LE MOTEUR
La mimique interne ne peut à elle seule caractériser l’'endophasie d’un individu, — si l’on en distrait la. verbo-articulation mentale qui, nous venons de le voir, est une des formes les plus fréquentes du langage intérieur. La sensation des réactions musculaires (autres que celles des muscles phonateurs) accompagne seulement l’'endophasie; elle ne la fait pas.
Il est donc entendu qu'être moteur ce n’est pas une caractéristique au même titre qu'être verbovisuel, verbo-auditif ou verbomoteur, mais c’est une manière d’être suffisamment analysable pour les uns, assez effacé chez d’autres, pour que l’on puisse dire de ceux qui la possèdent que ce sont des moteurs.
Etre moteur, c'est intérieurement mimer sa pensée: il ne faut pas confondre cette mimique interne avec la eprésentation mentale de sa propre mimique externe. Je détache de l’auto-observation du professeur agrégé Mignon un passage qui — les parties en italiques, peut-
être, exceptées? — analyse un pur phénomène de visue-lisme.
« Mes pensées ont un substratum variable : quand elles. évoquent le passé, j'ai un tableau devant les yeux : Je ne pense à la mort de mon père et de ma sœur qu’en les voyant couchés sur le lit; je ne songe à mes gaietés de jeunesse qu’en refaisant le milieu où elles se passaient; je n’ai de voluptés en retour qu’en rétablissant la scène première... Et toutes les images sont distinctes, précises, colorées.
« Quand ma pensée court vers l'avenir, je rêve avec un mot et un tableau : Si j'entrevois le bonheur, j’az Le mot « heureux » sur les lèvres; et me vois marchant la tête haute, le sourire aux lèvres. — Si je suis pris par la crainte de l’ennui : /’at froid et je me sens petit, timide, ratatiné en quelque sorte — causant : je me vois faisant un geste — visiteur, je fais un salut. »
(D' MiGNoN).
Et voici maintenant une observation de mimique interne : |
« Je parcours le boulevard, tout grouillant de foule; je m’isoledans mes pensées; je songe à la journée du lendemain et je m'en. dis à moi-même le programme (qui n’évoque d’ailleurs en moi que des images visuelles très indécises) : je me lève à l'heure réglementaire, j’assiste à l'inspection, je vais à l'hôpital militaire rendre compte de l’exécution d’un ordre à moi donné par le médecin-chef; je le rencontre, je m’arrête..…, en ce moment la conscience renait, je me ressaisis brusquement au moment où,. vêtu d’habits civils, au milieu des passants, j'allais joindre les. talons et faire le salut militaire... (D' G. SAINT-PAUL)
Etre moteur, c’est sentir en soi, toute prête à s’exé-. cuter, une réaction : acte, geste, mouvement quelconque ; c’est penser ‘sur elle et avec elle et parfois par elle; ainsi le verbomoleur pense ses réactions parlées, le grapho moteur ses réactions écrites, le moleur, toutes ses. réactions musculaires.