‹ Essais sur le droit public et privé de la république athénienneChapitre 43 sur 187 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

toujours des spectacles dont la noblesse élevât Tâme des citoyens, dont la pompe et la splendeur attirât et charmât les étrangers, et leur imposât, en dépit de toutes leurs jalousies, un involontaire sentiment de respect et d’admiration. Il se créait ainsi, sans convention expresse et par un naturel effet de la vie politique et de ses exigences , de véritables spécialités : suivant la nature des questions que l'on avait à discuter sur le Pnyx, c’était de tel ou de tel Orateur que l’on attendait et que l’on était prêt à suivre les conseils. L’Orateur comptait sur cette disposition des esprits ; quand l’objet en délibération rentrait dans la catégorie des affaires auxquelles il s’intéressait plus particulièrement, il se présentait aussitôt, il examinait les divers partis à prendre et donnait son avis. Si celui-ci plaisait au peuple, l’Orateur le formulait en un décret dont il rédigeait les considérants ; ce décret une fois voté, les Stratèges ou les membres de quelque autre collège étaient tenus de veiller à ce qu’il eût son effet. Sans être lui-même revêtu d’aucune charge, l’Orateur, au moyen des décrets qu’il dictait au greffier et proposait à l’assemblée , faisait régler ainsi les affaires suivant ses idées et ses vues ; il ne laissait aux magistrats que le détail de l’exécution. D’autres fois (on le voit par de nombreux exemples pris dans la vie d’un Démosthènes ou d’un Lycurgue), l’Orateur se faisait investir par le peuple de quelqu’une de ces commissions extraordinaires qui ne constituaient pas, à proprement parler, des magistratures, mais, comme dit Eschine, « une surveillance et un service » ( èi:tiAÉ>.eia ti; xal Sia/tovia) (1); alors, avec une autorité qui souvent se trouvait être dans la pratique bien plus prépondérante que

(1) C. CIMph.. 13.

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LA CONSTITUTION ATHÉNIENNE

n’aarait pu le faire supposer la modestie du litre conféré, ils accomplissaient eux-mémes, au nom de la république, une partie de ce qu’ils avaient voulu et proposé; ils prenaient la responsabilité de l’exécution après avoir eu celle de l’initiative et du conseil.

Dans ces hommes spéciaux, comme nous disons aujourd'hui , qui pendant un laps de temps plus ou moins long conduisaient les affaires d’Athènes, ou plutôt se partageaient, par une sorte de convention tacite, la direction des différents services, Athènes, si l’on y regarde de près, avait de véritables minislres ou secrétaires cPEtat. Périclès fut en quelque manière le premier ministre d’Athènes , un président du cabinet qui resta plus de vingt ans dans cette haute situation. La confiance populaire créa pour Eubule une sorte de ministère des finances et des travaux publics (1), où Lycurgue paraît lui avoir succédé avec une autorité plus étendue encore et moins contestée (2). En Démoslhènes, Athènes eut, de 3o2 à 322, comme un ministre des araires étrangères, un instant tombé du pouvoir après l’affaire d’Harpalos, pour y remonter aussitôt après la mort d’Alexandre. C'est Démoslhènes lui-même qui nous indique ce point de vue et qui nous met sur la trace de ce rapprochement pai‘ plus d’un passage du Discours de la couronne, où il défend, comme dirait un ministre anglais, son administration (3). 11 déclare qu’il ne sortira pas de son sujet en traitant des affaires générales de la Grèce : « Car, dit-il, entre les diverses parties de la politique.

(1) Esch., C. Ctésipfi., 25.

(2) Voir Plutarque ( VItæ X. oral., in Lycurgum).

(3) 'H Yàp *oXiTei'«, dit Démoslhènes (De coron., 67-69). Eschine parle dans le même ,sens de tà Eùêoô),oo noJ.iTsôpaTa , l’administration d'Eubule ( De fais, leg. , 8).

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