‹ Essais sur le droit public et privé de la république athénienneChapitre 67 sur 187 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

pes chers au cœur de tout Athénien ; on n’avait pas permis qu’un juge, quel qu’il fût, frappât un citoyen d’une sentence, môme préjudicielle et provisoire, sans l’avoir fait comparaître en personne et sans avoir entendu sa défense. On n’avait pas voulu que le règne de l’arbitraire fût substitué à celui du droit. L’ostracisme, il est vrai, n’était point précédé d’une comparution des parties , d’une audition de témoins , d’un débat contradictoire ; mais du moins il n’atteignait qu’une seule personne , et il ne déshonorait pas celui qu’il éloignait de la cité pour quelques années. On avait d’ailleurs été conduit, par le progrès des mœurs publiques et par l’habitude prise des luttes légales, à le laisser tomber en désuétude. L’Aréopage, au contraire, lors de l’affaire d’Harpale, dresse une vraie liste de suspects , et les suspects , en temps d’émotion populaire, deviennent bien vite des proscrits. C’est par la conquête étrangère , et non pas , comme dans la république romaine, par l’effet d’une lente dissolution et de déchirements intérieurs, que périt la liberté athénienne. On retrouve pourtant à .Athènes , dans ces dernières heures de vie indépendante, quelques traces d’une disposition qui fut à Rome un des plus graves , des plus évidents symptômes par lesquels se révéla le mal suprême ; je veux parler de celle tendance du peuple à ne plus avoir confiance dans les magistrats ordinaires , à regarder leur autorité comme insuffisante pour faire face aux difficultés qui se présentent , à réunir sans cesse dans une seule main les pouvoirs qu’avait séparés la sagesse des ancêtres. Un peuple qui a pris l’habitude de céder à cette tentation est bien près d’abdiquer ou de se laisser déposséder.

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