‹ Essais sur le langage intérieurChapitre 20 sur 33 · DER · texte numérisé non relu

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très nette est chez lui, la sensation qu’il s'entend parce qu'il parle, que l'articulation mentale est le fait capital, qu’elle cause et précéde ce qu'il pourrait appeler de l'audition secondaire.

Sans doute, il est des cas où les images auditives semblent ne prendre chez le v. moteur, aucune place, même secondaire et postérieure, si je puis m'exprimer ainsi, mais ce sont là des observations assez rares. J'ai peu rencontré de ces v. moteurs exclusifs qui assurent, comme M. Stricker, que « les images aucthves, lorsqu'ils pensent en mots, ne prennent selon la conscience qu'ils en ont, aucune part »; — généralement dans ce cas, les images auditives sont remplacés par des images visuelles verbales, et l’on à un type tout différent, que nous étudierons par la suite le v. visuel-moteur. Je ne regrette pas le manque de documents sur ce point, car l'ouvrage de M. Stricker a admirablement fixé tous les traits du ». moteur exclusif, ce personnage quasi schématique de la trinité, éclose sous un génial coup d’œil de M. Charcot.

Le v. moteur vrai, c’est Montaigne; sa phrase que je modifie quelque peu provisoirement, est caractéristique : « Ce que nous pensons, il faut que nous le parlions à nous et que nous le fassions sonner en dedans de nos oreilles... »

I y a un fait primitif, capital : parler mentalement c’est-à-dire retrouver le souvenir des mouvements nécessaires à effectuer pour prononcer les mots; vient ensuite un phénomène d’audition secondaire, qui paraît la conséquence du premier. « Je m'entends causer » disent les v. moteurs. Le fait de s'entendre mentalement causer men-

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talement, est noté d'une façon presque identique par presque tous les ». moteurs. Il n’est aucune confusion possible avec l’audition verbale pure d'autant que parler mentalement, c'est manifester d’une façon conscience et volontaire, une des formes de son activité.

Le besoin d'agir, voilà ce qui est le fond, l'essence même du v. moteur. [| monologue ses pensées, il évoque parfois devant lui, autour de lui, un auditeur ou un auditoire et il discourt, 1l expose ses idées, causant parfois les objections de ses interlocuteurs imaginaires.

« Diderot, raconte M. Scherer, causeur infatigable, discuteur acharné, avait toujours en imagination un interlocuteur devant lui : passionné pour le drame, il dramatisait ses pensées, 1l suppôsait l’objection, et se donnait lui-même la réplique ».

Le centre de réaction verbale agit donc sans cesse chez le v. moteur; il semble même que le déclanchement des mouvements d’articulation se fasse chez lui presque spontanément sous l'influence d’une impression verbale étrangère à lui.

Tantôt c'est l’image visuelle du mot qui en éveille l'image motrice :

« En lisant des yeux je prononce mentalement, ce qui ne m'arrive pas en écoutant autrui. » (B.. BourDoN)

Parfois l’image auditive,aussi bien que l’image visuelle, entraine l'articulation verbale.

« Je prononce toujours mentalement ce que je lis; au cours j'achève intérieurement les mots du professeur à l'instant où il les commence... » Rene)

La musique elle-même, ne se grave souvent en la

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mémoire des v. moteurs que par les réactions qui surœissent immédiatement sous son influence.

« Je ne puis écouter la musique, sans la chanter intérieurement; je ne me la rappelle jamais par des souvenirs auditifs, mais toujours par le récit des mouvements faits antérieureraentan | CDEXEN

C'est ce qu'avait déjà remarqué M. Stricker. « Il en est pour moi de la musique, comme des sons articulés. Ce que j'ai proprement perçu, les impressions auditives, je lai oublié; cependant il m'est en revanche, resté quelque chose, que je n’ai pas perçu du dehors, mais que Je me sus créé à moi-même. Les représentations musicales sont donc, comme celle des mots, dues aux représentations motrices ».

De ce que la mémoire de ses actions prend chez le v. moteur une si prépondérante influence, en faut-il conclure que les souvenirs des sensations reçues soit en lui de maigre importance, et que le fonctionnement de leur centre soit pauvre et inconstant?

Malgré de très patientes recherches à ce sujet, je ne puis encore me faire une opinion. Evidemment le v. moteur est, bien souvent, plutôt un verbal qu’un visuel; sans doute, on trouve chez les v. moteurs beaucoup de myopes. Il est fréquent de rencontrer chez eux des bizarreries, des incorrections. des anomalies de la mémoire visuelle ou de l’imago-évocation; mais il est des observations trop parfaitement typiques d'une bonne équilibration ‘entre l’apport et la reddition, pour qu’il ne soit point très téméraire de prétendre dès ce moment tirer des conclusions.

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