CHAPITRE II
les années précédentes, d'insolents et tyranniques magistrats.
Le succès de ces premières mesures, remèdes héroïques appliqués d’urgence à des maux intolérables , décida les Athéniens à charger Solon de réformer l’Etat et de leur donner des lois. Dans la constitution politique et la législation civile dont il dota son pays , on retrouve ce même esprit d’à-propos, de conciliation et de mesure parfaite. Il établit ce qu’Aristote nomme une timocratie , c’est-à-dire une division en classes et un partage du pouvoir uniquement fondés sur l’état de fortune des citoyens. Le renom des principales races , des grandes familles ioniennes se confondait avec les plus anciennes et les plus chères traditions d’Athènes , et, dans ces maisons , c’était chose héréditaire et comme innée d’occuper les plus hautes charges de l'Etat ; or, comme la plus forte part de la richesse publique était concentrée entre les mains des Eupatrides , c’était encore ceux-ci qui , sous le nouveau régime , restaient à la tête du peuple. L’influence efficace, l’action réelle ne leur étaient pas retirées pour être confiées brusquement , du jour au lendemain , à une multitude encore inexpérimentée et tout à fait dépourvue d’éducation politique. Cependant , à ce qu’il semble , aucune condition de naissance n’étant imposée pour entrer dans les premières classes, celles qui fournissaient les magistrats, il y avait là suppression virtuelle du privilège des Eupatrides, et prime proposée à l’énergie personnelle de tout .Vthénien ; qu’il s’enrichît et s’élevât par son labeur persévérant et par son mérite, et il n’était pas dans l’Etat de situations! haute où il ne pût aspirer. Les magistrats ne durent être choisis que dans les trois premières classes , celles qui renfermaient les citoyens intéressés , par leur position de fortune , au
LES SOURCES DD DROIT
maintien de l’ordre établi ; mais les citoyens de la quatrième classe , les Thètes, comme on les appelait quelquefois d’un vieux nom qui remontait à l'âge héroïque, les prolétaires, comme nous dirions aujourd’hui, prirent part à l'élection des magistrats et eurent à se prononcer sur la gestion de ceux qui sortaient de charge. Le peuple réuni sur l’Agora n’est pas encore ce souverain de qui tout pouvoir et toute action émanent , comme au temps de Périclès et de Démosthènes ; ce n’est pas ce maître jaloux qui veut tout savoir et trancher toutes les questions ; mais ce n’est plus cette foule silencieuse et passive que convoquent, pour connaître et approuver leurs décisions, les princes de l’épopée homérique, les rois 61s de Jupiter. « Solon, » dit Aristote avec son grand sens et sa nerveuse brièveté, « paraît avoir donné au peuple les droits qui lui sont indispensables , celui de désigner les magistrats et de leur demander leur compte ; car là où il n’a pas ce minimum de garanties , le peuple n’est plus qu’un esclave et qu’un ennemi (1). »
L’assemblée populaire , investie d’attributions si nouvelles et d’une puissance qui peut devenir prépondérante du jour où le peuple en connaîtra toute l’étendue et saura s’en servir , était exposée à ne pas savoir se conduire ; on pouvait craindre, surtout dans les premiers temps, beaucoup d’incertitude et de confusion. Pour parer à ce danger , Solon établit le Sénat probouleulique , ou « Sénat chargé des délibérations préliminaires. » Ce corps, composé à cette époque de quatre cents membres élus, comme les Archontes, par tout le peuple, eut à préparer et à diriger les discussions de l’assemblée , à assurer l’exécution
(1) Aristot., Il, 9, 4.