‹ Essais sur le droit public et privé de la république athénienneChapitre 64 sur 187 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

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soupçonneuse, irritée, en face des Macédoniens hostiles et menaçants , qui voulaient faire rentrer de force les exilés, ce fut de nouveau à l’Aréopage que l'on recourut. Ce fut lui que l’on chargea de remonter à la source de toutes ces rumeurs, de rechercher les coupables, ceux qui avaient compromis la république en acceptant leur part des dépouilles du satrape et de l’or volé; jusqu’à ce que les traîtres eussent été reconnus et punis, le calme ne pouvait renaître dans les esprits émus. Démoslhènes fut lui-méme l’auteur du décret qui investit l’Aréopage d’une sorte de dictature analogue à celle que conférait aux consuls romains la formule : Caveant consules ne quid detrimenii respublica capiat (1). L’Aréopage usa de ces pouvoirs avec une extrême rigueur, avec plus de rigueur peut-être que de discernement. Par son ordre, quelques citoyens, que l’on soupçonnait d’intriguer avec les bannis réfugiés à Mégare , furent saisis et traduits d’urgence devant les tribunaux. Plusieurs condamnations capitales furent prononcées et exécutées ; d’autres prévenus furent jetés en prison ou chassés de la ville (2). Enfin, après six mois d’attente, l’Aréopage publia les résultats de l’enquête dont il avait été chargé. Démoslhènes figurait au premier rang des inculpés. Renvoyé devant les Héliastes , il fut frappé d’une énorme amende de cinquante talents, qui le força à fuir d’Athènes. Quelques mois après , au lendemain de la mort d’Alexandre , il y rentrait en triomphe. C’est que, selon toute apparence , il n’était pas coupable. Nous ne pouvons instruire aujourd’hui le procès que d’après les violents ré-

(1) C'est un point sur lequel insiste un des accusateurs de Démostliènes , Dinarque (Adv. Demotth., 5, (A, 8t).

(2) Dinarcb., Adv. Demotth., 58, 59, 83, 85, 9i.

LA CONSTITUTION ATHÉNIENNE

quisitoires des ennemis et accusateurs de Démosthènes. Pourtant, malgré la difficulté que présente l’emploi de pareils documents , un attentif examen des faits a conduit les plus sérieux des critiques modernes à reconnaître que toutes les présomptions sont en faveur de Démosthènes et de son innocence ; que sa conduite , dans toute celte affaire , fut honorable et sage. Pourquoi donc Démosthènes fut-il condamné, lui qui avait obtenu un si éclatant succès six ans plus tôt , en luttant contre l’éloquent Eschine , sur un terrain que son adversaire avait choisi lui-mème et dont il avait si habilement tiré parti? Ce qui perdit Démosthènes , ce fut moins le talent de ses accusateurs, l’injurieuse violence de Dinarque et la véhémence passionnée d’Hypéride , qu’une simple assertion de l’Aréopage : le rapport affirmait , sans donner de preuves à l'appui , que Démosthènes avait, pour son compte, reçu vingt talents (1). Quant à savoir pourquoi l’Aréopage se prononça contre Démosthènes, il est bien difficile d’y parvenir à une distance de tant de siècles , quand nous n’avons entre les mains qu’une faible partie des pièces du procès. L’Aréopage fut-il entraîné , à son insu , dans une intrigue nouée par ceux qui se sentaient coupables? Démosthènes avait-il au moins commis quelque maladresse , quelque faute de conduite? Fut-il seulement la victime d’une de ces réactions du sentiment populaire , d’un de ces retours d’opi-

(1) Dinarcb., Adv. Demotth., 4, 6, 15, i5, 8t. Hyp^ride, dans le discours dont on a retrouvé en Egypte, sur un papyrus, de précieux fragments, va plus loin encore : il ne veut pas chercher d'autre preuve que la dénonciation même de l'Aréopage : ’F-yw S’ôvi où piv IXuÊEc và xpuaiov Ïxav6v oipai eîvai OT,pEîov vote Sixauvaî; vi Té,v fioulnv aou xavayvûvai (g 105). Eschine affirme de même (C. Timarch., 83-85 ) que la mauvaise opinion exprimée par l'Aréopage sur le compte de Timarque, dans une affaire toute étrangère au procès qui se déhat , doit constituer une forte présomption contre son adversaire.

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