‹ Essais sur le PentateuqueChapitre 29 sur 77 · LES SAGES-FEMMES DES HÉBREUX · texte numérisé non relu

LES SAGES-FEMMES DES HÉBREUX

■XODB 1, 15-ao.

\jh ne sait trop pourquoi rhislorien Josèphe (1) a prétendu que ces deux femmes étaient égyptiennes, et n'appartenaient pas au peuple hébreu. A--tHl cru, par cette hypothèse, lever la difficulté qu'il y a à admettre que l'exécution de l'ordre barbare de Pharaon pût être conflée à d'autres mains que celles de femme» égyptiennes, et qu'une pareille commission ait pu être

(i) Livre II, ch. V.

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acceptée par des femmes israél tted ? On êètkit tenté dé ie croire, quand on litlesparole^qu'ita écrites à ce snijet. Ou bienaurait*il voulu, par cette stipposhiôn toute gratuite, sauver l'honneur de sa nation, en fkl&aiit re* tomber sur la tête de deux païennes la responsabilité d'un manque de véracité qu'il lui aurait trop Coûté d'hnpnter à deux compatriotes? Cela est possible; c'estmême probable. Le patriotismen^est pas toùjôtlrs inpattîal; quelquefois même il aveuglé. Dans tous les cas, il a mal^ servi Josèphe en cette occasion. Car si le sentiment national était blessé chez lui pMr le fait qae deux femmes juives ont eu l'air de se chaîner du soin d'étouffer à leur naissance tous les enfents'mliles des Hébreux , et se sont ensuite rendues coupables de mensonge , qiie d'autlres taches dans Thistoire du peuple de Dieu, et plus noires et plus profondes que celle-ci , ne lui aurait-il pas fallu effacer, au moyen d'une critique téméraire et capricieuse dans ses procédés ! Remarquons, d'ailleurs, que rien dans le contexte ne favorise son opinion ; que tout, au contraire, la combat et la renverse. Et d'abord, les deux sagesfemmes sont positivement appelées, au verset 15, Hébreues ou Hébreuses {Hagniberiih). le roi dt Egypte, y est-il dit, parla ainsi auœ sages-femmes des Hébreux. Ensuite , les noms mêmes de ces femmes sont hébreux et non égyptiens; car l'une d'elles s'appelle Sciphra , comme qui dirait la belle , et Taulre Puha , c'est-àKlire , celle qui est appelée par la femme qui en-

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fante (1). Enfin, Moïse affirme qu'elles craignaient Dieu 9 expression qui n'est jamais employée dans rÂncien-Testament que pour marquer une piété vraie et sincère chez les membres du peuple élu ; or, comment imaginer que deux païennes, dans la même situation, eussent pu mériter un pareil témoignage? D'où il faut conclure que Sciphra et Puha étaient des Israélites, et des Israélites fidèles, qui ont préféré obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes , en plaçant l'accomplissement de leur devoir au-dessus de toute considération mondaine ou personnelle.

Mais alors, comment rendre compte du mensonge auquel elles ont eu recours lorsqu'elles furent appelées à comparaître devant le roi ? Pourquoi, au lieu de lui dire la vérité sur les motifs qui les avaient déter-

(1) Ces deux femmes étaient, selon toute probabilité, les chefe ou les Inspectrices de la corporation des sages-femmes qui, devant l'autorité, répondaient de la moralité de leurs employées; autrement comment supposer qu'elles eussent pu suffire seules à une population de 2,500,000 âmes (Léon de Laborde, Comment, géogr, tur t Exode et les NonUfret).

Calvin va plus loin dans ses investigations : « Comme il est pro- « bable, dit-il, qu'au milieu d'une si grande population, il y avait « un grand nombre de sages-femmes, pourquoi Moïse ne nommea t-il que deux d'entr*elles? On peut en avancer deux raisons : Ou « bien le tyran ne s'attaque qu'à ces deux, afin de répandre au a loin par leur moyen l'empire de la terreur; ou bien, recourant i « la ruse, il a voulu d'abord en secret sonder et tenter ces deux « femmes, afin que s'il parvenait à les gagner, il pût plus facilement a corrompre les autres. Un sentiment de honte l'empêchait d'agir « ouvertement et de donner un ordre public d {Camm, êur i'Ewode).

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minées à ne pas exécuter ses ordres , ont-elles usé d'un subterfuge qui ne pouvait satisfaire leur conscience? Pourquoi ont-elles commis ainsi un double péché, le premier, de rougir de la vérité et de n'oser pas en faire la confession ; le second , d'avancer un fait faux et controuvé? Pour se tirer d'embarras, quelques commentateurs ont imaginé de soutenir le principe que le mensonge n'est mensonge que lorsqu'il est employé à couvrir le péché , ou à propager le mal ; et qu'il est des cas où l'on peut taire en tout ou en partie la vérité, soit pour sair. er un innocent, soit pour échapper soi-même à la rage des impies. Pour fonder celte doctrine , ils ont cru pouvoir en appeler à l'exemple de Rahab (Josué II) , à celui de David (1 Sam. XXI), à celui d'Elisée (2 Rois VI, 19).

Quant à nous, nous sommes d'un avis tout différent. Nous pensons que les premières règles de la morale nous interdisent le mensonge partout et toujours, et qu'il n'est jamais permis de faire le mal pour qu'il en arrive du bien. Nous n'admettons pas, nous ne saurions admettre de mensonge officieux; tout ce qui gépugne à la véracité et à la sainteté de Dieu est et sera éternellement mauvais ; la loi réprouve et maudit toute dissimulation, dans les actes comme dans les paroles. D'après ce principe fondé sur la nature des choses avant de l'être dans l'Evangile, dicté par la conscience avant de l'être par la révélation , nous aimons mieux avoir à trouver en faute les deux sages-

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fei|iiii€9 au temps de Phaïao», quelque répugnance que hqus éprouvions à le foire, que de violer une loi morale, que de retrancher un iota, un seul iota de la Parole de Dieu. Ce» femmes étaient fid^es, cottme on Tétais de lejur temps, comme on l'est de nos jows encore, fidèles avec beaucoup de faiblesses, fidèles malgré bien des chutes. Elles ont eu assez de courage pour désobéir à un erdre injuste et cruel ; mais elles en ont manqué pour le déclarer franchement ; elles ont eu asse? de foî pour risquer leur vie en s'opposant aux desseins d'un roi barbare ; mais elles en ont manqué pour lui dire en face la vérité, toute la vérité, rien quela vérité. Et qui ne se reconnaîtrait soi*méBDe dans le tableau de cette imparfaite vertu ! Que de misères, hâas t que de lacunes, que de défauts, que de Uches dans nos plus belles œuvres eidans nos mélleures vertus ! Et pourtani nous vivons sous une économie où la loi révélée est pariaitement claire , où les secpurs à la piété sont abondants, où Tatmosphèrp religieuse et morale que nous nespirons est infimment plus pure que celle dont étaient entourés les patriarches. Nous l'avons dit ailleurs, et nous le r^ pétons ici : l'habileté, la &iesse et la ruse passaient, chez les anciens, pour une vertu bien plus qu'elles n'étaient ragardées comme un vice. G'esi dans ce milieu et à o^ point de vue que nous devona nous placer, ^ Aous voulons juger sainement d« la oour doî(e de ces femmes , qui vivaient au sein du paga-

mAjÈBy et q«i étaient; èà otttre, (fri Vëeâ des lùAièireâ de la Parole écrite. Qiii Totidrait mesui^ei* le degré de cttIpàbSlïté des fautes des patriarches sur deUhxi deâ ii^délîtés des chrétiens, s'èxposeifait à totiAbr dans de gt^aves er^tâis et à forOlei* des jugeiùèûts bien injustes (1).

M^ la difficulté <^i v^ht de tfoos occuper eist là moiikdl*e;?l en est une antre ijai est fiëautou]^ plus sérieuse. Il est m^s important éè reéhietchër cctii* inetrt déB {>ersi6bnes cràignaiit Dieu ont pti ie làSss^ aller à tttanquer à la vérité (ca^ !n Bible et riotté {Nftiprë ctietar doivent dous ihstmire suffi^àtdinent à cet égard), que d'eicpliquer côm^éàt Diett à ptt approuver et récompenser Un acte aussi l'épréhensi* ble que celui d'ttn meilsokige. Or, il seînble rëssofflM* dn récit, tel du moins qu'il a été rendti par nos VersitJlls, que Dieu a béni les sages*femmes éi qu'il lèH à béûiM, quoiqtt'au moyen d'une dissimulatidh elles Éè flisëéîlt soustraites à l'animadvei^ion dé Miài^dii. B6 effet, au Verset 20 on Ht ces^ thôts : Et Ûièù fU éh htHi àuàoiojieâ-fèrhfneà ; él itd v. 21 céfdx-ci : Et ^rck ^ùë léà ààg^fbhiftiès traipirêni Dieu, il fit pfoi'^tà Itut iiidtfOti.

Mais d'abord, dans la tiarràtidh dé rhiétdriëti saf-

(!) Vqj. c^r^, p. \^f lea principes que ^oq^ 9Voiig posée 0t diaprés lesquels il nous semble que l'on doit juger de la moralité des patriarches.

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