‹ Essais sur le droit public et privé de la république athénienneChapitre 59 sur 187 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

pagites étaient à peu près exempts de l’ambition qui tournait autour d’eux tant de têtes. On n’était pas Archonte deux fois dans sa vie , et il ne semble pas que l’on ait jamais pu cumuler avec le titre d’Aréopagite d'autres fonctions officielles. N’ayant plus rien à désirer, ne pouvant plus rien espérer de la faveur du peuple, auquel il était défendu môme de leur décerner des couronnes, les membres de l’Aréopage étaient les citoyens les plus indépendants d’Athènes. Ce n’en était pas peut-être les esprits les plus distingués , les plus libres, les plus ouverts; pour avoir été Archonte , on n’était pas nécessairement un homme remarquable , ni même ce qu’on peut appeler un homme de mérite, et on devait pouvoir reprocher parfois des préventions et des vues un peu étroites à cette compagnie où c’était des hommes âgés qui donnaient le ton, où l’on était toujours enclin à accueillir par des objections chagrines et par des fins de non-recevoir toute loi nouvelle, tout ce qui paraissait sur l’Agora une réforme et un progrès. 11 n’y avait d’ailleurs là qu’un très-léger inconvénient ; assez de gens poussaient la république en avant , et, par un mécanisme dont nous avons essayé de faire comprendre le jeu, c’était aux plus jeunes, aux plus actifs, aux plus énergiques que l’initiative appartenait. 11 n’y avait donc pas à craindre que l’iitat souffrît de la médiocrité de certains Aréopagites, ni de la ténacité avec laquelle ce corps restait attaché aux exemples et aux institutions du passé. C’était, en revanche, une garantie ou, tout au moins, une présomption d’application aux affaires et de sérieuse assiduité, de mœurs décentes et graves, d’honnêteté relative que d’être arrivé à l’Aréopage en traversant l’Archontat ; il fallait avoir rempli convenablement des fonctions qui avaient encore leurs difficultés , et avoir franchi sans

LA CONSTITUTION ATHÉNIENNE

encombre la série d’épreuves que l’on rencontrait à l’entrée et à la sortie de cette magistrature. L’Aréopage étant ainsi composé d’hommes honorables ou qui tenaient à passer pour tels , de magistrats inamovibles qui n’avaient plus rien à craindre ou à espérer des caprices de la foule , il y avait chance que cette compagnie, dans la plupart des cas, n’engageât pas sa responsabilité à la légère, et n’intervint que pour défendre ce qu’elle croirait être l’intérêt de l’Etat et la prescription même de l’éternelle justice. Par tous ces côtés, l’influence de l’Aréopage était trèsgrande sur un peuple très-fidèle, malgré sa légèreté, aux usages et aux souvenirs anciens, sachant entendre la vérité et admirant ceux qui osaient la lui dire , d’autant plus sensible à la probité qu’il la rencontrait plus rarement chez ceux à qui il confiait ses affaires.

Dans le plan de Solon, l’Aréopage jouait un double rôle, avait des attributions complexes et qui présentaient un double caractère. C’était une cour de justice, qui connaissait de toutes les affaires de meurtre , des accusations d’incendie, de quelques causes du môme genre. D’autre part, c’était en môme temps une sorte de conseil suprême ou de Sénat conservateur. En cette qualité, il était chargé de veiller au maintien des lois, d’avoir l’œil sur tous les magistrats et sur le peuple lui-même, d’intervenir pour rappeler au respect de la loi tous ceux qui l’avaient transgressée; il pouvait casser les décisions illégales qu’auraient rendues les juges, les magistrats, et ce souverain même qui semblait régner sur le Pnyx sans avoir de comptes à rendre qu’aux dieux immortels (1). Nous manquons de détails sur la manière dont l’Aréopage exerça ces hautes

(1) Plntarch., Solon, 19.

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