‹ Essais sur le PentateuqueChapitre 12 sur 77 · MELCHISEDEC · texte numérisé non relu

MELCHISEDEC

OBvisB XIV, 18-20. M. ex, l. Miamsvx y, 6-10 ; VI, %0; VU, 1-11

MELCHisiDEc apparaît une fois dans Thistoire sainte, pour s'éclipser et ne plus revenir ; et si David dans le Psaume CX, et saint Paul dans l'épitre aux Hébreux» n'avaient pris soin de rappeler son nom et d'indiquer certains traits de ressemblance entre lui et Jésus-Christ, il est probable que personne n'aurait songé à voir, dans le roi de Salem, autre chose qu'un contemporain d'Abraham. C'est dire que Melchisédec est pour nous un personnage historique, un être réel, qui a vécu et qui est mort du temps du Père des croyants. Son caractère était honorable, car tout, dans le récit de Moïse, nous donne une haute idée de

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sa dignité morale et de ses vertus. Sa piété était éclairée et sincère ; ce qui le prouve, c'est qu'il est appelé sacrificateur du Dieu fort, et qu'il bénit Abraham, non de la part de quelque divinité païenne , mais au nom du Dieu souverain ^ possesseur des deux et de la terre. Sa charge, son pouvoir, sa tribu n'étaient pas saris importance , puisque, quoique prince aussi, émir ou chef de tribu, Abraham reconnaît en Melchisédec son supérieur, et lui rend hommage en lui donnant la dime de tout le butin. Ce qui contribuait surtout à relever la dignité de ce personnage éminent, c'est que , conformément à l'usage des temps primitifs, il était en même temps roi et pontife (1). Il était probablement l'un de ces hommes rares qui, comme Abraham, Job et quelques autres peu nombreux, avaient conservé la connaissance du vrai Dieu au milieu de l'idolâtrie et de la corruption générale, et qui brillaient encore au milieu de leur siècle comme des apôtres de la religion des premiers âges du monde. Melchisédec est heureux de la victoire remportée par Abraham; loin d'en être jaloux, il vient au-devant de lui pour l'en féliciter ; il saisit avec empressement l'occasion qui lui est offerte de témoigner publiquement l'afTection et la considération qu'il a pour un homme aussi pieux et aussi éminent que le pasteur

(1) jEneid. IH, 80. âristoteles, PoiiL liv. 111, c. 14.

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de Mamré. Nul doute qu'avant la rencontre qui eut Heu entre Abraham et Melchisédec , après la défaite des rois, ces deux saints hommes n'eussent eu plus d'une occasion de se voir et d'apprendre à se connaître. Il y avait entr'eux un lien commun qui devait servir à les rapprocher; serviteurs du même Dieu, ils s'aimaient comme frères, et ils -avaient d'autant plus besoin de s'unir, que l'atmosphère morale autour d'eux était plus ténébreuse et plus corrompue. D'ailleurs, le pays . qu'ils habitaient l'un et l'autre n'était pas si éloigné, qu'ils ne pussent souvent se rencontrer. Dans ses courses nomades, Abraham avait planté ses tentes à Sichem,à Béthel, à Mamré, dans le voisinage de Salem. Il serait étonnant, d'après cela, que ces deux adorateurs de Jéhovah, qui du reste avaient de si puissants motifs de se chercher et de former des relations, n'eussent point appris a se connaître avant le jour où le roi (le Salem bénit Abraham victorieux; mais ce point est peu important. Il en est un autre qui l'est davantage. Au lieu d'accepter le récit de Moïse dans toute sa simplicité et sa vérité, des amateurs d'allégories, des partisans du sens mystique se sont complu à y chercher du merveilleux, et ils sont parvenus à y découvrir, les uns que Melchisédec était Sem, fils de Noé ; les autres qu'il était un ange ; des troisièmes , qu'il était leFîls de Dieu lui-mème.Nous ne nous arrêterons I)as à combattre les deux premières opinions qui sont sans aucune ombre de fondement. Nous dirons un

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n9X))[| SiduleineQt sur la dernière» non qu'aile spit beaucoup plv solide que les d^iUL autres., maïs parce qKi'^lie. a eu plus de partisans, et qu'ea la, reaversaat oa, dëtraU du même coup les ioterprétatious aU^oriqp^s qvi ont quelque analogie avec elle*

lli^lcb^sédec n'est; pas le FUs de Dieu ; ce qui le p^TOUiVe d'abord, c'est qu'il est appelé rot éU Salem. Oi*, SQÎt que l'on prenne Salem ou Jébus pour la ville qui donna plw» tard son nom à Jérusaleo) , ce qui est ropiniffQ la plus pla^isible et la plus accréditée ; soit qu'ayec Jér^e on l'entende d'une autre ville située pi*ès de Scytopolis , où il affirme que de son teaps l'op voyait encore les i^uines du palais 4^ Melcbisé* (i^\ il df^meure certain que Salem étajJ. la capitale d'uioe C4;u9i^rée ou d'une tribu du temps d' Abraham. Ala^s si Af^lchisédec est Jésus-Christ, comment Je*sus-Christ a,-t-i) pu être nommé roi de Salem ? Si Jesu^-Christ est apparu en personne à Abraham , lorsqu'il i^evenaîJ; de la défaite des rois , ce n'a pu être qu'en passant ; l;andis que le personnage que l'écrivain sapré nous ra,ppQrte être venu au-devant du pèri^ des croyants avait son dpmicile à Salem , élait roi de Salem» &, venait de Salem.

Dans son épitre aux Hébreux, ch.VI^, v. 5*15, saint Faul dit positivement que IVIelchisédec était semblablfi { aphùmQt^niençs ) au Fils de Dieu. S'il lui était sçj,ablable , il ne lui était donc pas identique ; il n'était pas lui-même Jésus-Christ , mais son type , sa figure, son symbole.

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Ajoutons q«fce , ^ Melcbîsédec n'a pas été wk personnage historiqii.e contemporain d'AbraJiaai , toute Targumeniatiott de saint Paul aux Hébreux se trouye renversée. Il y a dans ce cas confusion du type avec Tanti-type, de la figure avec l'être figuré, du symbole avec celui qu'il refurésente. A ce point de vue , Nelefaîsédec , type de Jésus-Christ, est Jésus-CIirîst en personne ; et il n'y a plus à comparer Jésus-Gbrist avec lui, puisque Ton ne saurait mettre en paraUèle un être quelconque avec lui-même.

Disons enfin que, si Melchisédec est Jésus^liirisl:, toutes les bases de l'interprétation bib^que croulent, et qu'il n'y a pas de sens mystique que l'on ne puisse découvrir dans la parole de Dieu. Que l'on prenne le récit de Voîse, qu'on le lise avec attention et sans préjugé, et l'on se persuadera qu'aucuu contemjK>rain de l'historien sacré, qu'aucun Juif depuis lors, qu'aucun chrétien sans opinion préconçue et sans système fait d'avance, n'a pu et ne pourra voir dans Melchisédec autre chose que le prince de la tribu des Jébusiens du temps d'Abraham. Car si c'e»t Jésus-Christ en personne qui est apparu à Abraham dans la plaine de Schavé , pourquoi ne pas le nommer? Pourquoi lui donner un nom figuratif? Pourquoi l'appeler Melchisédec, roi de Salem? Pourquoi le présenter comme un sacrificateur du Dieu fort ? Pourquoi voiler son vrai nom, son caractère réel, son être enfin, de telle sorte que personne ne pût le

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reconnaître? Pourquoi l'assimiler, dans ses paroles et dans ses actes, à un chef de tribu cananéenne, au point de le rendre méconnaissable a toute autre personne qu'à des gens doués d'une perspicacité inouïe ou d'une imagination fantastique ?

Concluons de là que Melchisédec n'est pas Jésus- Christ, mais qu'il est le type de Jésus-Christ, ou du moins qu'il y a entre le roi de Salem et le Fils de Dieu des rapports assez sensibles, pour que l'auteur de répttre aux Hébreux ait cru devoir les' relever. Ces rapports , les voici :

1** Melchisédec signifie rot de justice ou rot juste. C'est un titre qui convient à Jésus-Christ et qui lui est donné dans l'Ecriture : c Egaie-toi grandement , o fille de Sion ; jette des cris de réjouissance, fille de » Jérusalem ; voici , ton roi viendra à toi , juste. » (Zacharie IX, 9). c Voici , les jours viendront, dit » l'Eternel, que je ferai lever à David un germe ju.sff; » et il régnera comme roi , et exercera jugement et

* justice en la terre » (Jéréra. XXIII, 5). «Ton trône, » A Dieu ! est à toujours et à perpétuité , et le scep-

* tre de ton règne est un sceptre (T équité * (Psaume XLV, 7 ). Christ est juste 1® en lui-même; car étant Dieu, il est la justice même ; 2^ comme homme, puisqu'il a été conçu sans péché par la vertu du Saint- Esprit ; 3° en sa qualité de Sauveur, puisqu'il justifie et sanctifie tous les fidèles (2 Cor. V, 21; Rom. V, 19; Rom. 111,25.)

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2^ Melchisédec était roi de Salem; Salem signifie paix ; roi de Salem équivaut par conséquent à rot de paix. Jésus-Christ est un roi de paix dans tous les sens et de toutes les manières. Car premièrement, il a rétabli la paix entre Dieu et nous, en nous réconciliant avec son Père (Jérém. XXXI, 34; Eph. I, 6) ; secondement , il a rapproché entr'eux les cœurs des hommes éloignés et divisés (Col. III, 15; Esaïe XI, 6); troisièmement, il a réuni les hommes et les anges, qu'un abîme séparait (Eph. I, 10) ; quatrièmement, il répand la paix dans nos âmes par le témoignage et la sanctification du Saint-Esprit (Rom. Y, 1-5).

3^ Melchisédec réunissait en sa personne les deux charges dont nous venons de parler, la royauté et la sacrificature. C'est un autre trait de ressemblance avec Jésus-Christ, qui est roi et sacrificateur tout ensemble, puisque comme sacrificateur il nous a rachetés à Dieu par son sang, et que comme roi il règne sur l'Eglise et sur le monde.

4'' Melchisédec a béni Abraham, non-seulement d'égal à égal, d'une bénédiction de charité, mais encore de supérieur à inférieur, d'une bénédiction de charge et d'autorité, en sa qualité de roi et de sacrificateur. Or Christ, ayant satisfaite la justice de Dieu par son sacrifice, nous a ouvert le trésor des bénédictions divines ; il en est devenu la cause méritoire et le souverain dispensateur. < Il nous a bénis, dit > saint Paul, de toutes les bénédictions spirituelles » dans les lieux célestes i (Eph. I, 3, 4).

5^ Melchisédec reçut la éiwe de la iomu d'Abraham. Les dîmes que les Joifs payaient aux sacrificateurs de la tribu de Lévi étaîeot en même temps qu'une redevasice acquittée envers les hommes» «n hommage soleanel rendu à Dieu, à qui foules choses appartiennent. Donc Abraham, l'aïeul de Lévi, et par ûCHiséquent le père de toas les sacrificalieiftrs juifs , en donnant la dune à Melchisédec, type de Jés«is- Chrîst, £ati$ait acte de soumission, d'ad<iM*aUon ^de reconnaissance envers Jésus-Christ Im^m^am, dont le roi de Salem n'était que le représentant. D'où l'apôtre saint Paul conclul; que la sacrificature de lésttS-Christ est au-dessus de la sacriticature lévitique, la seconde devant prendre fin, tandis 4pie la pi^mière doit durer toujours.

6^ Les parents de Melchisédec sont inconnus. L'Écriture n'en parle pas. Nul doute que, comme tous les autres hommes, l'ami d'Abraham n'ait eu un père, une mère, une généalogie. Mais le dessein de IMeu a été <|u'ils fussent i^orés, afin que cette circonstance particulière figurât Yéumiié de Jésus-Christ , tant OiClle de sa personne que celle de sa sacrificature (Héb. VIÏ, 3; comp. omc Ps. CX, 4).

7° La mort de Melchisédec ne nous est pas mieux connue que sa naissance. Ou ne sait ni où il a commencé d'être, ni où U a fini d'exister. C*est ce que l'Apôtre exprime par n avoir ni commencement de joun^ ni fin de vie; comme aussi, pour nous apprafidre que

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Ton ignorait sa famille, il a dit qu'il étaii $an$ pire et sans mire. En effet, Melchisédec apparaît dans Thistoire comme s*il fût tombé du ciel, et dès qu'il a béni et restauré Abraham, il se retire de la scène, et on ne l'aperçoit plus. C'était une manière de donner une idée de l'éternité de Christ, qui, comme Fils de Dieu, n'a point eu de commencement et n'aura point de fin (Héb. VII, 3). Il y avait donc là des ombres et des figures du Messie, mais des ombres pâles et des figures imparfaites ; car comment marquer Tétemité de Dieu? comment définir l'ancien des jours? comment figurer le sacerdoce sans fin et la royauté illimitée du Fils unique et éternel du Père ? Comment dire tout ce qu'est, tout ce qu'a été, tout ce que sera celui qui est l'Alpha et l'Oméga, le commencement et la fin de toutes choses ?

O Jésus, mon Sauveur et mon Dieu, tu es véritabliement sacrificateur éternel à la manière de Melchisédec! Car, quaoià ta nature humaine, tu as été sans père; quanta ta nature divine, tu as été sans mère ; quant à ta divinité, tu as été sans commeuc^nent et sans généalogie. Gloire à toi, qui après être mort pour un temps, selon ton humanité, as repris une vie nouvelle, spirituelle, glorieuse, selon la divinité, pour être et demeurer à toujours notre roi puissant et notre sacrificateur miséricordieux (1) !

(1) Sur Melchisédec type du Messie, voyez l'ouvrage intitulé : McUe saru wrile^ de Des Bergeries, p. 100-107.

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