CHAPITRE I
ligentes, les objections superficielles et fausses indéfiniment reproduites. Pourtant , malgré tous leurs griefs contre l’Aréopage, ni la démocratie ni Périclès ne songèrent à la violence et ne se laissèrent pousser hors de la légalité. Ce fut une loi, régulièrement votée par le peuple, qui brisa entre les mains des Aréopagites les armes dont ils se servaient ; il y eut là une réforme constitutionnelle et non point une de ces sanglantes surprises , un de ces coups d’audace et de force que le parti oligarchique s’opiniâtra à méditer et à combiner, jusqu’au jour où, par la lâche et cruelle tyrannie des Trente, il se déshonora sans retour et s’enleva toute chance d’avenir.
Ce qui doit encore nous décider à atténuer les reproches que nous pourrions être tentés d’adresser à Périclès , c’est que les mesures dont on peut le rendre responsable eurent un effet bien moins durable qu’on ne serait porté à le croire. En humiliant pour un moment l’Aréopage, elles le forcèrent à s’effacer pendant quelques années, et à laisser s’établir et se consolider, sans plus y faire obstacle, ces institutions toutes démocratiques auxquelles il s’était montré si hostile. Peu à peu les esprits s’apaisèrent ; avec le temps , l’Aréopage se renouvela , et son esprit se modifia insensiblement. D’autre part, il n’avait pas suffi de quelques années de lutte et d’un ou deux décrets pour ôter au peuple la mémoire, pour enlever à la vénérable compagnie sa réputation et son prestige. L’irritation et les défiances s’effacèrent ; quand le peuple cessa de voir dans l’Aréopage un ennemi déclaré de la démocratie, il recommença à tourner ses regards vers lui dans les moments difficiles , et à lui laisser reprendre , sans peut-être que les lois d’Ephialte eussent été expressément abrogées, ce droit d’intervention, cette espèce de dictature morale dont Solon
LA CONSTITUTION ATHÉNIENNE
l’avait investi. Ainsi, après la bataille d’Ægos Potamos, quand Lysandre met le siège devant Athènes , le tribunal de l’Aréopage intervient pour conseiller et guider le peuple éperdu. Nous ne savons malheureusement pas au juste ce qu’il propose. 11 semblerait , d’après le passage où Lysias fait allusion à cette démarche extraordinaire de l’Aréopage, que ce corps se fût opposé aux pleins pouvoirs que l’on remit imprudemment aux mains perfides de Théramène (1). C’eût été un service digne de l’Aréopage que d’éclairer les Athéniens sur le compte de ce dangereux personnage , qui les trahit si indignement en cette circonstance.
Thrasybule et ses amis, quand, après leurs souffrances et leur victoire, ils reconstituèrent la démocratie, n’oublièrent pas ces utiles avis et le dévouement que l’Aréopage avait témoigné à la cause de la république expirante. Le décret deTisamène, que nous a conservé Andocide (2l), rend formellement à l’Aréopage une partie tout au moins de ces attributions que lui avait enlevées Ephialte, celles qu’il avait transportées aux Noniophylaques. L’Aréopage est chargé u de veiller sur les lois , afin que les magistrats ne jugent que d’après les lois existantes. » Quant aux pouvoirs que ne lui avait rendus d’une manière explicite aucune disposition législative , ils lui revinrent tout naturellement, par le seul effet des anciens souvenirs sans cesse invoqués , et de la conûance rétablie ; la démocratie écouta l’Aréopage d’autant plus volontiers qu’elle se sentait plus affranchie de son autorité , et qu’il avait maintenant sur elle des droits moins absolus. De son côté l’Aréopage,
(1) C- Eralosth., 69.
(2) De myster., 84.