L’INDIFFÉRENT
L'indifférent — que j'appellerai très volontiers équilibré s'il n’était point de types d’endophasie autre — réalise une formule rare. L'homme a deux membres supérieurs et laisse très inactif le gauche; de même il a trois centres verbaux et se contente d’en faire fonctionner constamment un ou deux au maximum.
L'égalité de travail accompli par ces trois centres pourrait provenir naturellement ou de leur fonctionnement simultané, ou de leur fonctionnement successif selon des modes divers; d'indifférents par simultanéité, je n’en ai point rencontrés; je me contenterai seulement. de faire à nouveau remarquer que le v. visuel-moteur, si l'audition secondaire se développe chez lui, se rapproche autant que possible de l'état d’équilibration par juxtaposition des trois images; car le mot d’audition secondaire m'a semblé très bien peindre ce que ressent le v. moteur « qui s'entend parler », mais il est clair que, même si l'apparition de l’image auditive est l'effet de celle de l'image motrice, les deux phénomènes sont toutefois dans le temps, d’une concordance au moins égale à celle qui existe entre l'émission à haute voix de paroles et l’auto-audition par le moi des paroles émises. |
Toujours est-il que le phénomène d’audition est chez les v. moteurs secondaire par l'importance minime qu'il acquiert dans l’idéation, et que nous avons peu ou point
d'exemples de sujets qui nous disent : « Je ne m’entends ni plus ni moins parler que je ne parle, je ne suis ni plus v. auditif que v. moteur, ni plus v. moteur que v. auditif »; à plus forte raison est-il probable qu’on n’en verra peu ou pas se déclarer équilibrés par simultanéité.
Beaucoup de personnes se déclarent au contraire indifférentes par alternative. Voici de ce type une observation schématique :
« Je prononce en moi un discours que je dois débiter ; je lisen moi quand je pense à une lecture que j'ai faite; j'entends enfin mentalement quand je pense à des paroles que l’on a prononcées devant moi.» (FRANK BERNARD)
Voici qui indique une possibilité d'employer l'un quelconque des centres du langage; mais les personnes qui répondent ainsi (et elles sont nombreuses), devraient indiquer si généralement elles discourent, vivent en imagination avec des livres lus ou avec des personnes connues d’elles.
L'observation suivante que je dois à un ingénieur, esprit philosophique distingué, auteur d’un certain nombre de brochures scientifiques, à l’élocution facile, semble véritablement indiquer l’équilibre :
.« J'emploie indifféremment l’un des trois procédés selon le but que poursuit ma pensée : si elle se porte sur des sujets pilosophiques, je suis auditif; si le travail mental qui s'opère en moi est la préparation d’un écrit, je vois mon écriture et je la lis dans la forme qui sera donnée à cet écrit, ou bien je lis les : mots en caractères d'imprimerie, si je prépare une brochure ou un dessin annotés destinés à l’impression; lorsque je prépare une conversation, je suis moteur ». (HENRI BRUNET)
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Les véritables indifférents sont des privilégiés, à condition toutefois que leur endophasie ne perde pas en précision ce qu'elle gagne en quantité; mieux vaut un bon droitier qu'un malhabile ambidextre (1); mieux vaut encore un excellent ambidextre qu'un excellent monodextre.
Aussi l'emploi facultatif, aisé, équilibré destrois centres du langage intérieur, semble-t-il être pour le cerveau un moyen d'incomparable valeur, sur lequel je n'insisterai d’ailleurs pas. La raison en est simple : des deux cents observations par nous recueillies, — celle de M. Henri Brunet exceptée — il n’en est aucune qui, exactement interprétée, me puisse engager à ranger son auteur parmi les indifférents!
(1) Notons cependant qu’il est préférable de savoir se servir, même d’une façon imparfaite, de ses trois centres, que de n’en n'avoir qu’un seul bien exercé, car, si une lésion détruit ce dernier, l’éducation des deux autres est beaucoup plus longue.