CHAPITRE I
scandaleuse notoriété de ses désordres. Qu’à certains égards Eschine ne valût pas mieux que ce Timarque dont il fit prononcer la dégradation civile, c’est ce que nous n’avons pas à examiner ici et ce qui n’importe guère. Si les circonstances firent de lui , en 344 , l’indigne instrument d’une punition méritée, lui aussi il trouva son châtiment; *
quatorze ans plus tard, dans un jour solennel, elle se déclara contre le traître Eschine, cette conscience du peuple athénien que jadis la retentissante voix de cet orateur comédien avait si habilement soulevée contre l’impur et infâme Timarque ! Ce qui doit attirer ici notre attention et exciter notre intérêt , c’est le moyen détourné qu’avaient adopté les Athéniens pour frapper d’une flétrissure morale et d’une peine infamante des actes que la loi n’atteignait pas directement ; c’est le parti qu’ils avaient pris d’imposer une responsabilité plus étendue et plus sévère à ceux qui se mettaient en avant, comme magistrats, comme Ora- i
teurs, pour agir ou pour parler au nom de leurs concitoyens.
DES COMPTES Qd’aVAIENT A RENDRE LES MAGISTRATS.
L’utilité, la nécessité du contrôle sous toutes les formes, de la responsabilité à tous les degrés, c’est là l’idée qui domine toute la constitution , toute la politique athénienne. Si on devait compte au peuple de la vie que l’on avait menée avant de solliciter ses suffrages et de se mêler de ses affaires, à plus forte raison ce maître jaloux réclamait-il le droit de savoir à toute heure du jour ce que
U CONSTITÜTION ATHÉNIENNE.
l’on faisait ou ce que l’on avait fait des pouvoirs que l’on tenait de sa confiance. « Dans cette ancienne et puissante cité, » dit Eschine, « nul n’est irresponsable parmi ceux qui touchent, n’importe comment, à la chose publique (1). » Démosthènes parle de môme : « Avant de se présenter devant vous , et de vous rendre raison de toute sa conduite, Eschine a fait disparaître un de ceux qui lui demandaient ses comptes; les autres, il va les menaçant, introduisant ainsi dans la cité une habitude funeste entre toutes et tout à fait contraire à vos intérêts. En effet , si celui qui a eu à mettre la main, d’une manière ou d’une autre, aux affaires de l’Etat, réussit, non par la justice de sa cause, mais par la crainte qu’il inspire , à empêcher que personne se porte son accusateur, l’autorité que la loi remet entre vos mains vous échappera complètement (2). »
Comme nous l’avons déjà vu, dans la première des quatre assemblées de chaque Prytanie, les magistrats avaient à rendre un compte sommaire de leur administration ; des interpellations leur étaient adressées s’il y avait lieu , et , s’ils n’y répondaient pas d’une manière satisfaisante, on pouvait provoquer contre eux une de ces déclarations (TCpo€o>.at), à la suite desquelles le magistrat blâmé par l’assemblée était suspendu de ses fonctions et renvoyé devant une cour de justice (3). Il en était de même pour les flnances ; un fonctionnaire qui portait le titre de Contrôleur de F administration (àvTiypaçeù; rli 5iotxyioew;) dressait et présentait au Sénat, à chaque Prytanie, un état provisoire des sommes encaissées et des sommes'
(1) Esch., C. Ctesiph., 17.
(2) De fait.
(3) Lysias, C. Nicomach., 5. Demoslh., C. ArUlocr., 167.