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de l’autorité publique. Tandis que , dans la plupart des Etats européens, un agent subalterne peut toujours se mettre à l’abri derrière des ordres supérieurs, et que la responsabilité réelle remonte ainsi, d’étage en étage, jusqu’à ceux qu'il est moralement et matériellement impossible de prendre à partie, à Athènes, tout citoyen, quelque ordre qu’il reçût de son supérieur hiérarchique , avait toujours à examiner, avant d’obéir, si on ne lui demandait pas de violer les lois de sa patrie. Même à l’armée, là où on s’est presque toujours fait un devoir et un point d’honneur de l’obéissance aveugle , l’Athénien se sentait toujours citoyen et responsable. C’esl ainsi que, dans un discours de Démosthènes , nous voyons un Triérarque , Apollodore, refuser d’obéir aux ordres du Stratège qui commande la flotte. Celui-ci veut contraindre cet ofQcier à aller chercher avec sa trirème Callistrate, un exilé, deux fois condamné à mort par le peuple athénien. « Je me souvins, » dit plus tard aux juges Apollodore, « je me souvins que j’étais Triérarque et responsable (ûweûôuvo;) ; je refusai (1). »
LE SÉNAT DE l’aRÉOPAGE. — SON RÔLE POLITIQUE.
Cette responsabilité, que la loi et l’usage avaient faite si sérieuse et si étendue , on pouvait espérer y échapper ; on y échappait quelquefois quand on se trouvait , au moment du danger, posséder la faveur d’un peuple très-capa-
(1) C. Polyel, 50.
U CONSTITUTION ATHÉNIENNE
ble de s’engouer, ou que l’on s’était assuré la protection , la complicité de quelque orateur en renom. Mais si le peuple était séduit , si , dans l’Assemblée , il donnait ses suffrages à des hommes qui s’étaient effrontément placés en dehors des conditions légales ; si , dans ses tribunaux , il acquittait quelqu’un qui avait ouvertement violé la loi , on voyait parfois intervenir un corps dont l’autorité était d’autant plus étendue, plus respectée et plus puissante que la constitution ne lui assignait point de limites, et qu’elle s’appuyait non sur des textes écrits, toujours discutables, mais sur une antique tradition , sur une longue et séculaire possession d’état. Ce corps , c’était le Sénat de r Aréopage ( ’h XpeiQ’j 175 CYOU PouV/)' , -fl 'fl Xpeiou TCayou , li
Po'jVij -fl iv ApeiM Kocyto , in |3 o'jVà rj èv Apeito, to èv ApeiM ndyb) ÿixaoxrlpiov , -fi âvto Po’jVfl , oi ’Apcorayîxai , oi ’Apeiou Tcayou, etc., etc.). Nous aurons à en parler avec détail quand nous étudierons l’organisation judiciaire d’Athènes; mais l’Aréopage avait un rôle politique trop actif, intervenait trop souvent dans les luttes de parti et d’opinion, dans les débats qui passionnaient la cité tout entière, pour que nous ne nous sentions pas tenu de lui garder une place dans le tableau que nous traçons de la constitution athénienne. L’influence de cette compagnie est toujours restée trop discrète , elle s’est trop rarement marquée par des actes dont l’histoire nous ait transmis le souvenir pour que les écrivains modernes n’aient pas été souvent exposés à la méconnaître ; mais il n’en demeure pas moins certain , pour qui veut y regarder de près , que l’Aréopage a été une des pièces importantes de la constitution d’Athènes , une de celles qui en ont assuré la durée, qui l’ont fait vivre autant que l’indépendance même de la Grèce.
Ce qui donnait à l’Aréopage un singulier prestige, c’était