‹ Essais sur le droit public et privé de la république athénienneChapitre 57 sur 187 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

son antiquité. Antérieur môme à Solon j il croyait remonter jusqu’aux dieux; il avait été présidé par Athéné ; des déesses s’étaient soumises à ses arrêts (1). Il avait à soutenir une réputation d’intégrité et de sagesse répandue dans toute la Grèce, et qui remontait jusqu’aux temps héroïques. On voit, au milieu du quatrième siècle avant notre ère , ces souvenirs encore invoqués continuellement par les orateurs. Un accusé , i^Iénéxidès , refusait d’accepter la juridiction de l’Aréopage. Autoclès, son adversaire, s’écrie que si des déesses ont bien consenti à comparaître devant ce tribunal et à se soumettre à scs arrêts , Ménéxidès peut bien faire comme elles. L’accusateur alléguait sans doute encore d’autres raisons pour prouver la compétence de l’Aréopage ; mais ce ne fut peut-être pas celle-ci qui eut le moins d’influence sur l’esprit des juges chargés de décider la question (2).

L’Aréopage, au moment où il sort de la légende pour entrer dans l’histoire , c’est-à-dire un peu avant Solon (3) , nous apparaît composé de ceux des anciens Archontes qui s’étaient acquittés honorablement de leurs fonctions , et que n’avait point frappes , à leur sortie de charge , un arrêt du tribunal devant lequel se rendaient les comptes des magistrats (4). La compagnie pouvait aussi , à ce qu’il

(1) Æschyl , Eumenld; 685 cl seq. Cf. IlcUaoicum ap. SchoUaslem ad Curipidis Oret- (ero, 1648; Euripid., £(ec(r., 1250; DemosÜi., C. Arislûcr., C6; Dinarcli., C. fiemosth., 87.

(i) Arislol., nhet., II, 23.

(3) Arislol., Polil., II, 9, 2. Plularque, dans sa lie de Solon, se conlrcdil lui-même. II croil que c'esl Solon qui inslilua le Iribunal de l' Aréopage (19), el dans le même ctiapilre il menlionne une loi d’amnistie promulguée par Solon qui rélalilit dans leurs droits civiques tous ceux qui en avaient été privés avant son ArclionUit, à Peiceplion des coupables condamnés « par l’Aréopage , par les Ephétes ou par les juges siégeant au Prylanée.i

(4) Etabli peut-être par Solon (Plutarch., Sol., 19), ce mode de recrutement ne parait

LA CONSTITUTION ATHÉNIENNE

semble, refuser d’ouvrir ses rangs à ceux qui auraient commis , ou pendant la durée de leurs fonctions ou dans le cours de leur vie antérieure, quelque acte dont n’avaient pas à connaître les tribunaux ordinaires , mais dont le souvenir eût été de nature à diminuer la considération d’un membre de l’Aréopage (1). En vertu du même principe , l’Aréopage avait le droit d’exclure tout Aréopagite qui donnerait un scandale, qui se déshonorerait par quelque faute publique dont la honte aurait rejailli sur le corps tout entier.

Ce mode de recrutement est à peu près le même que celui du Sénat romain. Comme les sénateurs de Rome, les Aréopagites étaient nommés à vie; c’était, par suite, le seul corps à Athènes qui eût des traditions. 11 y avait là des citoyens qui , ayant été Archontes de bonne heure , restaient trente et quarante ans Aréopagites. Tandis que , dans cette mobile démocratie , chaque année le sort et l’élection renouvelaient tous les tribunaux , tous les pouvoirs publics , le personnel de l’Aréopage changeait si

pas avoir éli! jamais modifié. Dcmosth., C. Timocr., îi. C. Ariiloyit., II, 5. Pollox, VIII, 118 Plut., Perid., 9.

(1) D’après hocrate (Areopayll., 38), l'enquête que l'Aréopage insliluait sur chacun des Archontes sortant de charge avant de l’admettre dans ses rangs n’était plus guère qu’une formalité. Avant de prendre ce témoignage au pied de la lettre , il faut se rappeler combien Isocrate est disposé à médire de ses contemporains qui ne lui ont pas fait, à son avis, une place assez grande dans leur estime, combien il se complaît dans le banal éloge d’un passé de fantaisie. Un fait rapporté par Fauteur du discours contre Néœre (80-84) semble indiquer que FAréopage eierçait toujouis une véritable censure sur la conduite de ces Archontes parmi lesquels il se recrutait. Nous savons aussi par Athénée ( XIII , 5C6 ) , qui cite li Hjpéride, que les Aréopagites refusaient d'admettre parmi eux un homme qui aurait dîné dans un cabaret. — Un passage d’un discours de Déraosthènes (C. Aristogtt., 11, 5) prouve qu’il arrivait encore de temps en temps, à cette époque, que des Archontes sortants ne fussent pas admis i entrer dans l’Aréopage : i Tous ceux , » dit-il, « des Thesmothètes auxquels il n’est point permis de monter à FAréopage , au lieu de chercher à employer la violence, se résignent et acceptent votre décision. »

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