LES GÉANTS
molQgie» lesnephilim seraient des agre$$eurs^ des tyrans^ des hommes redoutables. Symmachus, en effet , Ta traduit par hommes violents {biaïoï) , et Âquila par brigands^ ou voleurs de grand chemin (ot epipiplontes).
Cette opinion est celle des meilleurs commentateurs. Calvin, avec sa science philologique, n'a pas eu de peine à découvrir la vraie étymologie du mol ; et, avec sa perspicacité admirable , il en a pénétré de suite la signification véritable : t Je me range, dit-il, » à l'opinion de ceux qui pensent que les géants ODt » été ainsi appelés parce que, semblables à une tem- » pête ou à un ouragan qui ravage les champs et dé- » truil les moissons, ces brigands répandaient dans » le monde la dévastation et le carnage, au moyen de » leurs perpétuelles invasions. Moïse ne dit pas qu'ils » fussent d'une stature physique inusitée, mais seu- 9 lement qu'ils étaient corporellement très-robus— » tes » (1). C'est aussi da pensée de Hess : « Ces » hommes, dit-il, se distinguaient par leurs actes de
> barbare violence , et par leur force corporelle peu
> commune. L'antiquité les a appelés une race de
> géants; mais, dans le fait, c'est moins par le vo« » lume considérable de leur corps qu'ils se sont ren- * dus fameux, que par leur cruauté et leur barbarie. . .
> La puissance qu'ils avaient déployée en détruisant
t) Commeni. in Genenn,
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> les bétes féroces , foi bientôt par eux appliquée à
> opprimer rhumanité >(!)•< Us n'étaient peut-être » pas tous, dit l'auteur de V Explication du livre de la Ge-
> ni$e^ d'une taille et d'une masse énorme..., mais ils 9 étaient tous, comme l'Ecriture les peint ici et dans »Baruch, pleins de confiance en leurs forces, en fleurs armes, en leur expérience, en leur savoir
> dans lous les exercices du corps , ne comptant » pour rien ni la sagesse , ni le savoir, ni la piété , ni 9 la justice » (2). Rosenmuller est du même avis, et n'entend autre chose par les géants de la Genèse, que des tyrans ou des brigands (3).
On le voit donc, l'étymologie propre du mot hébreu nephilim donne pour signification celle d'hommes forts et oppresseurs, et non celle de géants. Maintenant, qu'y aurait-il d'étonnant à ce qu'à une époque où la durée de la vie humaine était beaucoup plus longue qu'elle ne l'est aujourd'hui , où la force du tempérament était vigoureuse en proportion, où l'esprit, plongé dans la chair, devait servir à développer démesurément le volume du corps, il eût existé une race d'hommes dont l'excès de la taille marquât celui de leur orgueil et de leur sensualité? Si, neuf cent cinquante-huit ans plus tard, les Israélites
(1) GeiehiehU der Patriarehen I, 99.
(2) Tome II, p. 55, 56.
(3) SehoHa in GeneHn, p. 84.
6H LBS GÉANTS.
trouvent encore, dans le pays de Canaan, des hommes singulièrement grands ou excessivement forts (1) ; si, trente-neuf ans après, Moïse nous parle du lit d'Hog , roi de Basan , qui avait neuf coudées de long sur quatre de large, c'est-à-dire, quinze pieds quatre pouces de longueur (2) ; si , du temps de David, il existait un Goliath, qui avait six coudées et une paume de haut , c'est-à-dire , dix pieds sept pouces (3) ; et si quelques individus de cette espèce se rencontraient encore du temps de Josué et de David, à une époque où l'on peut présumer que non seulement la durée de là vie, mais encore la fore» du corps, avaient de beaucoup diminué, comment avant le déluge ne se seraient pas trouvées quelques familles d'une stature fort au-dessus de la grandeur des hommes ordinaires? t II y a beaucoup d'appa- » rence, dit Dom Calmet (4), que les premiers hom-
> mes étaient d'une taille et d'une force beaucoup
> au-dessus de celles des hommes d'aujourd'hui , » puisqu'ils vivaient beaucoup plus longtemps ; les
> longues vies étant d'ordinaire l'effet d'une consti-
(I) NOMB. Xlil , 33, ai. L'Ecriture los appelle Repkaîm, Réphains (Genèse XIV,.5), c'est-à-dire, selon tonto prob<abilité, hoirmes robwle» et puiuaru»; Enakim, Hanakins, ou descendants d'Enack (Deut. I, 28; U, 10, 11. Josné XiV, 15); Emim, Emins, gens formidables (Genèse XIV, 5. Deut. Il, 10).
(S) Dbut. 111,11.
(3) i Rois XVII, 4.
(4) Dici, de (a Bible, tome II. p. 554.