DES HÉBREUX
Toutefois rien ne nous oblige à avoir recours à cet argument. Le texte est susceptible, selon nous, d'une interprétation différente, et même l'interprétation que nous allons proposer est la seule qui, à notre avis, puisse être raisonnablement admise. Quand il est dit au Y. 20 que Dieu fit du bien aux sagesfemmes, cela ne signifie point que Dieu les récompensa publiquement par quelque marque signalée de sa faveur. Cela veut dire simplement que, malgré leur conduite généreuse et qui semblait devoir nécessairement les rendre odieuses à Pharaon, dont elles avaient éludé les ordres, elles ne furent exposées à aucun péril, que leur vie ne fut pas même mise en danger, et qu'elles furent gardées et protégées par cette Providence paternelle qui veille avec bonté sur tous ceux qui se sacrifient pour la cause delà vérité. Il n'est donc pas ici question d'une rémunération spéciale, qui soit venue en quelque sorte ratifier et sanctionner le mensonge dont elles s'étaient rendues coupables ; il s'agit seulement d'une protection divine, qui a couvert l'existence de deux femmes pieuses qui, par crainte de Dieu, s'étaient dévouées pour le salut de leurs compatriotes.
Maintenant, si nous examinons de près la seconde partie du v. 21, nous ne ferons pas difficulté de dire qu'elle est incontestablement mal traduite, au jugement des meilleurs interprètes. En effet, il ne s'y trouve pas moins de deux fautes considérables : la
an LES SAGBft-PElUfBS
(ireflEii^a consiste en ceci qu'on a apj^lifué ces; mots, fi fU proipérer Uur$ maisons (1) , ota il Uwr éâifà des maiiM«(8), aux 8age84Semme8,au lieu de Tentendre des Israâites. Le pronom en effet est masculin et noto féhàwàn j et doit être rapporté au peuple et non à Scîphra et à Puha» Rien de plus fréquent en hébreiï, que la transition brusque d'un sujet à un autre ; le parallélisme du V. 20 en offre une prètive frappante. La seconde faute commise se trouve dans la traduction des mots : il leur fU ou t^ leur édifia des maisons. Pour peu que Ton smt familiarisé avec le génie de la langicfe hébraïque, on sait que édifier ou bâtir une maison, signifie souvent donner naissance à des fils , avoir des descendants, compter une nombreuse postérité. C'est ainsi que Sara , présentant à Abraham sa servante Agar, et invitant celui-ci à la recevoir dans sa couche nuptiale , lui tient ce langage : c Viens , je te prie, » vers ma servante, peut-être aurai-je des* en&nts » par elle ». Il y a proprement dans Thébreu ; peutêtre maison me serait-elle bàiie, peut-être serai^je Mifiée par elle. En effet, chez les Hébreux, des enfouis, une nombreuse famille étaient considérés comme le plas solide fondement de la prospérité d'une maison. Chez eux on était riche, considéré, heureux, k proportion
(1) OSTKRVALD.
(2) llAkTUI.
q«e Von fouvait coaftpter autour de sa taMe un pluà grand oombm de fils ou de filles. C'eât ee <^i explique pourquoi le bmi hébreu bàlîr, édifier^ construire une maison, signifie avoir des fils, des descen* danis, une postérîlé et, par extension de seus, pM»pérer, être heureux. S'il en est ainsi, l'expression du V. 21 [il bâtii des maisons à eux^ c'est^-dire aux Hébreux j et non aux sages^fmnfAes)^ devra être expliquée par ces mots , synonymes ii peu près de ceux qui se lisent dans le V. SO : et Dieu accrut ou multipiia le peuple d7sraël ; en d'autres termes : l'effet de la conduite cou^ rageuse et persévérante des sages-femmes fut que le pawple, au lieu de diminuer et de s'éteindre, s'augmenta et prospéra de jour en jour davantage (i).
Nous Iraduirions donc le v. 20 comme suit : Et Dieu protégea les sages^fetntnes , et le peiépie multiplia ei decint très-puissant : et le v. 21 en ces termes : Et parce que les sages-'femmes craignirent DieUj les Hébreux prospé' rérent beaucoup.
D'après celte interprétation, qui, comme on le voit, a pour elle les meilleures raisons, la difficulté résultant de la récompense accordée à des femmes qui se sout tirées d'une position difficile , au moyen d'un faux-fuyant, disparaît presque entièremeni. Non seulement les sages-femmes ne sont pas louées de la
(1) RosKNHCLLER. Schol, in Exodum.
20fc LES SAGBS-'FBMHBS DBS HBBRBUX.
iisiute qu'elles ont commise, mais le plus parfait silence est gardé à l'égard de leur conduite, aucun i jugement n'est prononcé sur elle, et le lecteur est sur ce |>oint particulier , comme sur tant d'autres, renvoyé à la loi et au témoignage, pour apprécier ce qu'il peut y avoir eu dans leur action , de vrai ou de fiatux, de louable ou de blâmable, de digne d'être imité oa d'être condamné. Nous avons ici devant nous, comme dans d'autres endroits de l'Ecriture, des saints, mais des saints sujets à des infirmités , et dont l'exemple nous avertit de nous tenir sur nos gardes , de veiller et de prier, de peur qu'après avoir combattu vaillamment et remporté de glorieuses victoires , nous ne chancelions et ne tombions, même avant d'avoir quitté le champ de bataille et au moment de nous retirer triomphants.