CHAPITRE I
qu’elle faisait à ses Orateurs et le rôle qu’elle leur attribuait, qu’Athènes a su trouver place, dans la conduite de ses affaires, pour cet esprit de suite sans lequel les peuples, comme les individus, manquent le but, ne réalisent jamais leurs ambitions, et ne laissent point dans l’histoire une trace qui s’y soit profondément imprimée.
Le crédit dont jouissait un Orateur maître de la confiance du peuple servait aussi parfois à rendre possibles certaines affaires qui s’accommodent mal de la publicité , et qui , jusqu’au moment où elles sont terminées, veulent être conduites en secret ; telles sont surtout ces négociations délicates , où se trouve engagé l’honneur des personnes. Le peuple athénien accordait parfois à ceux dont il se croyait sûr de véritables fonds secrets; il mettait à leur disposition des sommes de l’emploi desquelles ils n’avaient point à justifier publiquement. C’est ce que l’on voit dans la vie de Périclès, à propos des intelligences qu’il entretenait à Sparte et de l’argent que lui coûtait cette diplomatie mystérieuse (1). Les éphores auraient-ils osé entrer en relations avec lui , le tenir au courant des résolutions adoptées et accepter ses avances, si leurs noms avaient dû être cités sur la place publique d’Athènes , à l’appui des renseignements fournis par eux à Périclès ?