‹ Essais sur le droit public et privé de la république athénienneChapitre 7 sur 187 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

sans indiquer les différentes phases quelle a traversées ; il serait trop long de signaler un à un les changements qu’elle a subis, les remaniements successifs qui l’ont conduite au point où la laissent, vers le milieu du cinquième siècle avant notre ère , les réformes d’Ephialte et de Périclès. Depuis ce moment jusqu'à la chute de l’indépendance nationale , l’esprit démocratique est maître d’Athènes ; il a profondément pénétré dans les mœurs et dans les institutions de la cité ; il y a tout renouvelé de son souffle et tout marqué de son empreinte. Pendant toute cette période, c’est une même constitution qui fonctionne régulièrement , à part deux courtes interruptions , deux brusques secousses dont il faut chercher la cause dans les cruels désastres d’une guerre longue et malheureuse. Or, de toutes les constitutions que nous a léguées l’antiquité et qui nous sont connues par des renseignements suffisants , celle-ci est la plus sincèrement démocratique ; c’est en elle que s’exprime de la manière la plus complète l’idée que la Grèce s'est formée d’une démocratie parfaite.

A Athènes, c’est dans le peuple que réside essentiellement toute souveraineté (I). Le peuple se compose de tous

d) C’est ce qu’exprime Euripide dans un passage où , représentant Alliènes comme déjà dotée , sous Thésée , du gouvernement et de VégatUé démocralitiuc , il dit que « le peuple règne en faisant exécuter scs ordres par des magistrats qui se succèdent d'année en année. « Voici ces vers » où l’on sent combien les Athéniens , au cinquième siècle , étaient attachés à leur démocratie, et comme ils en étaient fiers. Un héraut, envoyé par Créon, demande quel est le souverain ('ripawo;) d’Allièncs. Thésée lui répond :

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On trouvera dans le Ménexéne de Platon (cti. Vlll ) des idées tout à fait analogues ex-

LA CONSTITUTION ATHÉNIENNE

les Athéniens, âgés de vingt ans révolus, à qui une condamnation judiciaire, entraînant Vatimie ou mort civile, n’a pas fait perdre les droits que leur avait conférés, au moment de la majorité , l'inscription sur le registre du dème , c’est-à-dire de la commune. (^Itc souveraineté s’exerçait soit directement dans les assemblées et dans les tribunaux , soit indirectement par l’entremise des magistrats auxquels elle était momentanément déléguée , et des membres de l’Aréopage, pour qui, par exception, celte délégation se prolongeait jusqu’au terme même de leur vie.

A partir des réformes d’Aristide , tout Athénien que n’a point frappé une condamnation judiciaire peut arriver à l’Archontat , et par l’Archontat à l’Aréopage ; celle égalité ne soulfre qu’une exception , et cette exception est assez curieuse , assez éloignée des habitudes et des idées modernes pour qu’il soit utile de la signaler. Les noms des citoyens dont le corps était mutilé ou infirme n’étaient pas mis dans l’iirne qui faisait les magistrats (1). C’était sans doute une pensée religieuse qui avait dicté une telle exclusion. Les sacrifices n’auraient pu être convenablement offerts au nom de la ville par des hommes à qui les dieux avaient témoigné leur colère en les frappant si cruellement. Méconnaître cet avertissement, c’était vouloir faire rejaillir sur la cité quelque chose de cette fortune contraire que le destin avait attachée à ces tristes victimes. La loi n’allait d’ailleurs pas, à ce qu’il semble, jusqu’à défendre à ces malheureux de paraître dans l’assemblée et d’y voter ; elle ne leur interdisait que les magistratures, qui auraient fait

primées en des termes qui rappellent parfois d'une manière frappante ceua dont se sert Euripide.

(1) Lysias, XXIV, 13.

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