‹ Essais sur le droit public et privé de la république athénienneChapitre 49 sur 187 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

on trouverait aisément, dans l’histoire d’Athènes, de nombreux exemples de généraux subitement destitués par le peuple; et si de semblables rigueurs ne paraissent pas avoir souvent atteint les Archontes, il faut peut-être en chercher la cause dans le peu d’importance même de leurs fonctions (1). Démosthènes parle, en passant, de la révocation d’un Archonte comme d’un événement insignifiant; il la mentionne sans y insister (2). Il n’y avait rien à Athènes de semblable à Yimpenum du magistrat romain ; ce redoutable pouvoir, dans la cité, donnait au consul ou au préteur , assis sur son tribunal , le droit de terminer tout procès civil par une sentence sans appel ; en campagne, il le faisait maître absolu de la liberté et de la vie de tous les sujets, de tous les alliés, de tous les citoyens même qui appartenaient à l’armée. C’est par là que le préteur eut sur le développement progressif du droit romain une si curieuse et si profonde influence, et que l’action d’un consul , en face de l’ennemi, garda toujours une vigueur , une énergie incomparable. Cette puissance si forte et si pleine , c’était bien les suffrages du peuple qui la créaient; mais celui-ci , dans ses Comices , en faisait à ses élus un si complet abandon , qu’il n’avait ensuite aucun moyen de la leur reprendre , ot qu’il ne lui restait d’autre recours contre leurs excès que les chances d’un procès intenté au magistrat sorti de sa charge; or, celui-ci, quand sa dignité ne le couvrait plus , n’était-il pas encore protégé

(1) Oa voit assez souvent dans Démostlièncs des exemples de cette destitution (ànoxeipoTovîa) de Stratèges. Ainsi on en trouve dans les discours suivants : C. Arlslocr., 167. Adv. Tlmolh., 9. Adv. Polyd., 12. Il est question, dans Dinarque (C. Philod., 16), d'un Ephèbarque destitué de la même manière.

(2) C. Thearin , 27. Un autre passage ( C. Aristogil., Il , 5) tendrait à faire croire que ces destitutions d' Archontes étaient encore assez fréquentes.

LA CONSTITUTION ATHÉNIENNE

par des complicités avouées ou secrètes , par les influences de caste et de famille ? Le peuple athénien , tout au contraire , ne se dessaisissait jamais ; ses magistrats n’étaient jamais que des agents temporaires, des commis engagés en quelque sorte à la journée. Un mot de ce maître qui se faisait servir, mais qui n’abdiquait point, suffisait à les dépouiller de ce litre et de cette autorité qui ne leur avaient été que prêtés sous condition.

§ il.

LA DOKIMASIE.

Ce contrôle d’un maître attentif et diligent, qui veut, à toute heure du jour, savoir où en sont ses affaires, le peuple l’exerçait de plusieui-s manières. D’abord venait l’enquêle préalable, la dokimasie, pour prendre le mot grec, auquel nous ne saurions trouver, dans notre langue de la politique et du droit, un équivalent tout à fait exact. Par la dokimasie , le peuple s’informait des origines et des antécédents de tous ceux qui avaient la prétention de le servir, d’agir et de parler en son nom. 11 y avait deux espèces de dokimasie, que l’on a souvent confondues et qu’il importe de distinguer. La première, qui était de droit strict , se rencontrait à l’entrée de toutes les magistratures proprement dites , que ce fût le sort ou l’élection qui eu ouvrît l’accès ; c’était la porte par laquelle tous , sans exception , étaient tenus de passer. La seconde , ce n’était pas sur les magistrats qu’elle portait , mais sur les hommes publics , sur les Orateurs ; ce n’était donc plus une formalité à laquelle on fût assujetti de toute nécessité, mais

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