CHAPITRE I
du parti conservateur et ceux qui conduisaient le parti du mouvement , une de ces transactions qui auraient , sans compromettre l’avenir, calmé les esprits et satisfait à de justes exigences. Pcriclès, à la fois hardi et sage, maître de la foule et de lui-même, ne sera pas toujours là pour diriger le peuple; le peuple ouvrira souvent ses oreilles aux discours et aux conseils de flatteurs, d’esprits chimériques, d’artisans de nouveautés ( veMTepoxoïot). Quand ce seront les Cléon ou les Alcibiade qui auront la faveur du peuple et qui disposeront d’Athènes, que de services aurait pu rendre l’Aréopage , que de fautes il aurait pu prévenir ou tout au moins réparer avant qu’il ne fût plus temps !
Mais ces regrets, auxquels il est difficile de ne point s’associer, certains historiens y insistent outre mesure, et ils partent de là pour attaquer avec vivacité la démocratie athénienne et son illustre chef. N’est-ce pas oublier que les contemporains, engagés dans une lutte où les âmes s’animent et s’échauffent par degrés jusqu’à ne plus se posséder, ne peuvent se placer au même point de vue que la postérité , distinguer nettement toutes les conséquences de leurs actions, s’imposer enfin ce calme et arriver à cette impartialité que l’histoire , après tant de siècles, a bien de la peine à garder? Ephialte et Périclès, on ne saurait le nier , ont été trop loin ; ils ont dépassé le but ; mais leur impatience et l’impatience du peuple n’a-t-elle pas été provoquée par l’obstination même de la résistance ? « Dans la démocratie , » dit Aristote , « c’est la classe distinguée qui conspire. » Toute l’histoire d’Athènes , pendant le cinquième siècle, n’est-elle pas la confirmation de cette remarque? Le parti aristocratique, depuis le jour où il sentit le terrain se dérober sous ses pieds et l’ascendant lui échapper ,
LA CONSTITUTION ATHENIENNE.
ne cessa de vouloir tout remettre en question et de menacer l’ordre établi. Dès le début même de la lutte et sous les yeux de Périclès, qui put craindre un semblable sort, il avait assassiné Ephialte ; en 411 , en 404, il multiplia les assassinats pour se débarrasser de ceux qu’il appelait les démagogues, pour s’emparer du pouvoir ou pour le conserver. Infidèle à l’exemple de Cimon, il ne recula pas devant la trahison ; Sparte était de moitié dans tous ses plans, et le sacrifice de la grandeur athénienne était le prix dont il se montra toujours prêt à payer les secours qu’il mendiait. Or , Jusqu’au jour où fut frappé l’Aréopage, cette compagnie fut la place forte où se cantonnèrent et autour de laquelle se groupèrent tous les préjugés, tous les intérêts , toutes les rancunes aristocratiques. Toute juste que fût la mesure proposée par Aristide quand il fit ouvrir à tous les Athéniens l’accès des charges, l’Aréopage y avait sans doute fait une opposition stérile, mais irritante. Cette opposition devint plus bruyante encore , plus violente, plus acharnée, quand Périclès travailla à poursuivre l’œuvre d’Aristide , à faire porter au principe déjà posé toutes ses conséquences. Ce que l’on combattait avec fureur, ce n’était pas seulement les réformes démocratiques , c’était aussi la personne même de Périclès et tout son système, ses grands projets , ses somptueuses constructions , ses énormes dépenses ; l’esprit routinier ne comprenait point que Périclès, par ses prétendues prodigalités, dotait sa patrie du plus indestructible de tous les capitaux, et répandait sur elle un prestige qui ne périrait pas. Périclès put s’indigner de voir ses plus hautes pensées méconnues, ses plus sages desseins combattus par de mauvaises raisons ; il put éprouver une de ces colères qu’inspirent souvent aux hommes de génie les contradiçtions inintel-