‹ Essais sur le langage intérieurChapitre 22 sur 33 · D' VÉDRINE · texte numérisé non relu

D' VÉDRINE

Il y aurait, je crois, à faire, sur les relations entre la réaction mnémotechnique et la formule endophasique, des recherches très étendues; il n’est point impossible qu'il ne s’y puisse trouver des caractères d’une valeur constante.

Il serait également intéressant d’être fixé sur la valeur de l’élocution chez les v. moteurs. Je dois au docteur Manquat, médecin-major, d’avoir, à très juste titre, appelé mon attention sur le fait suivant, qu'on ne doit jamais perdre de vue, dans une étude sur l’élocution : Quelle que soit leur formule endophasique, il est des gens

qui esquissent ou même arrêtent définitivement la forme de leur pensée avant que de l’exprimer.

. Type v. moteur de ce genre: Montaigne « Ce que nous parlons, 1l faut que nous le parlions premièrement à nous el que nous le fassions sonner au dedans de nos oreilles, avant que de l'envoyer aux élrangères » .

Autre exemple : de Bonald (qui n’était peut-être pas v. moteur). « L'homme pense sa parole avant de parler sa pensée ».

Il existe, au contraire, d’autres personnes qui parlent ou écrivent leurs pensées en même temps qu'elles se produisent dans le cerveau; aussi l'expression en estelle le plus souvent défectueuse.

« À l'inverse de Montaigne, beaucoup de personnes ne peuvent juger del’expression deleur pensée que par la formeauditive ou visuelle qu’ils lui donnent. Cette forme, souvent défectueuse de prime abord, est perfectible par le travail. C’est vraisemblablement de cette façon que procédaient La Fontaine et Boileau, ainsi qu'en témoignent pour le premier les nombreuses corrections de ses manuscrits, et pour le second Jes conseils de l’art poétique :

Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage Polissez-le sans cesse et le repolissez

(D' MANQUAT)

Voici des observations de v. moteurs appartenant à cette catégorie.

« Je crois que dans certains cas, je n'étais pas moteur comme Montaigne, je causais trop vite pour parler ma pensée avant de l’exprimer ; d’un autre côté, il me semble que je n’entendais pas les mots et que je n’avais conscience de ce que je disais qu’au moment où cela me passait sur les lèvres, c'était comme une éclosion spontanée de la pensée. Il serait curieux de savoir si d’autres personnes ont éprouvé ceci, en causant très vite (et toujours dans un état de surexcitation ». (Yv. RaAMBossoN)

« Je ferais volontiers une réserve aux paroles de Montaigne. En ce qui me concerne, la parole est spontanée ; idée et expression étonnent parfois après l'émission; il n’en est plus de même du produit de la réflexion dont l’expression en mots prononcés mentalement est entendue et pesée ». . (X..., professeur)

Alphonse Daudet m’a fait remarquer que certaines personnes,— dont la formule endophasique paraît de ce fait même indéterminable à première vue, — semblent ne pouvoir penser qu’en parlant à haute voix. Leur idée, pour se dégager nette, demande à s'enfermer en une réaction vraie, elle exige pour être, la précision de la parole. Type : Numa Roumestan.

« Pour peindre dans Numa Roumestan, l’homme du Midi, je lui ai fait dire « Quand je ne parle pas, je ne pense pas ». Depuis, j'ai retrouvé l'équivalent de cette idée que je croyais neuve dans Montaigne. En tout cas, c’est bien une formule de méridional, car Montaigne en est, lui, du Midi, il le résume ».

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