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ÉD chologiques et qui semblent mériter d’être conservées et précisées.
Des professeurs éminents, des romanciers illustres, des littérateurs distingués, ont bien voulu contribuer à ces recherches, soucieux de collaborer à ce que l’un d'eux, M. Eéon Riotor, appelait pittoresquement une étude sur le « Cerveau littéraire ».
Ce n'est point cela, ou plutôt ce n’est point encore cela, mais J'espère que les circonstances me permettront, plus tard, et de contrôler ces nouveaux essais par des recherches objectives, et d'approfondir — s'ils le veulent bien — ce qu'est en certains de leurs
détails le fonctionnement cérébral de nos plus parfaits
écrivains.
De tout temps on a pesé, examiné, disséqué les cerveaux des grands hommes; ainsi fit-onjadis pour Voltaire, ainsi récemment pour Hugo; — n'y eût-il pas eu au moins égal intérêt à étudier les anomalies des manifestations nerveuses d’un Flaubert, d’un Musset, d’un Baudelaire ? La science n’a-t-elle point le devoir de chercher à s'expliquer le cas d’un Maupassant, d’éclaircir ce qui distingue le cerveau de ces intellectuels perfectionnés de celui — je ne voudrais pas qu’on lüt en ceci une impertinence — de celui de l’homme normal, et ne peut-elle espérer trouver parfois dans ces études le secret de leur talent et la cause de leurs souffrances ?
Il est là toutun vaste champ dont l'exploration coûtera beaucoup de temps, d’efforts et de patience; nul doute cependant qu’elle ne soit facilitée par les procédés perfectionnés que nous possédons, par cette centralisa-
tion de matériaux en un laboratoire, comme celui du docteur Lacassagne.
Les deux cents observations sur le langage intérieur, réunies en six mois, sont là pour témoigner de ce que l'on peut obtenir par ce procédé; sans doute l'assemblage de tous ces documents a nécessité bien des collaborations, bien des encouragements, bien des sympathies. La reconnaissance est très profondément en moi pour tous ceux qui ont approuvé mon idée, contribué à sa réalisation. Je veux dire mes remerciements: à mes supérieurs hiérarchiques et surtout à M. le médecin principal Vrry et à M. le professeur agrégé, du Val-de-Grâce, Mignon; — à mes anciens professeurs MM. Jules Aden; Doumer et Lambhng; Vialleton; — à mon excellent ami Charles Brunet, qui me prouve d’année en année qu'il peut exister de parfaites amitiés; à mes bons amis MM. Jean Arrufat, Francis Biraud, Francis Miramond de la Roche; — à mon excellent A lcide Leniez; — à mes camarades d'école Gault, Caziot, Jiroux, Massenet, Remlinger, Védrine; à mon ami Charles Daussat; — à mes distingués collègues MM. Mariau et Maurice Beaujeu; à tous mes chers camarades de promotion ; — à tous ceux qui ont bien voulu me. fournir des matériaux.
En présentant aujourd'hui ce travail qui en est la: synthèse, j'ai intime la conviction qu'il est peu, bien peu sans doute, mais qu'il est sincère, et que par lui. J'ai fait œuvre de science vraie.
La doctrine des localisations dont Gall fut le prophète . n’a pas tardé, sous l'influence de ses successeurs et sous
celle des physiologistes et des clinicièns, à s’édifier én une véritable théorie scientifique, dont le nombre des cotés hypothétiques diminue d'année en année.
S'il est plus encore d’hypothèses que de résultats acquis ; si à bien des régions cérébrales il est actuellement impossible d’assigner telle ou telle fonction, au moins l’existence, l'individualisation au sein des circonvolutions de certains centres pseychomoteurs d'une part, et d'autre de vrais centres d’étiquettage, sorte de réservoirs où sont enfermés les mots du langage, sont-elles üne constatation, dont la preuve, faite par la clinique, s'impose à tous.
Ces résultats, désormais acquis à la connaissance du système nerveux, sont trop classiques pour être l'objet d’une description détaillée. Récemment découverts, les centres pscychomoteurs des membres et de la face sont bien connus ; ceux du langage intérieur le sont peut-être davantage encore. On sait qu'il en est trois qui sont respectivement : le centre de la représentation visuelle des mots du langage siégeant, avec ou sans participation du pli courbe, dans le lobule pariétal inférieur, et dont la lésion entraîne la cécité verbale ; le centre de conservation des empreintes auditives verbales qui correspond à la partie postérieure de la première circonvolution temporale gauche, dont la destruction entraine la surdité verbale ; enfinle centre d'emmagasinement des mouvements d’articulation, nécessaires à effectuer pour prononcer les mots du langage et dont la perte ou aphasie motrice est le résultat de la lésion du pied de la troisième circonvolution frontale gauche ; à coté de ce dernier, au niveau de la deuxième frontale gauche existe un véritable centre
ne DM de l'écriture, puisque sa destruction entraîne l’agraphe ou perte du souvenir des mouvements indispensables a l'acte d'écrire.
L'usage de ces régions différentes est facile à comprendre ; c’est en elles que sont conservés les mots, et l'importance du mot n'est pas à démontrer. Lorsqu'un objet exerce sur nos sens un certain nombre d’impressions hétérogènes (impressions visuelles, auditives, olfactives, etc.), ces impressions sont gardées par le cerveau ; mais comme il n’existe entre elles aucun lien, autre que leur communauté d’origine, et que ce caractère n’est pas suffisamment important pour permettre de les retrouver au sein de la masse des sensations sans cesse éprouvées, 1l paraîtrait impossible que l'esprit humain sortit de tout ce chaos, si à chaque groupe, constitué par des éléments de même provenance, ne correspondait pas une empreinte verbale déterminée.
Grâce à elle, une sensation n’est pas forcée, en arrivant au cerveau, de joindre toutes celles qui viennent de l’objet dont elle émane, il lui suffit de réveiller le mot qui les signifie toutes.
Le mot est aussi l’aboutissant d’un ensemble parfois fort considérable de souvenirs : il en constitue le terme synthétique et abrégé à moins qu’il ne soit quelque chose de plus: le résumé d’un certain nombre de mots euxmêmes ; 1l exprime sous une forme très brève un complexus d'éléments disparates, qu’il remplace parfaitement pour la conception de celui qui l’emploie ou de celui qui
l'entend. Par là, il soulage l'esprit et constitue un mer
veilleux moyen de simplification et de perfectionnement;
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re aussi l'intégrité des centres du langage est-elle d’une importance capitale.
La destruction des deux premiers n’entraîne pas, il est vrai, l'impossibilité d’entendre les paroles ou de voir les mots écrits, pas plus que labolition du troisième n empêche celur qui en est victime d’articuler des sons. Ce sont de purs centres d'emmagasinement de sensations, les uns de sensations passives, émanées de l’extérieur, les autres de sensations actives, issues de l’organisme, les premiers conservant des empreintes d’action, les seconds des empreintes de réaction, et leur destruction ne peut empêcher ni l’action ni la réaction; ce sont en quelque sorte des relais, où les sensations viennent, en temps normal, prendre le ticket convenable, celui qui les caractérise, les individualise et les unit à toutes les autres sensations de même origine; c’est, selon loriginale expression du professeur Lacassagne, le bureau où se prennent les correspondances ; supprimé le relais, la sensation n’éveille plus le mot convenable; et inversement le mot n’évoque plus aucune des sensations appropriées. Alors, et selon que la lésion occupera l’un ou l’autre de ces centres, le malade ne comprendra plus les mots qu’il lit ou ceux qu'il entend, ou bien s’il est atteint d’aphasie motrice, en dépit de tous ses efforts 1l ne pourra retrouver les mots nécessaires pour exprimer ce qu'il ressent ou ce qu'il pense.
La conservation des empreintes verbales étant ainsi assurée par un triple dépôt, il est naturel de penser que les empreintes non verbales sont également conservées par le cerveau et que le siège des unes nous est une in-
dication de celui des autres: les mots lus ou entendus G. SAINT-PAUL. 2
ne sont, en somme, . que des impressions visuelles ou auditives, au même titre que n'importe quelle sensation visuelle et auditive, et. l’on peut s'étonner au premier abord, que des centres. aussi nettement différenciés se soient constitués pour leur conservation, et que la cécité verbale, par exemple, puisse coïncider avec l’intégrité de la mémoire visuelle pour les objets autres que les caractères écrits à la main ou imprimés.
Il est à penser que l’extrème ressemblance, la netteté des hgnesque présentent ces caractères, impressionnant toujours d’une façon très similaire la substance nerveuse, déterminent dans un coinde la zone de mémoire visuelle une localisation, peut-être. impossible pour les autres
objets qui offrent tous une infinie diversité ; pendant une
lecture nous pouvons voir, toujours avec une même forme, plus de mille fois la lettre a, au cours d’une pro-
menade nous ne rencontrons pas deux maisons exactement identiques. IL.est donc logique d'admettre un centre de mémoire visuelle verbale, bien localisée, au sein d’une zone visuelle, où chaque objet laisse une empreinte plus ou moins profonde et persistante selon l’impressionnabilité innée ou accidentelle de la substance cérébrale, selon l'intensité de la sensation subie, l’importance des sensations concommittentes, etc, etc. Ainsi. nous nous expliquerons l'existence de la cécité verbale: chez un musicien peut-être, celle d’une cécité pour les notes de musique écrite, et aussi qu’il n’existe ni cécité pour les maisons, ni cécité pour les arbres, ni cécité. pour.un ordre quelconque d'objets très différents dans. leurs détails et dont la représentation mentale du type ou schème, ou. bien n’est que celle d'un objet particulier,