‹ Essais sur le droit public et privé de la république athénienneChapitre 42 sur 187 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

l’étude de la rhétorique complétée par l’expérieuce personnelle, par le maniement des choses et des hommes. Dans de telles conditions, le nombre des Orateurs ne pouvait être que très-restreint. En droit , la tribune était ouverte , comme le proclamait la voix du héraut, à tous les Athéniens que n’avait point frappés une condamnation judiciaire; mais, en fait, autant que l’on peut indiquer des chiffres en l’absence de tout document précis et de tout renseignement statistique, on ne comptait guère à la fois, en un moment quelconque de la vie d’Athènes, qu’une trentaine , tout au plus qu’une cinquantaine de personnes qui abordassent habituellement la tribune; encore, sur ces cinquante, y en avait-il une dizaine qui, plus éloquentes et plus écoutées que les autres, absorbaient à elles seules presque toute l’attention et jouaient toujours les premiers rôles (1). Les Orateurs formaient ainsi un groupe à part, composé d’hommes politiques qui, sans titre officiel, sans autre investiture que leur notoriété et leur autorité morale, se trouvaient posséder la réalité du pouvoir, donner l’impulsion première et avoir la haute main sur les affaires.

Par la force des choses, il se faisait, entre les Orateurs, comme un tacite partage d’attributions. Tel d’entre eux savait trouver d’heureuses combinaisons financières et s’entendait à les exposer clairement au peuple ; après les avoir fait adopter, il en poursuivait lui-même l’exécution; il réussissait à rendre l’impôt plus productif, ou à recouvrer les arriérés sans gêner les citoyens , sans trop mécon-

(1) A la suite et au-dessous des quelques Orateurs qui avaient l'oreille du peuple cl qui dirigeaient pendant un temps plus ou moins long les afTaires d’Athènes se trouvaient ceux dont Hypèride parle avec tant de mépris, ceux qu'il appelle • les Orateurs de second ordre, qnine savent que provoquer, dans l’assemblée, du désordre et des cris»{Toï; ixev ù.ittoai fûvopaiy,., Toïc OopOfiou (lovov xai xpaupi; xupiot(). C. Demost., fr. lOi, 1. 11-16.

LA CONSTITUTION ATHÉNIENNE

tenter les alliés , sans tarir les sources de la prospérité nationale. Sa probité , vertu rare en Grèce chez les hommes publics , inspirait une confiance qui profilait au trésor ; insulaires, métèques, Athéniens payaient plus volontiers et donnaient plus largement quand ils se sentaient assurés que leur argent ne se tromperait pas de chemin, et qu’il entrerait dans les caisses de la cité (1). Tel autre Orateur portait plutôt son attention sur les affaires générales de la Grèce, sur les alliances d’Athènes et ses relations extérieures; il avait étudié Ihistoire de sa patrie, l’état du monde hellénique, les forces et les dispositions des différentes villes grecques; instruit du glorieux passé, il travaillait à préparer un avenir qui n’en fût pas trop indigne; il indiquait au peuple sur quels secours il avait à compter, ce que lui conseillaient ses intérêts, et ce qu’exigeait de lui l’honneur d’Athènes. Celui-ci pouvait s’occuper surtout des questions commerciales, ou des améliorations à introduire dans les armements maritimes d’Athènes, dans l’organisation de la Triérarchie , dans la manière dont étaient équipés les navires et exercés les équipages. Celui-là savait mieux que personne appeler les arts au secours du sentiment religieux , ajouter à l’éclat de ces fêtes qui, dans la pensée des Athéniens , étaient des actes de piété envers les dieux et un sûr moyen de conquérir ou de conserver leur bienveillance ; il s’entendait à continuer la tradition de Périclès, à tout combiner pour que la ville continuât à se parer de Ijeaux monuments , pour que l’on y trouvât

(1) On sait quel accroissement de pouvoir et de richesse procura aux AÜiéniens la vertu d’Aristide (Thuc., V, 18. Plutarcli., ArisUd., 2i); de curieux témoignages contemporains nous prouvent que l’intégrité de Lycurgue eut des effets analogues. Voir une dissertation de M. Egger intitulée Des honneurs publics chei les Athéniens , à propos d’un décret inédit de l’Orateur Lycurgue (dans les Mémoires d’hisloire ancienne, p. 59).

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