‹ Essais sur le droit public et privé de la république athénienneChapitre 77 sur 187 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

de ces décrets. Ce fut là , nous l’avons montré , un des rouages les plus curieux et les plus utiles de la constitution athénienne ; les changements qu’il subit plus tard n’en diminuèrent pas l’importance et n’eurent pour but que de donner à ce ressort plus de force et d’élasticité. Solon conserva eu même temps le Sénat de r Aréopage , avec les hautes prérogatives que lui garantissaient son antiquité incontestée et la vénération populaire. Comme dit Plutarque, peut-être d’après Solon lui-même, ces deux conseils furent, dans la pensée du législateur, « comme deux fortes ancres qui affermiraient et maintiendraient la cité (1). »

11 y a , on peut en juger par ce trop bref résumé, quelque inexactitude dans le langage des Orateurs qui , deux siècles plus tard , présentent toujours au peuple les institutions qui le régissent comme l’œuvre de Solon. — Aristote, il est facile de le voir, ne tombait pas dans cette erreur. C’est Clisthènes, comme l’a très-bien indiqué ce profond* observateur , qui a le premier donné à la constitution aüiénienne une couleur démocratique des plus marquées (2). Pourtant l’instinct populaire ne se trompait point ; ce n’était pas une illusion et un contre-sens que cette unanime et persistante reconnaissance. Ce n'est pas Solon qui a fondé la démocratie, au sens où l’on entend ordinairement ce mot et où l’entendaient les Orateurs attiques ; mais c’est lui qui l’a préparée et rendue possible; c’est lui qui a ouvert aux Athéniens la voie où ils vont s’élancer bientôt et marcher si rapidement, poussés en avant par leur propre génie , par les événements , par la main

(t) Plutarch,, Solon, XXIV.

(2) Aristol., Polit., III, 1, 10; VI, 2, 11.

LES SOURCES Dü DROIT.

d’un Clisthènes, d’un Aristide, d’un Ephialle, d’un Périclès.

Il est un dernier caractère de la législation de Solon sur lequel nous devons appeler l’attention : Solon commence à concevoir la cité plutôt comme une association politique que comme une association religieuse ; pour employer une expression évidemment trop moderne , mais la seule qui rende ma pensée, c’est Yesprit laïque qui domine dans son œuvre. Solon ne toucha pas encore aux quatre anciennes tribus ioniennes, qui se divisaient, sous le rapport politique , en Trittyes et en Naukraries , sous le rapport religieux , en Races et eu Phratries ; mais c’est le cens qui sert à dresser le tableau des classes nouvelles , à y répartir les citoyens. La richesse était sans doute infiniment moins mobile à l’époque de Solon que de nos jours ; elle se gagnait et se perdait bien plus lentement ; mais elle n’en était pas moins , dès lors , un élément variable par nature , un critérium inconstant. Quelques générations pouvaient suffire pour que de nombreux parvenus s’introduisissent dans les premières classes; dans le même temps tel Eupalride , dont le père et l’aïeul étaient à la tête du yevo; et exerçait sur la phratrie, sur la tribu, une influence incontestée, se verrait exclu, par suite de quelque désastre qui l’aurait ruiné, de la classe des Penlakosiomedimni ; il ne pourrait être élu Archonte ; l’entrée de l’Aréopage lui serait fermée. Ajoutons que Solon paraît avoir été assez enclin à ouvrir la porte de la cité aux étrangers : on pourra y admettre, dit-il , ceux qu’un exil perpétuel aura forcés à rompre sans retour avec leur patrie , et ceux qui sont venus se fixer à Athènes avec toute leur famille pour y exercer un métier utile (1). Avec ces dispositions, il ne

(1) Plutarch., Solon, 33.

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