‹ Essais sur le droit public et privé de la république athénienneChapitre 83 sur 187 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

prendre et devant qui tous s’inclinent, une loi assez complète pour régler tous les devoirs et tous les droits, une loi fixe que ne puisse changer le caprice du juge; mais le peuple n'est pas encore assez habitué à discuter ses intérêts et à se gouverner lui-mème, il n’est pas assez émancipé pour songer à se donner de ses propres mains ce bien après lequel il soupire, cette loi pour laquelle, avant môme de la posséder, il se sent le cœur plein d’amour et de vénération. Ou s’adresse donc, tantôt à un étranger dont le renom a franchi les limites de sa ville natale et s’est répandu dans toute la Grèce, tantôt à un citoyen que ses vertus, ses talents, sa sagesse désignent au respect de la foule; on lui demande d’accepter cette lourde responsabilité, do no point repousser l’arbitrage que lui défèrent les partis en lutte, les intérêts les plus opposés, les prétentions les plus contradictoires; on le supplie enfin d’entreprendre cette tâche que l’impatiente et inquiète cité voudrait déjà voir achevée. Aussi , malgré le mécontentement qu’ont pu témoigner, les protestations qu’ont pu faire entendre, sur le moment môme, certaines attentes déçues , certaines espérances trompées, combien la reconnaissance populaire est restée fidèle à ceux qui, dans la cité renouvelée, ont les premiers mis debout sur son piédestal la statue de la loi, « cette souveraine du monde, » comme l’appelle Pindare !

Il s’est même produit à Athènes un phénomène singulier. Ne semble-t-il pas que la démocratie aurait dû tenir encore plus aux lois qu’elle s’était données elle-même , dans ses jours d’indépendance et de gloire, qu’à celles qui lui avaient été octroyées par la volonté d’un homme? C’est pourtant le contraire qui arrive. Pour relever le crédit et l’autorité des lois qu’ils citent, dans les causes civiles

LES SOURCES DU DROIT

comme dans les procès criminels et politiques, c’est presque toujoure à Solon que les orateurs les attribuent. Tous les Athéniens savent que Solon est un personnage historique, et que sa naissance, sa vie, sa mort n’ont rien eu d’extraordinaire et de miraculeux; ils ne peuvent pourtant se défendre, quand son nom est prononcé devant eux, d’éprouver à peu près le même sentiment que s’il s’agissait d’Erechtée, de Triptolème ou de Thésée, de quelqu’un des héros fondateurs et protecteurs de la cité. Le respect qu’ils accordent à la mémoire de Solon est tout autre que celui qui s’attache pour eux au souvenir de Clisthènes ou d’Aristide , de Cimon ou do Périclès ; il a quelque chose de plus ému, de plus profond, et, pour tout dire en un mot, de plus religieux.

LA LÉGISLATION ATHÉNIENNE DE SOLON Aü RÉTABLISSEMENT DE LA DÉMOCR.VTIE EN 403 .

Nous ne possédons malheureusement le texte d’aucune des lois qui transformèrent peu à jieu en une pure démocratie le gouvernement mixte et tempéré qu’avait établi Solon. C’est à Clisthènes que l’on dut les premiers changements importants. Nous savons , au moins en gros , quel fut le rôle de ce personnage et quelle inlluence il exerça sur le développement de la constitution athénienne ; mais nous ignorons dans quelles conditions légales se produisirent les innovations dont il prit l’initiative; Clisthènes fut nommé Archonte Eponyme en olO, au sortir de la guerre civile, après que toute vie publique avait été suspendue, pendant de longues années , par la tyrannie. Aussi est-il possible

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