CHAPITRE I
d'Atthides ou les procès-verbaux des séances de VEkklêsia et de l’Aréopage. Cependant, ces traits épars et interrompus , on peut , jusqu’à un certain point , en rétablir la suite et en deviner le sens. On réussit de cette manière , non pas à rétablir dans son intégrité cet important chapitre du droit constitutionnel d’Athènes, mais à se faire quelque idée de cette puissance indéterminée et indéfinissable , de ce Sénat auquel le peuple athénien témoignait d’autant plus d’affection et de respect qu’il le croyait doué de toutes les qualités dont il se sentait lui-mème dépourvu, et qu’il eût cherchées en vain chez les autres corps constitués de la république.
C’était à l’effet de ce contraste que l’Aréopage devait surtout son autorité morale et son étrange prestige. L’affaire d’Harpale et la marche qu’y suivit l’Aréopage suffiraient à prouver que ce tribunal était moins infaillible et plus sujet à caution que ne se le figuraient les Athéniens , et que l’austère compagnie obéissait souvent , elle aussi , à ces caprices de l’opinion auxquels elle avait mission de résister. Peu importe d’ailleurs : ce qui nous intéresse, c’est moins de savoir ce qu’a vraiment été l’Aréopage que de bien comprendre de quels yeux le voyaient les Athéniens , et sous quels traits ils se le représentaient. L’Aréopage , tel que le célèbrent à l’envi les poëtes et les orateurs, l’Aréopage , arbitre suprême et désintéressé des luttes de parti , tribunal sourd à la brigue , insensible à l’éloquence, exempt de passion, incapable d’erreur, n’a jamais eu qu’une existence tout idéale ; mais il avait bien fallu emprunter à la réalité certains traits que l’on avait ensuite agrandis et développés. Cet idéal, que créèrent et qu’embellirent sans relâche la poésie , l’éloquence , la vénération populaire , fit la fortune et perpétua l’autorité du
Dir
• by Coogic
LA CONSTITUTION ATHÉNIENNE. 113
corps que la vive imagination des Athéniens avait choisi , non sans qu’il y eût de bonnes raisons de ce choix, pour lui prêter et pour réunir en loi tous les dons, tous les mérites , des vertus enfin et une perfection soutenue qui ne sont guère de ce monde.
Plus la république vieillissait, et plus on était dupe de cette illusion ; en prenant de l’âge, tous les préjugés prennent de la force. C'est ce qui explique comment, au temps de Démosthènes , l’Aréopage paraît plus respecté , est plus souvent invoqué et consulté que dans la période précédente. A 1a veille de la guerre Lamiaque, il se voit décerner des pouvoirs vraiment exorbitants et les exerce pendant six mois ; l’honneur des premiers citoyens de la république est entre ses mains , sans qu’il ait aucun compte à rendre des imputations qu’il dirige ou pourrait diriger contre eux, sans qu’aucun de ceux dont il flétrit la réputation puisse le prendre à partie. Hypéride va même jusqu’à s’indigner que Démosthènes se permette de ne pas accepter sans mot dire la honte que lui inflige le rapport de l’Aréopage , et qu’il ait l’insolence de demander des preuves. A d’autres moments de la vie d’Athènes , en 41 5 par exemple et en 4 1 1 , après la mutilation des Hermès et après la domination des Quatre-Cents, l’esprit public avait été aussi ébranlé , aussi profondément troublé qu’après la fuite d'Harpalc ; on sentait que de grands crimes avaient été commis et on en ignorait les auteurs ; on proclamait que , pour satisfaire aux lois outragées , pour calmer les cœurs , pour apaiser les dieux , il fallait une expiation sévère. Alors pourtant on avait cru les tribunaux ordinaires armés de moyens suffisants pour découvrir et punir les coupables ; on ne s’était point laissé entraîner à méconnaître, sous le spécieux prétexte du salut public, des princi-
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