‹ Essais sur le PentateuqueChapitre 28 sur 77 · LA LCTTB DB JACOB · texte numérisé non relu

LA LCTTB DB JACOB

plusi. haut intérêt. Il n'entrait point dans le plan de cet écrit que nous fissions une homélie. Ceux qui voudront lire, sur ce sujet, d'édifiants discours, feront bien de se procurer les onze sermons de G.-D. Krummacher, sur le Combat et la victoire de Jacob (1). La grande leçon qui découle de toute cette histoire est que la vie chrétienne est un combat dans lequel Dieu lutte avec nous par l'épreuve, pour exercer notre foi, et dans lequel nous devons lutter avec lui par la prière, pour obtenir l'issue de l'épreuve. Cet axiome fondamental de la vie spirituelle se trouve surtout mis en évidence, dans les passages suivants, que le lecteur fera bien d'étudier et de méditer : Matthieu XV, 21, 28. Luc XVIII, 1-8. Luc XI, 5-13. Ephés. VI, 10-18. Hébr. XII, 1-4. La prière est, à proprement parler, une lutte avec Dieu ; la prière , faite avec foi, triomphe de Dieu, c'est-à-dire, qu'elle obtient tout de lui, parce que, pour l'amour de Christ, Dieu se laisse fléchir par nos prières. Ce sont là les mystères de ta vie chrétienne ; la théologie ne les pénètre pas ; la foi seule les découvre et les comprend .

(1) Jaeobi Mampfund Sieg, Eiberfeld, 1832.

IW

LE SCHILOH.

amutsm XLIX, 10.

JJans l'ordre de la chronologie, la prophétie messianique dont nous allons nous occuper, est la seconde grande prédiction concernant l'époque de la venue du Sauveur, qui se trouve dans la Genèse. La première, que l'on a avec raison nommée le Protévangiie, se lit Genèse III, 15, et nous nous y sommes arrêté quelques instants , lorsque nous avons interprété l'histoire de la chute d'Adam et d'Eve. Mais celle-ci n'a pas moins d'importance , et quoiqu'il règne de grandes divergences parmi les théologiens sur la manière d'entendre le mot principal de la prophétie, celui de Schiloh^ tous, à peu d'exceptions près , con-

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vienneat qu'il y Êiut voir le Messie , et qu'il est impossible même de le rapporter à un autre qu'à Jésus- Christ.

Et d'abord cette prophétie a pour elle la tradition de l'église juive, aussi haut que l'on peut renuxiter dans son histoire, depuis les temps les plus reculés, jusqu'aux temps les plus modernes. Ainsi , les trois paraphrases chaldaïques, le Targum d'Onkelos, celui de Jérusalem et celui de Jonathan , le Talmud , le Sohar, l'ancien livre Breschith-Babba, les Samaritains et, parmi les commentateurs récents, Jarchi et d'autres, tous l'ont entendue du Messie (1).

Remarquons ensuite que l'église chrétienne , dès les premiers siècles, à dater de Justin le martyr, y a vu également une prédiction qui regarde son chef et son Sauveur, et que, parmi les rationalistes modernes , ceux-là mêmes que leurs systèmes particuliers éloignaient du sens orthodoxe, n'ont pu nier que Schiloh ne fût un nom propre ou appel latif, qui ne dût s'appliquer à quelque personnage de l'histoire (2).

Disons enfin que, parmi les différentes interpréta- UoDS proposées sur le mot Schiloh , quelle que soit celle que Ton adopte, il faut toujours revenir à Jésus- Christ, comme à celui qui seul réunit en sa personne l'un et l'autre des caractères qu'exprime le Schiloh

(1) liBNGSTiUfBBiiG. Chritlologie, i theil, 1 abtb, p. 63.

(2) Gesemvs. iMr. pmiiehm ITotMliMPrl : p. 6U.

i88 LB SCBILOU.

OU même toutes les significations dont il est susceptible.

Car, soit qu'avec Jérôme on le traduise par VEn^ vayé (1); soit qu'avec le paraphraste Jonathan, suivi par Calvin , Knapp et d'autres, on le prenne pour signifier son fils (2) ; soit que, comme Luther, Kanne, Rosenmuller (S*""* édit. ), Winer , Hengstenberg, on l'interprète par le Messager de paix (3) ; soit enfin que, se laissant gagner par l'autorité de la traduction d'Aquilas , de Syramachus et des Septante , la paraphrase d'Onkélos , qui n'ont fait qu'expliquer le passage parallèle d'Ezéchiel, on se range à l'avis de Jahn

(f ) Jérôme ayant lu Schiioaeh^ et non Sehiloh^ a supposé que c'est par erreur que la lettre h a été substituée à la lettre cA; en cooséqiienee, il a considéré ce mot comme le participe du verbe hébreu Schalaeh^ et l'a traduit par V Envoyé^ ou celui qwi âùU être envoyé. Mais cette opinion, qui a prévalu anciennement, est aujourd'hui presque entièrement abandonnée et n'est soutenue par aucun critique de quelque valeur.

(2) De 5cAt7,f!ls et du suffixe oA, pourd, son, ou de lui, c'est-àdire, le fils ou le descendant de Juda, qui est le Messie ou le Christ. Cette interprétation est difficile à soutenir, car il est impossible de prouver que tchil signifie /Us purement et simplement.

(3) Participe de Schalah (il a été en repos), et pris comme nom propre pour signifier le Paci/icaleur^ le Messager de poix, le Prince de paix. Le D' Hbngstenbbrg {Chrislol. 1 th. 1 ablh, p. 67, 68), dit que cette interprétation a toutes les raisons en sa faveur et ne soulève aucune objection. Nous croyons avec lui que ni la grammaire ni l'analogie de la foi (Zach. IX, 10. Jèr. XXIII, 6. EsaIb XI), n'ont de difficultés sérieuses à faire valoir contre elle. Toutefois la dénomination de Schiloh, dans ce sens et comme nom propre, a quelque chose d'insolite dans TÂncien^-Testament; c'est pourquoi nous préférons nous déclarer pour le dernier sens que cous avons indiqué et que' nous allons exposer dans la note suivante.

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(Introd. àl'Anc.-Test. I, p. 507), et Ton rende ce mot par ceux-ci : Celui à qui appartiermeni la puissance el rempire (1) ; c'est toujours Jésus-Christ qui est annoncé.

(1) Composé des deux mots sché^ pour atcher qui, et de loh^ à lui, celui à qui^ soufr^n tendu est ou appartient le sceptre, la puissance ou le jugement. Cette explication a pour elle d'abord un passage d*£zéchicl (XXI, 32), qui y fait évidemment allusion et que l'on peut considérer comme en étant le commentaire ou la parapbrase. Ce passage le voici : Jusqu'à ce que vienne Celui à qui ap» parlient l'empire. 11 paraîtrait d'après cela que du temps d'Ezécbiel lo passage Gen. XLIX, 10 était interprété, et qu'il l'était dans le sens que nous donne le Prophète. Gesenius et Hengstenberg en conviennent l'un et l'autre. Or, il nous a toujours paru que de toutes les autorités la plus grande est celle de la Bible ; que la Parole de Dieu est le meilleur interprète de la Parole de Dieu, et que, toutes les fois que Ton est en doute sur le sens d'un passage, les passages parallèles doivent être appelés au conseil et terminer la dispute. Dans ce cas particulier, qui mieux qu'un auteur inspiré, un prophète de Jébovah, pouvait pour nous résoudre l'énigme du mot schiloh? Et n'a-t-il pas en efTet tranché la difBculté, quand il nous a dit que scbiloh signifie celui à qui appartient V empire (a$cher /oA, pour schiloh hamiachepai) , A cette autorité j'ajoute celle d^OïiKRLOS, qui a traduit : le Messie à qui apppartient le royaume; celle des plus anciennes versions grecques qui ont rendu schiloh par celui à qui est réservé^ sous-entendu Vempire ; et les Septante, qui l'ont expliqué par celui à qui se rapporte le règne, ou qui a le droit de régner. Quand je réunis toutes ces considérations, le jugement de l'Ecriture et l'opinion des plus anciens commentateurs, il m'est impossible de ne pas croire que c'est dans le passage d'EzÉ- CBiBL, que nous avons cité plus haut, que nous devons chercher la lumière sûre qui doit éclairer pour nous im mot obscur, si diversement interprété. Voyez d'ailleurs, sur les différents sens que nous venons de rapporter, Rosenmcller, Scholia in Genesin, XLIX, 10. GESBffics, Handtc. 644. Hengstenberg, Christologie, 1 Ui. i abth, p. 59-77.

Nous n'avons cru devoir ni rapporter ni combattre l'opinion ra* tionaliste soutenue par Eichorn, âmmon, Roseumuller et autres, qui, prenant Schiloh pour le nom d'une ville célèbre dans la tribu d'Ephralm, traduisent notre passage ainsi : a Le sceptre et le lé- « gislateur ne seront point ôtés à Juda, jusqu'à ce qu'on vienne à

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qui est prédit par le patriarche Jacob mourant. Car Christ est tout à la fois, YEnvayé du Père (Jean XVD* 3), le Fils de Juda H de David (Esaie XI, 1), le Prime de paix (Eph. II, 14, 17), Celui à qui appartient r empire universel (Matth. XXVIII, 18. Esaie IX, 5).

Pour nous, après mûr examen, nous avons cru devoir adopter la dernière opinion, par la raison que Ton trouvera indiquée ci-dessus en note. En consé-quence, voici comment nous traduisons le passage de la prophétie de Jacob : c Le sceptre et le législa* ^ teur ne seront point ôtés à Juda, jusqu'à ce que » vienne Celui à qui appartient l'empire , et c'est à * lui qu'obéiront les peuples (1). *

Ainsi interprétée, notre prophétie présente un sens fort clair et qui peut se résumer dans les termes suivants : Jusqu'à la venue du Messie , à qui appartient

a Schiloh: p D'après eux, Jacob n'aurait promis à son fils Juda autre chose que le commandement général du camp des Israélttea, jusqu'à l'arrivée des Hébreux à Scbilob. Mais on a très-bien réfuté cette interprétation en disant, 1° que, du temps de Jacob, la ville de Scbilob n'eiistait probablement pas encore; 2° qu'à supposer qu'elle eût existé de son temps, comme elle était alors sans importance, son nom aurait étrangement sonné aux oreilles des Gis du patriarcbe: S*" que la prophétie est trop magniflque, fait concevoir de trop belles espérances pour se rapporter à un avantage aussi insignifîant pour Juda que celui de marcher pendant le voyage à la tête des autres tribus; 4<> qu'enfin pour soutenir ce sens, il faut suppléer un adverbe de lieu qui ne se trouve pas dans le texte (Hengstexberg. Christologie^ in loco).

(1) Les Septante : Il sera VatlmU des peuples, c'est-à-dire, c'est à lui que les peuples s'attendront, ou c'est lui qu'ils attendront.

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renipire, la tribu de Juda contintiera à se gouverner ene-même et à former un peuple distinct et indépen« dant. Mais après la venue du Libérateur, elle perdra sa puissance; car toute puissance, toute prérogative et toute souveraineté passeront alors aux mains de Celui qui, dans les conseils du Très-Haut, doit rassembler tous les peuples de la terre et les soumettre à son sceptre de paix.

Or, révénement a pleinement justifié la prophétie. En effet, avant Jésus-Christ, la tribu de Juda n'a jamais perdu ni sa nationalité , ni sa prééminence ; mais depuis son apparition sur la terre, la gloire de Juda , sous ces deux rapports , s'est éclipsée. Dans le Pentateuque , cette même tribu est toujours nommée la première , et elle offre avant toutes les autres ses dons au Seigneur (1). Elle occupait la place d'honneur à l'entrée du tabernacle (2). Après la mort de Josué, Dieu, consulté par le peuple sur le choix d'un successeur de ce grand capitaine , répond que Juda doit prendre sa place (3). Sous les Juges, la tribu de Juda conserve le premier rang que lui avait accordé la bénédiction paternelle , et que lui avaient confirmée toutes les ordonnances mosaïques subsé* queutes. 'Avec David elle monte sur le trône, et ce

(1) NoifB. VII, 12.

(2) Ibid il, 2, 3.

(3) Juges 1,1,2.

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prince lui-même reconnaît que la supériorité de Juda sur les autres tribus est plus ancienne que la royauté (1). A l'époque de la dispersion des dix tribus par les rois d'Assyrie , la tribu de Juda se maintient, forme un corps visible, conserve sa nationalité, tan« dis que ses sœurs se démembrent et s'éparpillent pour ne plus se réunir. Pendant la* captivité même, elle ne perd ni son nom, ni sa prééminence, car elle avait avec elle un de ses rois que le successeur de Nabuchodonosor faisait manger avec lui à sa table (2). Au retour de la captivité de Babylone, elle revient en masse en Judée sous la conduite de Zorobabel. Depuis lors , elle est plus dominante , plus illustre que jamais , puisque c'est elle qui forme le corps de la nation, qui lui fournit ses magistrats et ses sénateurs , qui compose le grand conseil , et qui décide dans les affaires religieuses et« civiles (3). Mais Tite arrive, il met le siège devant Jérusalem, il détruit la ville , rase le temple , disperse les Juifs ; et depuis ce

(i)2CHR0N. XXVUI,4.

(2) 2 Rois XXY, 27 et suiv. Qiie si Ton veut contester et dire qu'au moins pendant Je captivité de BabyJone, Juda fut privé du commandement, nous l'accordons sans peine, à la condition toutefois que l'on admette que la perte de sa puissance n'a été que comme une éclipse dans son histoire, et que ce dépouillement passager de sa gloire ne Ta pas plus ajiéantie, que les époques de mort et de décadence pour TEglise n'inflrment la promesse que le Seigneur lui a faite que les portes de Tenfer ne prévaudront point contre elle (Calvin, Comment, in Generin, in loco).

(3) Explication de la Genè$e, t. VI, p. 312 et suiv.

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moment, Juda, comme les autres tribus, n'a pins ni autorité, ni prééminence, ni juridiction , ni sceptre, ni législateurs. Le Christ a paru , et en lui Juda a étendu sa domination spirituelle sur tous les peuples. Ainsi s'est accomplie jusque dans le plus petit détail la prophétie de Jacob, qui, parmi les prophéties , est l'un des plus éclatants monuments de l'inspiration des écrits de l' Ancien-Testament.

Qu'on nous montre Juda. En quel pays s'est-il réfugié ? Quelle domination exerce-t-il sur ses frères ? Quelle différence y a-t-il entre lui et eux? A quels signes le peut-on reconnaître? Hélas! il a passé, et pour ne plus revenir; il est détruit, et pour ne plus se relever. Depuis quelle époque? Depuis que Titeet Adrien ont exterminé les restes de sa tribu, c'est-àdire , depuis que le Messie est venu. Donc le Schiloh a paru, donc il ne faut plus l'attendre. Convertis-toi donc à lui, ô Israël ! Crois en lui, ô Juda ! Vers totAS les bouts de la terre, regardez vers lui el soyez sauvés (1) f Et toi, ô mon âme, aime, sers et adore en lui ton Rédempteur et ton Dieu !

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