‹ Essais sur le PentateuqueChapitre 38 sur 77 · LBS MAGICIENS DB PHARAON · texte numérisé non relu

LBS MAGICIENS DB PHARAON

miracle. Aucun des fléaux rapportés dans les chap. VII à XI de TExode, excepté peut-être le dernier, n'était inconnu des Egyptiens ; ils les avaient vus probablement, à d'autres époques, fondre sur leur pays séparément et à des intervalles plus ou moins éloignés. Mais , ce qui leur imprime dans ce cas particulier un caractère miraculeux , c'est qu'ils se succèdent en peu de temps , et avec une grande rapidité , les uns aux autres; c'est qu'ils atteignent un haut degré d'intensité , et embrassent dans leur généralité presque toute l'Egypte ; c'est qu'ils arrivent et se retirent au commandement de Moïse ; c'est qu'en atteignant les Egyptiens, ils épargnent les Hébreux habitant le même pays ; c'est enfin, et surtout, qu'Us sont présentés par ce dernier à Pharaon conune des jugements de Dieu, signes de la faveur du ciel envers les Israélites , et de la colère du Très-Haut à l'égard des Egyptiens. Le vrai miracle ne fait pas abstraction de la nature et ne s'établit jamais dans une complète opposition avec elle ; le charlatanisme seul et l'impiété méconnaissent le rapport qui unit Dieu et l'univers, et rompent avec l'un et l'autre. Dans les plans du Dieu de la grâce , les lois de la création servent à l'accomplissement des desseins de la charité divine envers les hommes. Ainsi pour effectuer le passage de la mer Rouge, un vent impétueux du nord, qui souffle pendant toute une nuit , met à nu le fond du golfe Arabique sous les pas des Hébreux ; ainsi encore ,

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pour châtier Pharaon , les grenouilles , les insectes, les mouches et là grêle, fléaux connus des Egyptiens , accourent au commandement de Dieu , et ravagent le pays. Des miracles qui ne se fussent liés en rien à l'état de TEgypte , n'eussent point convaincu ses habitants que Jébova en était le maître , et qu'il disposait en souverain de cette contrée comme du monde entier ; mais des prodiges qui rappelaient des désastres qui n'étaient point étrangers pouvaient, beaucoup mieux que des catastrophes nouvelles et singulières, apprendre aux Egyptiens que le Dieu des Israélites était supérieur aux faux dieux qu'ils adoraient. A ce point de vue , nous protestons contre la légèreté des incrédules du siècle dernier , qui , dans le récit de Moïse, n'ont vu de miracles nulle part, et nous évitons en même temps l'exagération d'une foi peu éclairée qui, les multipliant.sans raison, les voit pour ainsi dire partout.

Après ces réflexions préliminaires sur la manière générale d'envisager les plaies de l'Egypte , nous allons aborder de plus près notre sujet.

Mais , avant de procéder à l'examen de chacun des fléaux dont le Seigneur frappa l'Egypte , il importe de déterminer le caractère et les opérations des magiciens de Pharaon. Pour expliquer les œuvres qui leur sont attribuées, trois hypothèses seules sont possibles : ou bien il faut ne voir en eux que des charlatans , des escamoteurs , qui , par de froids calculs

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et de honteuses superckeries, avaient açqni» sur l'esprit du roi d'Egypte nn ascendant l|u'ils ne devaient qu'à leur astuce. Ou bien il faut croire, avec quelques* uns^qu'ils ont opéré de vrais miracles par la puissance du démon qui agissait en eux. Ou bien, enfin, l'on peut supposer qu'ils possédaient , au moyen d'un art occulte , le secret, inconnu aujourd'hui , de produire dans le monde visible des changements étonnants quoique limités.

Si , suivant la première et la seconde de ces deux hypothèses , les enchanteurs du roi d'Egypte avaient été des imposteurs ou des agents du diable, concevraitHm que Moïse n'en eût rien dit, et se fôt abstenu de prononcer un jugement sur eux? Il était historien sans doute avant toute chose, et, comme tel, il avait à rapporter des fiiits et non à les juger; cep^idant, si le feit que les magiciens étaient ou des séducteurs ou des satellites du diable lui avait été parfaitement clair, et s'il avait eu sur ce point une opinion décidément arrêtée , est-il croyable que, dans tout le cours d'un si long récit, il se fût abstenu de laisser percer sa manière de voir, ou du moins qu'il se fàt interdit de la faire pressentir? Ce silence de Moïse sur l'origine et la nature des actes des magiciens semble nous donner à entendre qu'il reconnaissait que ces hommes se trouvaient placés sur un terrain mystérieux, difficile à sonder, impossible à comprendre, et que, dans une semblable position , ce qu'il y avait de mieux à

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L'eiposef ces phénomènes extrawdmairee sans chercher à les expliqua, puisque, du Feste, Dieu ne permettait leur apparition que poyr coqfondre leurs auteurs et manifester sa propre gloire.

Exà effet, lorsqu'on lit arec attention les témoignages des anciens e^ des modernes sur Fart des psylles ou enchanteurs de serpents (1) , il est dtficile de se persuader que ces hommes ne devaient qu'à l'adresse ou à la ruse la plupart des phénom^esexr traordinaires qu'ils produisaient. L'on est conduit à supposer, au contraire, que l'état d'extase où ils savaient se mettre en certain temps ; que la puissance sympathique ou magnétique du regard qu'ils pouvaient réveiller en eux à volonté; que l'enthousiasme reKgieux dont ils étaient susceptibles ; que la science qu'ils possédaient de certains secrets de la nature,ont pu les rendre capables d'opérer des prodiges qui déjouent les recherches de la science moderne la phis avancée et la plus compéteute. Des savants du premier ordre, des membres de la commission nommée pour explorer l'Egypte, des honmies qui professaient une incrédulité complète pour ces sortes de manifestations , ont été forcés de reconnaître , après avoir

(1) Od les trouve cités avec une science qui confond nos études superficiellea modernes, dans Bochart, Hieroxoïam, t. II, 1. iii^ ch. VL Voyez aussi Quatrkmkkb, Mémoires sur l' Egypte, l. 1, p. 2Q2 et suiv.

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