‹ Essais sur le droit public et privé de la république athénienneChapitre 79 sur 187 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

corc leur vieille organisation, qui célèbrent régulièrement leurs sacrifices héréditaires (1). Il est même impossible de bien comprendre l’iiisloire d’une cité antique , et particulièrement riiistoire d’Athènes, si on ne se place souvent à ce point de vue ; on ne saurait tenir trop de compte de la prise que conservèrent pendant tant de siècles, sur les imaginations et les cœurs, des souvenirs, des impressions, des associations d’idées qui nous reportent jusqu’au berceau même de ces sociétés. A l’origine , la cité n’est qu’une extension et qu’une copie de la famille ; la famille est le type sur lequel se règle la cité et quelle cherche à reproduire dans de plus grandes proportions. Toute somme peut se décomposer en unités d’un certain ordre ; or les unités dont est formée la cité primitive , ce ne sont pas des individus, mais d’abord des familles, puis surtout des groupes de familles , ces agrégations qu’Athènes appelle yÉvTi et «ppaTpiai , Rome Gentes et Curies. La loi , c’est la tradition domestique , gardée et interprétée par les vieillards. Dans la maison, dans la race, dans la cité, le juge et le souverain, c’est le chef de famille, c’est le chef de la^ens, c’est d’abord le roi , descendant du héros qui a fondé la ville, puis le conseil des Eupatrides ou Patriciens. Enfin l’idée , le sentiment qui rattachent l’un à l’autre les individus dans la maison , les familles dans la race, les races dans la phratrie, les idiratries dans la tribu, les tribus dans la cité , c’est la croyance à un auteur commun , c’est l’adoration de ce premier père , toujours conçu comme

(t) Voir l’inscription du des Amynandrides dans VEphem. arch., n“ 186, cl dans Ross, Allische Demen , 6. Une inscription qui mentionne les Archontes du yévo; des Bacchiades , et qui parait aussi appartenir à l’époque romaine , a été retrouvée récemment dans les fouilles du théâtre de Bacchus. Comptes rendus de l’Académie des Inscriptions (nouv. sér.), t. Il, p. Ui.

LES SOURCES DU DROIT

réel , c’esl le respect dont se voit entouré celui des membres de chaque groupe à qui revient l’honneur de remplacer l’ancélre divinisé, et de lui olTrir au nom de sa descendance le sacrifice prescrit par les rites. C’est là le principe qui domine toute cette hiérarchie d’associations ; c’est là la clé qui soutient toutes ces voûtes concentriques.

Avec les réformes de Solon apparaît une autre conception , qui se dessine et s’éclaircit avec Clisthènes, pour prévaloir tout à fait dans l’âge mûr de la démocratie athénienne. On n’a jamais rompu avec le passé ; on a conserve les usages , les rites , les locutions consacrées, les relations héréditaires qui datent de la période primitive ; et pourtant on est insensiblement arrivé à distinguer la cité de la famille , à ne plus confondre ces deux idées. Tandis que la famille n’admet pas l’égalité, qu’elle suppose et qu’elle exige la prépondérance du père, les contemporains d’Ephialte et de Thrasybule se représentent évidemment l'Etat comme une association d'égaux. L’unité, ce n’est plus ni cette famille restreinte, où le père, avant Solon, avait le droit de vendre scs enfants, ni la gens , avec ses grandes influences héréditaires qui annulent les volontés particulières ; c’est désormais l'individu , c’est, comme dit Aristote, « l’habitant susceptible d’être élevé au pouvoir civil , » c’est, en un mot, le citoyen. La loi, c’est l’exprcssiorf de la volonté générale , manifestée , après un débat contradictoire, par un vote public, et conservée au moyen de l’écriture. Les juges chargés de l’appliquer, ce senties premiers venus, des citoyens choisis entre tous par le sort ; chacun est jugé par ses pairs. Comme le pouvoir législatif et le pouvoir judiciaire, le pouvoir exécutif appartient aussi au peuple ; il le délègue, dans des formes et pour un temps déterminé, à des citoyens que désigne le sort ou l’élec-

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