‹ Essais sur le PentateuqueChapitre 11 sur 77 · ET LA CONFUSION DES LANGUES · texte numérisé non relu

ET LA CONFUSION DES LANGUES

température, ont une influence incalculable sur la forme et la couleur du corps. Les Abyssins et les Arabes , les Mongoles et les Hindous appartiennent incontestablement à la race blanche; et pourtant, voyez ce qu'ils sont devenus sous l'action du climat qu'ils habitent. C'est ainsi encore qu'il a suflii d'un séjour de deux ou trois cents ans aux Indes , pour que des Européens y soient devenus aussi noirs que des habitants du Congo ou de la Guinée. Les mêmes modifications se retrouvent dans les règnes inférieurs de la nature : ainsi transplantées d'un climat dans un autre, certaines plantes varient sensiblement; ainsi encore, transportés de l'Europe sur la côte de l'Afrique, certains animaux y subissent, au bout de peu de générations, des changements si grands, qu'ils deviennent presque méconnaissables ; ainsi encore, sous l'action de causes naturelles puissantes, et qui nous sont inconnues, il s'opère dans les individus des variétés étonnantes , qui se propagent ensuite et se transmettent de père en fils à tous les descendants (1).

Mais l'action de la pensée, le travail de l'esprit, la

(1) Voir un exemple remarquable cité par le D' Wiseman, de Yhomme porc^pic^ ainsi appelé parée qu'il avait tout le corps couvert de grosses verrues d*un pouce et demi de long , et dont tous les enfants, au nombre de six, présentaient les mêmes singularités. DtKOiiri, etc., p. 133.

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force des passions ont an effet plus puissant et plus immédiat encore sur la conformation du crâne que celle que Tatmosphè^e et les rayons du soleil exercent simultanément sur la couleur de la peau. Il est prouvé que la prédominance de la sensualité et Tabsence de toute vie de TinteHigence se trahissent par des phénomènes frappants dans la diminution du volume du cerveau et dans Taccroîssement excessif de la partie postérieure de la tête. Voyez lé nègre, qui est essentiellement lascif, dont les passions sensuelles sont surexcitées par un climat brûlant , et dont la pensée est plongée dans un sommeil presque complet : il a le front déprimé, l'angle facial rétréci, l'occiput proéminent à l'excès. C'est que la vie qu*il mène, les passions pour lesquelles il est indulgent, et la triste condition sociale où il est réduit , l'ont ainsi dégradé au physique aussi bien qu'au moral. Placez-le dans d'autres conditions, faites^le instruire, donnez«-Iui une éducation morale, mettez-le en rapport avec des intelligences élevées , changez sa manière de vivre et ses habitudes ; transportez-le, en un mot , au milieu de la civilisation , et vous apercevrez, si ce n'est chez lui, du moins chez ses enfants, et très-certainement chez les enfants de ses enfants, des modifications sensibles dans l'extérieur de son être en général , et dans la forme de la tète en particulier. Le front se redressera insensiblement, et les cheveux , de laineux qu'ils étaient , deviendront peu

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à peu doyeu!(. De nombreuses expérienceB faites «ax États-Unis et dans les Antilles ont suffisamment prouvé la vérité de cette observation (1).

Que si les causes que nous venons d'indiquer ne paraissaient pas donner du problème de la diversité de races une solution satisfaisante , Ton pourrait indiquer a l'appui le péché» le déluge» la Providence^ Le péché : il a détruit l'image de Dieu , défiguré Tàme humaine, dégradé le chef-d'œuvre du Créateur. Il est des êtres sans doute qui apportent écrite sur leur frtmt ia noUesse de leur caractère , et dont tous les traits expriment la pureté et ia eandejir de leur âme ; mais il en est d'autres que le vice et le crime ont flétris^ et qui sont repoussants par l'air abject et hideux dont le péché a marqué leur visage. Ce que le péché a fait pour les individus, pourquoi n'aurait-il pas pu le produire pour les nations ? Une observation qui sembleradt venir à l'appui de notre suppoMtion et la rendre prenable, c'est qu'à mesure que l'on s'éloigne du berceau de l'humanité , la dégénération de l'espèce derient de degré en degré plus sensible : comme si le mal, en s'infiltrant dans l'être humain et en le corromfiant, faisait sentir la vertu de son poison aux extrémités plus encore qu'au cœur» et comme pour

(1) b' WiSEMAH, Rapporté entre la science et la religion révélée^ 'ir et 3* Discours. — De Roogemont, Précis d' Ethnographie, etc., Introd. p. uvi-uxiu.

lis LA TOUR DB BABEL

prouver que rabâtardissemeni de la race s'est opéré lentement et par des transitions successives. Ainsi, les Hottentots et les Bécbuanas du sud de TAfrique, les Samoïèdes du nord de TAsie, les Malais de l'Australie, qui les uns et les autres se trouvent à la distance la plus considérable du centre continental asiatique, d'où sont parties les premières migrations , peuvent être considérés à bon droit comme le prototype de la dégénération morale et physique de l'humanité (1).

Le déluge peut avoir aussi contribué pour sa paia à l'altération du type primitifde l'espèce humaine. Un sol bouleversé, des terres humides, un air chargé de nuages, une atmosphère moins pure, auraient-ils été sans effet sur la couleur de la peau et la constitution physique de l'homme?

La Providence enfin, dont la science elle-même est obligée d'admettre l'intervention dans la variété des langues, pourquoi u'aurait-elle pas pu produire dans la nature physique de l'homme, par la diversité des races, un changement analogue à celui qu'à l'époque de Babel elle a opéré dans l'intelligence humaine par la création de nouvelles langues? La première de ces œuvres lui est-elle plus difficile que la seconde ? Celui qui a pu jeter dans l'esprit humain la forme de tant de mots et le génie de tant de langues, n'a-t-il pas pu mo-

^1) De Rougbmont. Précis d'Ethnographie, etc., Introd., p. xsix.

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difier les teintes de la peau, les traits de la figure, les particularités de la constitution et de la stature de tant dépeuples. Quand sa puissante et^ irrésistible volonté les répandait comme de la poussière sur tous les points du globe pour y devenir le germe des difîér entes nations, qu'y aurait-il d'étonnant à ce qu'alors , et par un travail occulte de la nature et do son pouvoir combinés ensemble, le Créateur leur eût fait revêtir le caractère physique et la forme particulière, appropriés aux pays et aux climats qu'ils étaient destinés à habiter et à cultiver? Donner aux différentes familles humaines des teintes variées, depuis le blanc jusqu'à rolive, et depuis l'olive jusqu'au noir le plus foncé, n'apparaît que comme un jeu de la Providence quand on compare cette œuvre avec celle de la création de la nature matérielle, et surtout avec celle de l'âme humaine et de ses étonnantes facultés.

Mais c'est assez d'hypothèses et d'explications. Avant de quitter ce sujet de la dispersion des hommes et de la confusion des langues , recueillons-nous un instant. En face de cette Babel qui divise, plaçons l'Eglise de Christ qui réunit. En présence du fait de la multiplication des langues qui sépare les hommes, pensons au Sauveur qui, par l'amour, leur donne avec un nouveau langage, un cœur nouveau et qui les rassemble sous sa houlette dans une même bergerie. A cette assemblée qui se disperse à tous les vents des cieux parce qu'elle ne s'entend plus, opi>o-

ii<^ LA TOUR DE BABfiL ET LA CONrUSlOlf DtiS LANGUES.

sons les douze apâtres le jour de la première Pentecôte j receyant aussi le don de langues nouvelles et variées , non pour troubler la famille humaine , mais pour lui prêcher ta vérité qui doit la ramener à Tuoité véritable en la réconciliant avec Dieu. Au pied de Babel, où diacun parle sa langue, parce que l'harmonie intérieure des âmes est rompue, souvenons^nous d'Eden où tout était paix et bonheur parce que tout était harmonie, et du paradis céleste où l'on ne parlera plus qu'une langue, parce que l'amour y régnera et que Dieu en Christ y sera tout en tous.

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