‹ Essais sur le droit public et privé de la république athénienneChapitre 44 sur 187 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

j’ai choisi rôlucle des affaires générales de la Grèce (1). » Ailleurs Démoslhènes, rappelant aux Athéniens le jour où l’on apprit à Athènes la prise d’Elatée et la terreur qui saisit alors toute la ville, explique comment lui-même était en mesure, plus que personne, d’offrir un conseil dans ces délicates conjonctures ; « il fallait alors à la tribune, dit-il, non-seulement un bon citoyen ou un riche, mais un homme qui se fût occupé de ces affaires dès le principe, qui eût étudié toutes les démarches de Philippe et suivi tous ses pas, et qui, par suite, se rendît bien compte en ce jour de ses motifs et de ses desseins (2). » Dans la langue de la politique moderne, on traduirait tout ce qui précède par ces mots : « La parole revenait de droit au ministre des affaires étrangères. » Ailleurs (67-69) Démosthènes prend en quelque sorte la responsabilité de tous les rapports qu’Athènes a eus, depuis plus de vingt ans, avec Philippe et avec la Grèce, des négociations, des traités , des déclarations de guerre. Comme nous le voyons, en effet, et par les œuvres du grand Orateur athénien et par ce qui nous reste sur cette époque de documents historiques, c’est, pendant toute cette période, Démosthènes qui tient le peuple au courant des actes et des pensées de Philippe, c’est lui qui signale chacun de ses progrès et qui indique comment la république doit s’opposer à ces envahissements , c’est lui qui règle les alliances d’Athènes, qui dirige les négociations, et qui souvent s’en charge lui-même, passant subitement du rôle de « ministre des affaires étrangères » à celui « d’ambas-

(1) Dt coron. J 18 : Elta xat TcoXXtûv Trpoaipé<;&a)N* ovTüiv tçoXitcî»;, ttiv nepi xà< *£X).r,vixà; Tcpâ^eiç elXô|Jir,v

(2) Dt coron.y 53.

U CONSTITUTION ATHÉNIENNE

sadeur, » changement naturel et qui est aussi dans les habitudes des hommes d’Etat de l’Europe moderne. Celte concentration officieuse de l’autorité en des mains expérimentées, remédiait aux inconvénients que devaient nécessairement présenter la médiocrité des magistrats désignés par le sort ou l’extrême morcellement du pouvoir entre les magistrats issus de l’élection (1). De la môme manière, ce qu’avaient de prolongé et de permanent des influences qui ne s’établissaient pas en un jour ni môme en une année, et qui duraient souvent toute une vie d’homme, corrigeait dans une certaine mesure les inconvénients que ne pouvait manquer d’entraîner le renouvellement annuel de presque tous les collèges de magistrats. Quoique les Stratèges pussent être indéfiniment réélus et que les hommes de mérite se continuassent souvent pendant un assez long temps dans ces fonctions, ils n’auraient pas suffi, à eux seuls, pour mettre quelque suite dans la politique et l’administration J le collège était trop nombreux et ses attributions trop spéciales ; les hommes éminents qu’y faisait entrer l’élection n’y pouvaient prendre aucune initiative sans s’être concerté avec leurs collègues, et sans avoir obtenu leur concours.

11 vint d’ailleurs un moment dans l’histoire d’Athènes où s’opéra une sorte de divorce entre le mérite civil et les talents militaires, entre la carrière d’orateur et celle de général. Au quatrième siècle, Phocion est à peu près le seul personnage important qui suive la tradition des Thémistocle et des Périclès , qui soit aussi capable de com-

(i) Ce morcellement , les Athéniens en avaient déjà senti l’inconvénient et les dangers : lù irtpaTirnro'urXelovî; ^ {teXTiove;... s'écrie un personnage d’une pièce d’Aristophane (Acham., 1095).

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