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Je rassemble sous ce titre un certain nombre de particularités et de faits, dont beaucoup, il est vrai, ne se rattachent que très indirectement à l'étude du langage intérieur, mais qui tous m'ont paru mériter d’être conservés ; les uns parce qu'ils peuvent éclairer quelques points de la psychologie de personnalités connues, qui nous ont donné leur auto-observation, d’autres parce ‘qu'ils présentent des caractères intéressants soit au point de vue scientifique, soit pour la seule curiosité (ainsi l’énumération d'images symbolisant des notions abstraites). Quelques documents, que je donne /n exlenso sont des exemples de ce que l’on peut obtenir par la méthode que j'ai employée : on peut les considérer comme des modèles du genre; les autres sont des extraits de réponses au questionnaire (1); aussi leurs phrases se succèdent-elles parfois sans transition.
«.…. Les pensées tintent en moi comme des mots. Elles ont des sons, cependant ces sons ne sont point identiques à ceux pro -
duits par les vocables qui les traduisent.Ce sont des onomatopées toutes personnelles et en dehors du langage convenu...
(1) Voir page 21.
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Je lis les mots de ma pensée pour les termes abstraïts et philosophiques, pour les raisonnements d’ontologie, mais non pour les raisonnements cosmologiques qui se peignent en visions merveilleuses.. Je ne m'occupe pas, dans la parole, de construire une phrase, la pensée s’objective toute seule sans mécanique appréciable; — plutôt non, elle se peint elle se figure...
J'aiune double vie, la vie dite réelle et la vie de sommeil,celleci a la même continuité et la même réalité que la première. Je vis au milieu de génies, d’apparitions qui me sont aussi famillières et aussi tangibles que les amis de l’existence objective; cela depuis de considérables absorptions d'opium faites dans ma jeunesse, (il y a dix ans), — le monde hyperphysique m'est ouvert.
Je ne distingue pas au poirt de vue philosophique l’objectif du subjectif; je ne saisis pas la limite... Le monde dit objectif est pour moi un décor qui se déroule, comme mes sentiments ou mes pensées ; je suis le spectateur.
La musique m'impressionne fort, la plus savante, comme Îa plus rudimentaire. Parsifal et les Blés d'or me saisissent, non également bien entendu, mais je n’ai aucune science,et je ne me sens guère bien disposé à l’apprendre.…..
Les images sont liées à toutes mes sensations de mémoire; j'ai surtout la mémoire des impressions complexes, comme un paysage avec la sensation de sa lumière et des mouvements qui l’animent ; des impressions auditives également j'ai plutôt la mémoire des résultantes que du motif même de ces impressions.
Vue normale excellente même ; — un tact très développé d’où l'idée de créer un art tactile résolu par le moyen d’albums d’étoffes tour à tour rèches et soyeuses... (PAUL ADpaM). (1)
… Je parle assez bien le languedocien et toutes les fois que je m'en sers je suis moteur, pour le latin et le grec je suis en même temps visuel et moteur; ceci vient je crois de ce que le français et le languedocien ont été deux langues que j'ai parlées dès ma première enfance et avant de savoir écrire, tandis que je rai entrepris que plus tard, de huit à onze ans, l'étude du grec et du latin... Je me représente les dates, mais une certaine catégorie seulement. Ce sont celles qui sont voisines de certains
(1) J'ai suivi pour la publication de ces extraits l’ordre alphabétique des noms de leurs auteurs,
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points de repère comme J.C. — 1800 — 1870 etc. Ce qu'il y a de curieux c’est que je vois les années qui ont précédéces dates fixes, mais non pas celles qui suivent, La série des années que je vois se présente à moi comme une échelle partant du point de repère et remontant vers la gauche; je puis ainsi me représenter les années de 1850 à 1870,1500 à 1800.50 avant J.C. à J.C., mais c’est tout; le reste des années ne présente rien à mon esprit sauf exceptions; (je vois alors un fait qui s’est passé dans l’année en question). — Je vois également les jours de la semaine comme des cases séparées par des traits verticaux, et pour compter, par exemple, combien de jours me séparent d’une date à venir, je vois ces cases et, si elles ne sont pas trop nombreuses, jeles compte en les embrassant d’un seul coup d’œil. $’il y en a beaucoup je suis obligé de calculer morceau par morceau ; d’ailleurs je calcule arithmétiquement très mal... Une image éveille facilement en moi une sensation auditive, un son ; par contre, si le phénomène inverse, l'audition colorée, est possible chez moi il ne résulte que d’un effort de ma part... Je me souviens longtemps des sensations gustatives et tactiles, mais surtout des olfactives; une odeur déterminée me rappelle un fait mais surtout un endroit ; évoquer la vision d’un endroit rappelle chez moi la sensation olfactive qui lui est propre. (D' JEAN ARRUFAT)
… Soit que je me rappelle un fait réel, soit que j'imagine une scène, les personnages,les décors et les objets m’apparaissent avec une très grande intensité, même sans que je le veuille. — Au contraire, je pense rarement avec des mots et, en général, j'ai beaucoup de peine à exprimer ce que j'ai conçu avec facilité et même avec plaisir... .. Mes rêves s'offrent toujours à moi sous forme d’images visuelles, mouvantes et silencieuses... — Ma vue est excellente : à plusieurs kilomètres, je distingue unemaison,un arbre, des contours, des couleurs.....; à 20 c.m. je lis difficilement, à 15 les caractères me paraissent se doubler, se superposer. | | (CHARLES AUBERT)
Par l'imagination, sans chercher à le faire, je vois les personnes auxquelles je pense ; mais si je cherche à fixer leurs traits ils deviennent flous et je ne vois plusrien. (D' AuBry).
…. Mes pensées, surtout quand elles portent sur des objets concrets, s’accompagnent facilement d'images visuelles ; ces images sont assez distinctes si les sensations primitives l’ont elles-mêmes été ou si elles sont des images d’objets usuels; mais elles sont grises, ternes, comme le deviennent les couleurs faiblement éclairées ou dont la perception est trop rapide. — Je me représente assez bien les contours les formes des objets concrets, etla démarche des personnes... — Deux sens et deux mémoires sont bien développées chez moi; sens et mémoire 1° visuels, 2° tactiles (musculaires ?); ou, plus exactement, j'ai des sensations et souvenirs nets pour les qualités mécaniques et géométriques des objets : mais je suis mal doué pour le souvenir des couleurs. : l
De là l’explication de mon aptitude pour le dessin, la calligraphie, les travaux manuels de précision, l’articulation correcte des langues étrangères, le parler rapide et net en mêmé temps dans ma propre langue.
Je crois en outre que le sens géométrique se subordonne chez moi au sens mécanique; car je me représente les formes, etc, comme ezgendrées et non comme données: ainsi, en pensant à à la lettre #7, je la verrai se former, je ne me la représenterai pas comme formée, comme ayant toutes ses parties coexistantes ; en conséquence, je me représente à un moment donné plus nettement, une partie de l’#, que les autres ; peut-être exprimerai-je mieux le fait en disant que mon attention passe d’une partie à l’autre de la forme que je me représente. J'ai remarqué en outre quelquefois qu’en pensant à une lettre, par exemple à jf, #1, une partie de la lettre me semblait grise et l'autre d’un blanc légèrement brillant ; de tels phénomènes sont fugitifs et variables, et demanderaient à être observées méthodiquement.
(B. BourDoN.)
…. Ma vue est excellente... — Je n'ai que la mémoire des idées. Mais d’une façon générale, je ne me souviens bien que de ce qui m'a touché, ému, causé de la douleur ou du plaisir. La mémoire des physionomies est si peu développée chez moi que je ne puis parvenir à fixer dans mon esprit les traits de la personne que j'ai le plus aimée ; néanmoins quand j'écris un roman, je vois très clairement et d’une façon très précise les gestes, les mouvements des personnages que je mets en scène. .. — Je sens
plutôt que je ne pense. Il se passe en moi, si je puis dire, une perpétuelle exploitation du cœur par l'imagination. J'aime à m’analyser, à me sentir... Quand je pense, les mots de mes pensées ne se présentent pas à moi immédiatement. Il faut que je le cherche, souvent longtemps. Dans la conversation je suis obligé de me servir de périphrases pour exprimer une idée.
Je fais les rêves que je veux. Pour cela, il me suffit de m’en-
dormir avec une idée fixe. (PAUL BRULAT.)
« Je n’ai pas fait cette observation (ce/le du langage intérieur ) sur moi. Mais non... je n’entends pas les mots de ma pensée... peut être bien suis-je indifférent.
« Autrefois j'apprenais par cœur, en lisant tout haut, avec une extrême facilité. Je n’ai plus éprouvé cette faculté en moi depuis longtemps. J’ai encore une excellente mémoire, elle a un peu diminué cependant dans ces derniers temps (notamment pour les noms). Si elle a baissé c’est que je la crois trop chargée, trop pleine, et puis j'ai cinquante ans | Mais je retiens encore très bien ce que j'ai entendu dire. Je me rappelle les faits par les images, les sons, les odeurs.
« Chaque mot, pour moi, évoque une image... Ma vue était normale (jusqu’à 45 ans). Depuis je suis un peu presbyte. J'ai beaucoup abusé, j’abuse encore de ma vue. Je lis toutes les nuits une heure au moins.
Je me crois quelque don d’observation ; il s'exerce surtout sur le monde extérieur, me semble-t-il ; je suis plutôt un « obyechveur » comme vous dites.
« J'ai l'instinct musical assez développé ; je ne sais pas la musique, je ne m'y connais pas. Mais quelquefois, quelquefois seulement, elle m’a donné des sensations très vives. J’ai la voix juste et une certaine mémoire musicale.
Mon ouïe est bonne; mes rêves se présentent sous forme d'images visuelles ; je parle peu et m’entends peu parler dans mes rêves. - Je n'ai pas eu d’hallucinations; cependant, quelquefois, très rarement une voix inconnue m appelle par mon nom de famille « Coppée » tout court. Elle a un accent de pitié si j'ai du chagrin, de reproche si je suis mécontent de moi. — Quand je dis que j'entends cette voix, cela signifie que je m'imagine l'entendre.
Je n’ai vécu que ponr les lettres ; — enfant j'avais des dispositions pour le dessin ; — les sciences naturelles m’auraient je crois. beaucoup interessé. Il me semble que j'aurais pu faire un médecin.
J'ai l’élocution facile.
Mon père, très épris de littérature, a écrit lui-même quelqne peu, non sans talent. Il n’a rien publié...
(FRANÇOIS CoPPÉE, de l’Académie française)
Je suis myope; — ma mémoire visuelle est fort bonne ; je me rappelle ce que j'ai vu; les détails, les formes, les couleurs, je retrouve tout très bien. Seulement le rappel de ces différents souvenirs n’a lieu qu’au bout d’un certain temps; — en quittant une ville que je viens de visiter pour la première fois, je me souviens peu ou mal; tout est confus, brouillé ; au bout de quinze jours, d’un mois, d’un mois et demi, le classement s’opère ; je vois avec leurs places exactes, et dans leurs minuties, une maison dans une rue, un tableau perdu dans un coin d’une galerie de peintures.
Mou ouïe est normale.
Je suis musicien ; j'exécute et je compose. — Je puis vous donner une idée de ma mémoire musicale, en vous offrant d'exécuter de suite, 25 ou 30 ouvertures d'opéra, réduites au piano, et dont je n’ai pas entendu plusieurs depuis quatre ou cinq ans. Je pourrais jouer, je crois, pendant une dizaines d'heures sans interruption. Ma mémoire musicale a ceci de comparable à ma mémoire visuelle qu’elle exige du temps pour se manifester ; je m'explique : Je sors d’un concert; (— je ne prends pas pour exemple un opéra à cause de l’élément visuel — surtout pas un opéra de Wagner, puisque l’idéal de l’école wagnérienne est de- fondre, d'harmoniser les sensations visuelles et les musicales) je sors, dis-je, d'entendre de la musique instrumentale, connue jusqu'alors de moi ; je me rappelle mal ; au bout de 12 à 15 heures je reproduirais tout ce j'ai entendu,
Quand à dire ce qu'est cette mémoire musicale, cela est difficile; ce n’est pas de la mémoire motrice; c’est bien de la mémoire auditive, mais les souvenirsauditifs ne tiennent pas le principal rôle. S'ils sont nécessaires, ils ne prédominent pas. C'est surtout une mémoire des résultantes, une mémoire! de
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de 7.
l’idée, de la pensée musicale. Le côté réactionnel est relatirement peu développé chez moi; vous me verrez moins souvent exécuter que lire une partition, comme vous lisez un roman...
En ce qui concerne le langage intérieur, je ne suis ni visuel, ni auditif pour les mots ; je les prononce...
Je rêve peu; je n'aime ni chanter ni fredonner ; j'ai noté une association assez rare chez moi: à la vue d'uncimetière, je me suis surpris chantonnant la marche du cinquième acte d'Hamlet.…
(D' CouTAGNE)
.…. © Je colore mes sensations; j'ai des douleurs qui me semblent rouges, d’autres plus aiguës qui me paraissent vertes. Mon ouïe est bonne ; je retiens facilement un air après l'avoir entendu une fois.
Ma vue est extraordinaire (voir page 91) (Juzes CLARETIE — de l’Académie française.)
« Mes idées se formulent en mon entendement par des mots avant d’être exprimées; mais ce travail intra-cérébral s’accomplit avec une extrême rapidité. Un instant après la formulation verbale de l’idée cette formulation peut m'échapper pour être, incontinent, remplacée par un autre: de ce fait je ne reste presque jamais à court. D'un autre côté si, intentionnellement, je formule par anticipation ma pensée, cette préparation prématurée m'est une entrave, le moment venu de l’exprimer par la parole ou par l'écrit. Mieux me vaut de me borner à la fixation de quelques rares jalons. — Je me parle à moi-même avant de parler aux autres, mais mes paroles z7{ernes ne vont pas jusqu'à «sonner au dedans de mes oreilles avant d’être envoyées aux étrangères. » L'acte reflexe intra-cérébral s’accomplit avec une rapidité extrême, ou bien... il avorte et est immédiatement substitué par un autre. Mentalement je ne lis jamais les mots de ma pensée. (D' CoLLINEAU)
Notes sur ma mémoire. --: J'ai la mémoire difficile; il faut que je m'occupe très sérieusement d’un rôle quand je l’apprends ; — et c’est en le lisant un nombre infini de fois que je l'imprime dans mon cerveau ; c'est une impression plutôt douloureuse.
Je garde, à cause de la peine donnée, assez fidèlement les choses apprises,'et le travail est léger pour ce qu'on appelle remeftre les
rôles ; — mais apprendre c'est le côté pénible de la profession. Mettre au point, combiner, peindre, sculpter, faire vivre un personnage est la période charmante du travail de l'acteur.
J'ai noté ceci : On lit une pièce. J'ai un rôle dans cette pièce. Je vois marcher non personnage, habillé, vivant, avec ses gestes, ses tics, la couleur de son costume ; — c’est une évocation, une vision immédiate. Je commence à apprendre ce rôle; pendant toute la durée d'entrée dans la cervelle, d’'emmagasinage dans la tête (période du rôle appris par cœur) : disparition de la vision, — trouble et inquiétude de mon être de l’avoir perdu. Quelques jours se passent, le travail de la gestation se fait en moi. Un matin — subitement — la vision repasse, le personnage est revenu, je le revois ! Je l'emporte au théâtre et il me fait manœuvrer à sa fantaisie. Je suis à lui; il me fait faire ce qu'il veut, jusqu’au moment où je m'en rends maître; alors c’esi le rôle qui m'obétt ; le personnage est dompté, créé : 7e sais mon LATE
J'ai la mémoire des sons; mon oreille à une forte mémoire. Il me semble entendre parler mes personnages dans leur vie imaginaire, et les sons qu'ils émettent je les entends bien ; le ciel m'a donné un sens auditif délicat, car rien au monde ne m'est pénible comme un acteur qui dit faux, qui transmet mal les inflexions d’un rôle. Je suis fortement sensible à la justesse de la diction, chantée ou parlée.
J'ai la mémoire de l'œil, je copie presque tous mes rôles; çà me les fait entrer mieux encore dans mon cerveau. Copier c'est lire deux fois, dit-on ; — deux fois c’est peu; il me semble que c'est plus que çà, car tout ce qui sort des mots écrits, ce que leur vrai sens, leur vraie couleur s’épanouit à la copie est extraordinaire! (pour moi, bien entendu)... Je me rappelle sur une brochure, un manuscrit, un pâté, une tache de bougie, une déchirure, une corne ; — Mes papiers sont plutôt froissés, et un peu salis par manipulations laborieuses. Un rôle su est froissé, est un peu culofté (noble culotte — celle du travail !)..…..
Je me souviens assez longtemps — et j'ai la vision nette de mes souvenirs avec la couleur, l’heure du jour où tel évènement s’est passé, le bruit, la sensation éprouvée, l’odeur respirée.... Je suis imaginatif — et intégralement conservateur à ce point de vue.
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Dans la vie du cœur, je n'ai pas la mémoire dés sensations douloureuses; j'ai aimé plusieurs fois et je n’ai gardé que le souvenir des impressions agréables ; c'est peut être pour cela que, malgré l’âge sérieux qui est le mien, je continue d’aimer et continuerai encore quelque temps. - Dans la vie animale jai perdu lesouvenir de chagrins, d'opérations de maladies,et je n’en suis pas fâché!
Dans les moments de fatigue, après des excès, suspension certaine de la mémoire. Ce qui lui redonne le coup d’éperon, qui le fait rechevaucher comme devant, c’est un léger repos et tout de suiteune chose agréable à apprendre, un travail séduisant à entreprendre.(Un détail matériel : me laver les mains à l’eau froide,réveille sérieusement ma mémoireaux heures de lassitude).
Je suis de l’avis de Rivarol; dans la solitude j'entends les mots que les pensées me suggèrent, mots que je dois dire dans des conversations, ou écrire dans des lettres prochaines.
Dès que je sais un rôle ; quand 1l commence seulement àfleurir dans ma tête, pas mûrir, fleurir, il me faut le dire à voix basse seulement pour l'entendre bien et l’habituer à sortir : il me semble qu’il exige les précautions que l’on prend avec un nouveau-né. C’est tyrannique un rôle |
Je n’ai point la mémoire des datss; les chiffres me sont pénibles Parlez-moi d’un tableau, s’il m'a ému, je m'en souviendrai toujours.
Je n’ai de mémoire journalière (mémoire d’une adresse, d’une heure donnée, d’un rendez-vous), que si cela m'intéresse 2os74vement
J'apprends donc en lisant et en relisant, puis en parlant bas ce que je lis, puis en relisant. Si ce que j’ai à apprendre me plaît, je l’apprends vite. Sinon, c’est une lente élaboration, une douloureuse plantation. Quand je joue je n’entend pas les mots avant de les dire; ils sortent presque comme si je les improvisais.
Je retiens bien mieux ce que j'ai bien lu que ce que l’on m'a soigneusement exposé. | |
J'ai très développée la mémoire du toucher...
J'ai l'esprit analytique; j’observe, j'adore les détails et les
petits faits d'apparence quelconque avec lesquels je reconstitue .
un caractère, une individualité. L'observation me charme. J'ai l’élocution très facile; seulement dans les milieux qui me
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plaisent. Avec les êtres que j'aime et qui ont une façon de penser, je trouverai des choses curieuses, peut-être brillantes, bizarres, folles souvent, qui enlèveront le rire ; je serai débouché comme
une bouteille de vin mousseux. — Avec d’autres gens (que j’appelle des têtes de bois} on ne pourra pas me faire sortir du fond de ma cave... (CoQUuELIN CADET)
. Je suis très myope depuis l'enfance... (voir pages 36 et 37)... acuité visuelle ni augmentée ni diminuée; quinze jours d’hémiopie pendant des troubles nerveux.
Ouïe excellente, comme celle d’un aveugle « tous mes yeux dans mes oreilles... » J’ai une mémoire excellente; jy remarque des trous depuis quelque temps, des déchirures peu sérieuses encore que j'attribue à l’emploi des anesthésiques…
… Pour retenir les numéros des maisons, je fais une addition mentale et rapide des deux chiffres, s’il y en a deux; par exemple, 31, rue Bellechasse, je pense tout de suite 3 + 1 = 4... — Très souvent, quand un nombre passe dans mon esprit, je cherche machinalement si les lettres qui le composent forment un nombre PE, ou impair. J'ai cette manie depuis si longtemps que rien qu'à l'aspect d’un vocable, je peux dire s’il est pair ou impair comme nombre de lettres.
.. J'ai surtout la mémoire des sons; elle me frappe surtout par ce qu’elle a d’involontaire et de fugace. Je me rappelle une phrase, un accord quand je ne les CA pas, tout m’échappe si je cours après.
J'ai aussi très vive, très aigüe la mémoire des yeux; mais, pour moi, elle est moins suggérante que l’autre, moins chargée: de choses, moins évocatrice.
Quand je veux retrouver mon état d’esprit, d'âme, à un certain temps, retrouver aussi des milieux, des endroits oubliés, perdus depuis des années, je cherche toujours quel air je chantais à cette époque, et cet air trouvé, tout m'apparaît…
Je ne me représente jamais les notions abstraites (d’infini, d’éternité, de perfection); elles n’ont jamais pu entrer dans mon esprit...
Je suis observateur jusqu'à la manie... (voir pages 37 et 72)
Depuis cinq à six ans je ne dors qu'avec des narcotiques et ne rêve plus; autrefois je rêvais beaucoup au contraire, et mes
rêves avaient ceci de particulier qu'ils portaient presque tous un titre, ce qui s'explique par la préoccupation constante que j'avais alors de trouver un sujet de conte par semaine avec un titre heureux, réussi. J'ai noté plusieurs de mes rêves, tout au réveil, et dans la sueur du cauchemar. Voici quelques-uns de leurs titres : Ze calvaire dans les cerises... Monsieur Daudet ne regardez pas à droite... l Urubu, etc... »(ALPHONSE DAUDET).(1)
.. Je me rappelle plutôt mon état émotif devant les paysages, tableaux etc.,queces paysages ou tableaux mêmes. Jemerappelle l'impression que me fait une personne, maïs je ne sais pas de mes plus proches s'ils ont barbe ou moustache et je ne connais pas la couleur de mon cabinet de travail. — Mon acuité visuelle est grande.
Je me représente les notions concrètes sous une forme abstraite et tout spectacle éveille en moi des images ou comparaisons morales... |
J'aiune mémoiremusicale complète desconversations. Je peux me représenter les timbres de voix assez vivement pour les reproduire jusqu’à tromper quelqu'un qui m’écouterait les yeux fermés... Je me rappelle toujours ce que je me suis rappelé une fois. J'ai des souvenirs de l’âge de trois ans.
(1) Alphonse Daudet m'a conté l'anecdote suivante; (elle me paraît en témoignage de l’individualisation du centre musical). Tout jeune, il voyageait en Allemagne, avec un camarade de son âge, ne sachant point du tout l'allemand; ils allaient par les grands routes, couchant dans les auberges de village.
Fatigué d’être le seul interprète, Alphonse Daudet voulut contraindre son compagnon à retenir quelques phrases courtes suffisantes pour demander à loger, à manger, à boire; cela était trop ; la mémoire du malheureux ne pouvait garder un seul mot d’allemand, Daudet qui lui savait l'oreille très musicale, adapta alors, à un air connu (celui des Pompiers de Nanterre) les quelques mots suivants :
Ich will Fleisch essen Ich will ‘Bier trinken Ich will zwei Zimmer Ich will...
Ce fut merveille; la mémoire verbale récalcitrante céda place à la mémoire musicale; les mots arrivèrent avec le rythme. Ainsi furent étonnés.. et charmés? bien de braves paysans allemands ! (G. S.-P.)
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J'ai absolument la mémoire de tout ce qui m'a frappé; je me rappelle les faits comme écrits et souvent signés par moi.
Impossibilité de me représenter une douleur quand je ne l’éprouve plus.
J'ai la mémoire de l’escrime, du pistolet etc.
Lorsque je pense il me semble qu’on me chuchote ma pensée. (Voir page 95)
.… Je vois les dates et les chiffres écrits ; j'entends les noms propres et les langues étrangères. — J'apprends par cœur et avec les yeux à une seule lecture ; quand je récite il me semble que je lis.
… Je déteste qu’on m'expose quelque chose ; je ne retiens que ce que j'ai lu et ne m'intéresse qu’à ce que j’ai étudiémoi-même... Je n’aime les faits particuliers qu’en tant que menant à une hypothèse..….; j'ai du dégoût pour le décousu …
Je laisse les faits s'arranger dans ma tête tout seuls; mes livres se composent naturellement dans mon esprit, sans que j'y inter— vienne aucunement ; mais souvent ma pensée ne prend corps que la plume à la main...
J'adore la musique et la littérature ; les arts plastiques m'intéressent peu ;.— je cherche l’idée dans les tableaux, ce qui est le fait d’un homme sans goût artistique; — je n’ai jamais pu dessiner la chose la plus simple ; je ne comprendsrien aux jeux de l’ombre et de la lumière.
Les gestes et attitudes et intonations me frappent d’une manière extraordinaire. Je suis obsédé longtemps par une certaine phrase, dite dans un certain milieu (un salon, la rue etc.), d’une certaine façon, dans une certaine circonstance.
Je parle facilement; le public me paralyserait. (LÉON DAUDET.)
« .… En pensant je parle intérieurement... Il m'est fort difficile de penser seulement une question ; je n’arrive à rien de bon, mes idées restent vagues et indécises. Si au contraire je parle ou si j'écris, ma pensée se dégage plus nette, plus limpide. Ainsi, lorsque j'ai à traiter, à étudier une question, quelle qu’elle soit, je procède d’abord par recherches ; j’accumule sans trop de souci du résultat les matériaux dont je puis avoir besoin; puis je classe ceux-ci, je revois les notee et les idées accumulées; je laisse se faire un travail inconscient de classification. Travail
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qui n’émpêche en aucune façon une autre occupation, même intellectuelle. Puis je pense en parlant, je synthétise mes recherches et c'est soit en écrivant, soit par des paroles internes, soit à haute voix, suivant le cas, que je développe entièrement ma pensée. Aussi n’ai-je jamais pu préparer un cours ou un discours écrit, j'arrête les grandes lignes, j'étudie mon sujet, le développement vient tout seul et généralement sans à coup. C’est vous dire, dès maintenant, que j'ai l’élocution facile. » (D..., professeur à Reims).
« .… Je suis myope (verres n° 12); j'ai une mémoire absolument précise des physionomies et des paysages — plus faible pour les rues... Je n'oublie jamais l’image d'une personne ou d'un objet, sur lesquels j’ai porté une attention sérieuse, et je n’ai aucune difficulté à me représenter ces images; je vois par l'imagination en dehors de tout effort : les images précèdent les mots.
J'ai l’ouie excellente ; je suis incapable de retenir les airs musicaux ; je me contente de les admirer — quelquefois ; — et toujours à l’heure de l'audition.
Les faits se remémorent autant par les images viszelles que par les images auditives.
Je suis fumeur et je ne crois pas à l'influence nuisible du tabac sur la mémoire.
Le mécanisme cérébral agit en moi, à l’aide des trois procédés du langage intérieur, mais les mots « sonnent en dedans » comme dit Montaigne.
J'ai le goût des sciences philosophiques et biologiques..... Je suis observateur plus particulièrement du éyfel.…. J'ai une tendance marquée vers la synthèse.
Tout, dans la nature, me semble parfait au point de vue de l'harmonie et des contrastes; les idées d'infini, d’éternité, je ne puis me les représenter; je crois les saisir, mais, leurs images physiques se dérobent à mes yeux, et à ma pensée, comme d’ailleurs pour tous les hommes raisonnables.
… Voulez-vous ma doctrine absolue ?.. si l’homme ne prenait sur terre que ce qui lui fait du bien, — il mourrait d'ennui.…. anémié.
Trente-neuf ans ; — un père et une mère très intelligents. — Rien d’anormal. Romancier, auteur dramatique...
Enfant je rêvais; homme je veille, et si. vieillard, je rêverai.
(DuBuT DE LAFOREST). |
ane à 0°) ones
«. Œil gauche un peu myope; œil droit très myope avec astigmatisme, — Acuité visuelle très normale, — Sens normaux.
— J'ai la mémoire des choses visuelles auxquelles je porte attention, par besoin où par curiosité. Le dédain me fait inattentif et l’inattention amnésique. Ne suis-je pas comme tout le monde ?
— Je- pense Zomme, cheval, chien, avec des images visuelles pâles; 2ufint, nécessité, rapport, sans images. Ne suis-je pas comme tout le monde?
— Je me représente les notions abstraites avec des mots seulement, comme tous les philosophes exercés, à moins que je n'éprouve le besoin de faire des métaphores.
— Ma mémoire auditive est normale. Elle est proportionnelle à mon attention, à ma curiosité. Elle est nulle pour la musique, parce qu’on ne m'a pas appris les notes quand j'étais enfant.
— M. Charcot enseigne que je suis auditif (voir page 58).
En tout cas, je crois que la méthode de l'interrogation directe et orale peut seule donner des résultats exacts et précis sur ces questions, et tout en applaudissant au développement de Ia curiosité psychologique, je fais toutes réserves sur les résultats d'une statistique par questionnaire imprimé. » (V. E&GER).
« .. Excellente vue, mais de l’hypermétropie... J’ai une très bonne mémoire visuelle ; c’est d’ailleurs en rapport intime avec mon métier. Je me rappelle les gens et les choses avec une sûreté et une netteté très grandes... Par l’imagination, je vois sans chercher à le faire; — et mêmeje me représente très facilement une silhouette coloriée d’une personne présente que j'habille tout autrement, en imagination, et je juge ainsi très
sûrement un effet. — J'ai parfaitement la sensation de chanter et même de prononcer en même temps qu’nn artiste dans un concert. » (FÉLIX FOoURNERY)
« J'ai une excellente mémoire visuelle pour les physionomies, les paysages, les tableaux; j'ai ce que j'appellerai la mémoire topographique. Aïnsi je puis facilement dire où tel tableau du Louvre est placé, la pose des personnages, etc., sans cependant fréquenter souvent le Louvre...
Je me souviens généralement bien des conversations tenues
devant moi, mais le sens et l’esprit seuls de la conversation sont remémorées par moi, la forme s’oublie facilement. Au lycée j'avais beaucoup de difficulté à apprendre par cœur; j'apprenais en lisant et en prononçant.
Souvent j'exprime à haute voix ma pensée (voir page 77).