‹ Essais sur le PentateuqueChapitre 34 sur 77 · PAR LES HÉBREUX · texte numérisé non relu

PAR LES HÉBREUX

CSC intervenue dans cet événement d'une façon spéciale, est justifiée y et toutes les théories laborieusement édifiées pour faire son apologie et celle du peuple hébreu tombent d'elles-mêmes , et se trouvent n'avoir ni but ni effet. C'est ce que nous espérons qu'il ne nous sera pas difficile de montrer, en nous livrant à une étude attentive du récit de Moïse. Hais y avant de procéder à ce travail de critique sacrée, nous désirons offrir ici à nos lecteurs un résumé des principales explications qui ont été données, dans les temps anciens et dans les temps modernes, du fait qui, en ce moment, est l'objet de nos investigations. Ne iïït-ce que comme mémoire, il est bon de les consigner dans ces pages ; et peut-être ne sera-t-on pas fâché d'en lire le résumé suivant.

Pour justifier l'emprunt fait par les Israélites et ordonné par le Seigneur, les uns ont dit : Tout ce que Dieu fait, est bien fait ; nous n'avons ni à scruter ses desseins , ni à critiquer ses voies. Ses volontés sont toujours bonnes , alors même qu'elles nous paraissent inexplicables. Il faut donc courber la tête devant un événement de cette nature , et nous dire à nousmêmes : € Dieu l'a voulu, donc cela était bon ». — Qui ne reconnaîtrait à ce langage le pieux Augustin, qui , toutes les fois qu'il n'est pas le dialecticien le plus opiniâtre et le dogmaticien le plus téméraire , est, de tous les chrétiens, le plus humble et le plus soumis?

Pour atténuer ou pour effacer la gravité du vol

-218 L'BÎfLÈvBhkfirT ras tÀsks Végtpte

jîrétëHclii fait par les Israélites, d*ktLtreâ ont ràîlsbûiié cônîtne suit : Eb'sà qualité de créateni' et de mâ!Itre 'de toiïtes choses, IMea dispose, comme bon hii semifh , de tous les êtres et de tous les objets qui sont ÛMs f ùnivek^. Nos lois sur la propriété Isont postéf}euï*e8 à son droift éternel; il ne les corinatt thèmepas, il me ddit (Sas les connaître , parce qu'il est le Souverain. Donc il a pu perùiëttre, ordonner même aux Istisiéfitfes'^e ^*endre aux Egyptiens ce qui leur aj^iartéUait, sans que les E^ptieAs aient pu réclâiïier avec jtislice, sttns que nous ayons nous-mêmes la mohidre t>bservàlion k feire à cet égard. La pensée de Càlyin, cet im]^ertûrt>àble docteur de la soùyeraineté absolue dé iMeu, se trahit incontestablement dans ce langage, qui est aussi celui de Luthek* et de presque tous les théologiens de la réformation. M. le pasteur A. Coquërel , qui parait avoir adopté cette opinion, Ta rendue dans un style matqué au coiil de la clarté et de la précision : t La doctrine du tien et du àilen, B a-t-il dit , peut-elle s'appliquer k Dieu ? Tdiit lui » appartient souverainement ; dos lois sur là ph)i prïété, quelque origine qu'on assigné à ce principe, » ne Idi sont pas applicables, et ses droits, àntëiîéûrs B aux hblres, ne Subissent audtirie prësdriptioii » (1). Des troisièmes, blâmant Tacte kb Soi, oât thëtéhé

[\)*)àtogHiphiê kicfie, kVéti. liotse.

PâR LSS «fcBKBUX. 1&I9

à J'encuser au moyen de TapfirobatioD dhrme qui hii est doi>née.€e fue les IsraélUes ont fait estmauvtts, et doit être condaBiné au tribunal de la justice et selon les lois de la «orale. Mais Dieo, ont41s ajouté , est maiire de suspendre les lois de la norade , omanne il l'est dinterrampre Taotion des \càs de la Bsrtiire. Il a dasc pu raldre boone par son iaterrefittitm ;igine murre qw, par eHe-ménie, n'ëtait ni plus ni tiMÉds qu'un aâe d'iUftislioe. Rapporter ceKtc opibioti c'est la réfiiler, et le lecteur tre^vera sms doute avec nous que recourir à des raisons de cefté iiMure, c^est prouver >que F^on n'est pas meilleur phitosopfae qtte moMlîste.

MicliAëlis a supposé que les I^raéHtes iemprantèrmt les viases poui* quelques jours' seiifoment ; noâis que, les ayant eâiportés , ih ne puliént les rëttdtH^, comme ils en avaient l'intention ; à quoi M. de Baumer a ajouté detnièrenieifit que^ftar^^bn, en manquant à sa promesse dé les laisser sacrifier doVis le désert , et en les attaquant , les avait mis dans TimpossiMIité de lui tenir leur parole, et devait être par conséquMt considéré comme la cause principale et rattteur responsable d'une spoliation qui n'avait été ni drns l'intention de Moïse , ni dans la pensée du peuple de Dieu.

Les Pères de l^Eglise , Irénée, Tëflullien , Clément d'Alexandrie, ainsi que Philon , Grotius et d'autres, ont soutenu que les Israélites avaient eu le droit de se

i90 l'bnlévbmbnt des vases dégyptb

payer eux-mêmes de leurs longs travaux, par cette fiiible somme qu'ils avaient enlevée à leurs oppresseurs. C'était peu , selon eux , que quelques vases d'or ou d'argent, et quelques vêtements, reçus à titre de compensation, pour tant d'années de peines, de soufirances , de fatigues et de corvées intolérables , pendant lesquelles les Israélites n'avaient été rétribués , ni pour les villes et les forteresses qu'ils avaient bâties, ni pour les monuments qu'ils avaient édifiés.

Enfin , et pour ne pas prolonger des citations qui deviennent inutiles, puisque nous croyons avoir trouvé, dans une saine interprétation du texte, une solution qui rend superflu le recours à des hypothèses plus ou moins plausibles , nous indiquerons encore deux opinions : l'une est celle de quelques antiquaires, qui ont pensé que les Israélites ont pu faire , sans se rendre trop criminels, ce que chacun faisait de leur temps en Egypte i et piller les Egyptiens, chez qui le vol était chose tellement permise et habituelle, qu'il était devenu un uss^e consacré par le temps et les mœurs ; la seconde a été proposée par quelques économistes , qui ont jugé qu'en échange des vases donnés par eux aux Israélites , les Egyptiens ont reçu en gage leurs maisons et leurs terres, et qu'ainsi il y a eu entre eux contrat dressé, traité conclu sur les bases les plus équitables (1).

(1) Pour l'exposition des opinions que nous venons de rappor-

PAR LBS HÉBRBUX. 2^1

Mais il est temps de quitter le champ des conjectures et d'examiner le récit de Moïse ; nous avons assez prêté l'oreille aux discours de la philosophie et aux ai^m^itations de la dogmatique ; il nous faut étudier le contexte, et rechercher quel est le sens clair et simple, qui en ressort le plus naturellement. A notre avis, il n'y a pas eu l'ombre d'une spoliation de la part des Israélites, se rendant au désert, chargés des richesses de l'Egypte ; et il n'y a pas eu spoliation, parce qu'il n'y a pas eu emprunt. Ce que les Israélites ont emporté, ils l'ont reçu à titre de don, comme un présent librement et volontairement accordé. Les Egyptiens ne s'y sont point mépris, et les Hébreux n'y ont vu aucune malice. On nous demandera sans doute : où sont vos preuves? Nous répondrons, les voici :

Jetons d'abord un coup-d'œil sur l'état de l'Egypte au moment où le peuple de Dieu s'apprête à en .^rtir, et cherchons à nous faire de justes idées de la disposition des esprits, de part et d'autre. Le royaume de Pharaon venait d'être frappé coup sur coup des plus redoutables fléaux; à peine l'un des messagers chargé des vengeances du Très-Haut, avait-il disparu qu'un autre lui succédait pour infli-

ter, Dous devons beaucoup au précieux Commentaire géographique de H. Léon de Labobob, que nous avons déjà eu et que nous aurons encore l'occasion de citer plus d'une fois.

293 L^BNLÈVBMBNT DBS VA6B» D^teTPTB

ger de nouveaui^ chfttiinentp. Il n'y aiyait pas un Egyptien qui n'eût souffert ou dans ses propriétés, ou dans ses troupeaux, ou dans sa- santé, ou dans sa fà^ mille. Les champs a^ent été dévastés, les bestiauii avaient été décimés, d'affineuses épidémies avaient moissonné la« population, et la mort avait fitii par enlever, dans chaque maison, le premietHoé de la ftl<^ mille^ rhéritim* naturel, son espoir «t son plus ferme soutien^ La^désolation régnait partout, et la^consCerns^ioo était générale. Humiliés et épouvantés k\^ fois par tant et de si terribles catastrophes, les Egyptitas commencent à ouvrir les yeux, et à reconnaître que ce peuple de pasteurs qu'ils avaient si foit méprise^ que ces pauvres Hébreux qu'ils avaient si indigoe* ment traités^ étaient favorisés> protégés, défendus par un Dieu puissant et redoutable^ supérieur à tons leurs dieux ; et que, devant Moïse et Aaron, avait été confondue la vertu si vantée, et jusque-la ineonte^ table, de leurs devins habiles et de leurs magicien» renommés. Us sont alarmés^ tremblants; le ps^sé les effraie; l'avenir les épouvante. Qm leur assore qu'ils» ne verront pas le retour des jugemeqts formfdable& sous le poids desquels- leur tèle est encore courbéey et que la sévérité eila rigueur' de ces châtiments n'iront pas toujours croissant? La présence d'une nation qui se glorifie de l'appui d'une divinité aussi formidable les inquiète et les trouble. Us se persuadent qu'aussi longtemps que les IsraâÂes de^

mçiireroTit chez ei|^, TjÇgypte n'ai^ra poUilt.de pe«. pos, et que leur élpigi^iiiewt, le plu^prompt PQ^I^, peut sQ^lr^drç au pays le, calme et la prospérité, qu'il a p^rdu depuis quelquf^ temps, lloïsç estefi leurs. yei|x le.plus grapd des prêtres^ le plus capa)i>le des m^ci^p^. Soq. crédit s'est élevç, SQp aut^ité est. deTeiff(Q.iippifms^. On leipépri^aît ^up^ravant, m«mteq$wt,on l'oftinfie et on le crs^qU II pourrait tputi demander,, et tout lui; serait accordé; et tandi^qua^. précédemqi^pt, c'ét^i(,àpeiiii^ si sqs pauyr^s qofUrr. paetriqtes» écrasés so:us le jpug dont, on 1q9 s^yaUi chai^». q\>tenaiQ^| pour prix de leura siiQur;^ Je âiH lairci.de Fesclave, il po^n*^ n^Qtçnant faîr^^ao leur fav^ff dç justQS rédapi^ioq^. solliciter df# dédomr iviagçxa^nf ^ demaivlçr de^; pr^ont^^ ei^rien , ne tluii

C'est^cette disg^^^si^ioi^. df^ es|ffita q^ç le Sei^^eur v4n( que Mpi^p mettç à profit danp l'intérêt f du peuple. Il lui avait dit déjà sur lemppt Horeb (1).: Jf<m. peupk ^,w:lira pas d'Egypte le$ maini tndes ; le JUonimt . ^% veiQu d'accomplir cette promesse, et ]e ûh%nge^. m^nt siji|ir.v^Qu dans lei^ espi^its, psff, un eff^t: des mirade^ de,]!iloïse.et d'A^on, offr^i.une occasion .toute naturelle de la réalisoTr A l'instigation jdetMQMe» qui> eocavï^ttreçu, l'ordre, de l'Etf^neU l^s IsraélUçs der .

(1)ExoDSlU,âi.

224 L*BIfLiVBlfBNT DES VASBS d'ÉGYPTE

mandent, en présent, et en leur qualité de gens pauvres et misérables, qui s'en vont émigrer, et qui ont besoin de beaucoup de choses, les objets qui peuvent leur être nécessaires, soit pour le voyage, soit pour Tentretien de leur culte ; et, sans hésiter, les Egyptiens les leur accordent. Les uns le ûrent sans doute par compassion, touchés qu'ils étaient des longues douleurs d'un peuple injustement opprimé ; les autres y furent portés par la crainte, et ne voulurent pas, par un refus, risquer peut-être de retarder le départ d'un peuple dont le séjour en Egypte avait été marqué, pour eux, par tant de malheurs; des troisièmes, pensèrent peut-être, par cette libéralité, s'attirer la faveur du Dieu qu'adoraient les Israélites, ou du moins songèrent-ils à conjurer sa colère, qui venait d'éclater d'une manière aussi terrible; des quatrièmes accordèrent peut-être ce qu'on leur demanda par respect et par considération pour Moïse, ou comme dédommagement des vexations si patiemment endurées par de malheureux étrangers. Tous se portèrent à ces libéralités, de bon gré, sans contrainte, avec un accord touchant, et sans que le récit puisse laisser supposer qu'il y ait eu refus, ou seulement hésitation, de la part d'aucun Egyptien, dont la libéralité fut, dans cette occasion, sollicitée par les Hébreux (1). C'est là ce que

(1) « Les Egyptiens honorèrent les Hébreux à leur sortie d'E-

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