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« Quelquefois, dans le demi sommeil, ou dans la rêverie, j'ai la conscience brusque que j'entends les mots de mes pensées, et qu'elles’ se produisent sans mon intervention; mais aussitôt l'articulation verbale apparaît, et donne un coup de barre, qui lance mes pensées dans la direction, qu’il me semble, vouloir leur donner; je redeviens tout à fait v. moteur; je crois que je ue suis verbo-auditif qu'inconsciemment. » ((r28.1P)
Ce phénomène n’est pas constant; des verbo moteurs prennent pour certains travaux intellectuels tous les caractères du verbo-auditif pur dont celui de pouvoir s’examiner. Souvent alors l’auditivo-moteur a conscience d'une sorte de dédoublement :
« Bien que je prononce les mots de mes pensées, il m'est arrivé pour quelques-unes de mes œuvres — mes meilleures — d'écrire avec une surprenante facilité et comme sous la dictée d'un être invisible. » (CHARLES AUBERT) (1)
« Je suis moteur : je parle mentalement ma pensée. Dans la composition de certaines poésies, il m'est arrivé d’être auditif. Ne serait-ce pas cette parole entendue qui aurait donné lieu à toutes les vieilles métaphores sur l'inspiration (souffle de l’inspiration, etc.) » (Yv. RAMBoOSSON)
Cette dernière remarque très juste, nous est, sans aucun doute, une explication et de certain vers très connu : « Je dctais, Homère écrivait » et de la tendance d'un grand nombre de poètes à converser avec leur muse, à en faire un personnage réel, dont ils écoutent la voix, avec lequel ils causent, raisonnent, discutent : « Poète, prends ton luth, et me donne un baiser. — I] est
(1) Notons que l’auteur de ces lignes tient du verbo-auditif la sensation de l’apport involontaire des mots, car il écrit : « Au moment où les mots qui traduisent ma pensée arrivent en moi je les prononce mentalement ou ils se prononcent mentalement. (Ch. A.)
probable que ce dédoublement, qui fait d'eux des auditivo-moteurs — puisqu'ils paraissent jouer leur propre rôle, et écouter celui de leur Muse — n'existe ou du moins n’atteint une acuité particulière, que lors de cette vibration nerveuse très complexe, encore indéterminée, qui, en ces instants, les fait poètes. On peut également admettre qu'il est seulement l’exaltation de ce phénomène, précédemment décrit, d’auditivo-articulation, commun a beaucoup de gens, qui leur permet d’entendre les voix des personnes qu'ils évoquent, tout en continuant de parler mentalement les questions qu'ils leur posent, les répliques qu'ils leur donnent.
« Ma pensée prend parfois une forme dialoguée; j'entends la voix d'une pérsonne dont l'opinion m'est connue me faire des
objections ; je prononce mentalement les mots de la réponse; —.
la conversation continue toujours jusqu’à ce que mon interlocuteur supposé et moi soyons tombés d'accord. Ma pensée prend cette forme sans aucune intervention volontaire de ma part. » (X..., étudiant à l'Université de Bruxelles).
La commutation brusque du procédé endophasique se produit parfois lors d’un état émotif violent. A ce sujet une hypothèse encore; la voix de la conscience n'est-elle point due au phénomène d’audition verbale survenant subitement chez un type autre qu'un v. auditif, ou acquérant chez ce dernier une intensité particulière ?
« Je prononce les mots de mes pensées, je ne les lis pas, je les entends un peu; je ne deviens nettement auditif que si j’ai à me louer ou à me blâmer d’exécuter quelque action. Alors j'entends une voix intérieure qui m'approuve ou me condamne. » | (ALI GALIB)
d'A Eh e
Ces différentes observations, permettent de conclure que chez les audilivo-moteurs par alternative on trouve : 1° des personnes qui tantôt réalisent le type du verbo : moteur pur, tantôt (sous l'influence de la fatigue, de l’exaltation, etc.) celui du verbo-auditif pur: 2° des auditivo-moteurs qui le sont au cours des dialogues — ou des conversations qu’ils imaginent mentalement.
Il importe de ‘chercher, s’il existe, à l’état normal des exemples du fait de Charcot, noté par Ballet dans son langage intérieur, et relaté plus haut (page 54) d’audilivo-moteur par simultanélté.
VERBOMOTEUR
Ce qui — on la vu — caractérise le v. moteur c'est que pour lui, penser c’est agir; 1l ne reçoit pas, il rend ; 1l n'est pas passif, 1l est actif: « Sa pensée, dit Bain, est un acte contenu. » |
Cet être, tout de réaction, n’a généralement pas pour les types différents de lui, les ignorances d’un v. auditif. Il parle mentalement, soit, mais dans la majorité des cas 1l s’entend mentalement parler. Est-ce à dire qu'il est v. auditif? Pas du tout. Lorsque vous causez à haute voix, vous entendez vos propres paroles; le fait capital n'en reste pas moins que vous effectuez des mouvements d’articulation; vous pourriez vous passer d'en entendre l'effet; n'est-il pas secondaire? Devenu parfaitement sourd, il vous serait loisible de crier très fort.
De même le v. moteur; il a de l’auto-audition, mais,