAGISTRATS ISSUS DE l’élection.
Composée du peuple tout entier, se réunissant plusieurs fois par mois, aussi souvent que l’exigeaient les circonstances , l’assemblée athénienne e.\erçait sur toutes les branches des services publics un contrôle dont nul ne songeait à contester la légalité (ju à restreindre l’étendue ; c’était elle qui donnait l’impulsion à tous les agents entre lesquels se partageait le pouvoir exécutif, et il n’en était pas à qui elle n’eût droit de demander comment ils avaient suivi ses instructions , comment ils avaient accompli ce qu’elle avait voulu et décidé. Si les magistrats n’avaient eu à compter qu’avec l’assemblée , ils auraient pu cependant jouir encore d’une assez grande liberté d’action : entre deux séances il se serait souvent passé des événements qui les auraient obligés à prendre l’initiative, à décider et à trancher , sous leur propre responsabilité , des questions qu’il fallait résoudre sans retard. Ce qui diminuait surtout leur importance, c’était l’intervention constante du Sénat des
LA CONSTITUTION ATHÉNIENNE
Cinq-Cents. Ce corps, dont nous avons essayé de faire comprendre les attributions , exerçait sur tous les détails de l’administration une surveillance quotidienne , et les magistrats , accoutumés à concerter toutes leurs démarches avec la section permanente de ce conseil , le collège des Prytanes, perdaient ainsi l'habitude de rien entreprendre et de rien oser par eux-mêmes. Seuls les Stratèges, en temps de guerre et surtout en cas d’expéditions lointaines, se trouvaient investis, par la force des choses et les nécessités de l’action , d’une autorité plus indépendante et plus hardie.
On distinguait à Athènes, sans parler des employés subalternes (wefsTai) , trois espèces de magistrats (àp/at) , d’agents ou de fonctionnaires publics ; c’est du moins la classification qu’établit Eschine, d’après les trois différents modes d’élection auxquels on avait recours (1). II y a d’abord les magistrats tirés au sort, dont le nom sortait de l’urne dans le temple de Thésée (x’XrpwToî) (2); puis ceux que le peuple créait sur le Pnyx en levant la main quand le président proposait leur nom aux suffrages de l’assemblée (yetpoTovviToi') ; enfin venaient ceux qui étaient désignés dans les assemblées particulières des tribus (ccyopaî) pour certaines commisssions spéciales (aipexot); en se réunissant, ils formaient des collèges de dix personnes. On peut prendre, comme type de la première catégorie, les Archontes ; de la seconde , les Stratèges ; de la troisième , ces Reconstructeurs des murs (Tjiyo-^roiot) , que l’on choisit après la bataille de Chéronée, et parmi lesquels Démosthènes figure comme représentant la tribu Pandionide (3).
(1) c. Clesiph., 13-15.
(2) Sur la manière assez compliquée dont se faisait ce tirage au sort , voir Schoemann , Griechlsche AUerlhümer, I, p. 405.
(3) Esch. in Clesiph., 31. Au même moment, DèmosUiènes est chargé de même, par