‹ Essais sur le PentateuqueChapitre 5 sur 77 · TES GÉANTS · texte numérisé non relu

TES GÉANTS

» tution forte et vigoureuse. > Nous n'admettons pas, dans tous les cas , qu'à l'époque dont parle Moïse la terre ne fât peuplée que de géants ; le texte sacré n'oblige point à cette interprétation. Il a suffi de quelques individus, ou peut-être d'une branche parti-

culière de la famille humaine, pour que l'auteur de la Genèse ait adopté à leur égard le langage qu'il a tenu (1).

Si l'on en croit Dom Calmet , l'on aurait trouvé , à diverses époques et en diflférentes contrées, des squelettes d'hommes , que leur longueur ne permet pas de rapporter à une autre race que celle des géants (2). Nous ne nous permettrons pas de nous prononcer sur des témoignages contestables sans doute, et dont nous n'avons pu vérifier la validité (3) ; mais ce que nous croyons certain, c'est que c'est du fait historique et biblique, qu'antérieurement au déluge et depuis cette époque il a existé une race d'hommes d'une force physique inouïe , d'un caractère cruel et de mœurs barbares , que sont nées les fictions de la mythologie ancienne sur les géants, sur les travaux d'Hercule et probablement aussi sur les monstres moitié hommes moitié bétes de l'antiquité.

(1) Calvin, Commeni.in Generin inloco,

(2) Diet. hisi., (ome II, p. 555-557. *

(3) Voyez aussi Lelires de quelquei Juifs, eU., à M. de Voltaire, tome H, lettre 111, $3.

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Les géants Othus et Ephialtes d'Homère (1), son cy- ' dope Polyphème (2), et les autres imaginations des anciens n'ont sans doute pas d'autre origine que les faits racontés par Moïse» mais défigurés par la tradition. L'histoire a précédé la fable» la fable n'est autre chose qu'une corruption de l'histoire ; ou» comme l'a dit très-spirituellemenl un mochuana converti de la station du missionnaire français Casalis » de Taba- Bossiou» dans le pays des Bassoutos (Afrique méridionale) : V erreur est une vérité égarée.

(1) Odyfs^Jiv. II, y. 306.

(2) Odyuée, liv. IX, v. 240.

•BvAsB VI, VU, VIU.

JLe fait du déluge n'a été nié par aucun des savants qui se sont occupés avec quelque attention de Tétude de notre globe ; et ce qu'il y a de bien remarquable , c'est que, sans avpir été guidés dans leurs recherches par aucun désir de justifier le récit de Moïse et de confirmer la vérité des faits rapportés par la Bible, ils sont arrivés sur la voie de la science, et par des procédés d'observation et de déduction rationnelle, à des résultats qui concordent parfaitement avec les documents de la révélation divine. S'il en fallait des preuves, nous citerions ces paroles positives du père des sciences naturelles modernes, du grand Cuvier, qui.

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dans son discours sur les révolutions de la surface du globe, s'est exprimé comme suit sur ce sujet : c Je

> pense avec MM. de Luc et Dolomieu, que, s'il y a 9 quelque chose de démontré en géologie, c'est que la

> surface de notre globe a été la victime d'une grande » et soudaine révolution, dont la date ne peut pas re- M monter beaucoup plus haut que cinq ou six. mille » ans. > Le D*^ Buckland, dans un traité de la collection de Bridgewater, où il a fait voir les rapports de la géologie avec la théologie naturelle, a mis aussi l'authenticité du fait du déluge hors de toute espèce de contestation, s'il était vrai que la Bible eût besoin de la science humaine pour ajouter quelque chose à son autorité suprême et infaillible.

Donc, d'après la Bible et le témoignage impartial de la science géologique, un épouvantable cataclysme a bouleversé la surface de notre terre, à une époque qui est précisément celle que Moïse assigne à ce grand événement , qui fait époque dans les annales de l'humanité. Le seul point sur lequel il y ait doute ou divergence , c'est sur le plus ou moins d'étendue de la catastrophe qui a submergé la terre. Le déluge at-il été universel, ou ne s'est-il étendu qu'à une partie de notre globe? Des savants chrétiens, pénétrés également de vénération et de soumission pour les oracles de nos saints livres, ont répondu par l'affirmative à l'une et l'autre de ces questions. Il y en a qui croient que le déluge a été universel ; il y en a qui

pensent qu'il n'a été que partiel: fiàpportons ici soinmairement les principaux arguments que les uns et les autres ont avancés en faveur de l'opinion qu'ils ont adoptée ; et d'abord , commençons par ceux qui inclinent à croire que le déluge n'a pas été universel. Ils cherchent à prouver, d'abord , que l'étude de la nature s'oppose à ce que l'on croie qu'à Fépoque dé Noé les eaux du déluge ont couvett la surface de la terre ; ils s'appliquent à montrer ensuite, que cette opinion n'est point en contradiction avec FEcriture, attendu que le récit de Moïse, convenablement interprété, ne nous oblige pas à admettre que la terre entière ait été submergée du temps de Noé. Ainsi donc, aliments fournis par les sciences naturelles, arguments empruntés à l'Ecriture, voilh tout l'arsenal qu'ils déploient pour attaquer l'opinion généralement admise d'un déluge universel.

Objections fournies par les sciences naturelles : Tous les fossiles d'animaux que l'on trouve aujourd'hui dans les entrailles de la terre , depuis les terrains les plus anciens jusqu'aux terrains les plus récents, prouvent, par leur nature , leur diversité , leur arrangement et leur disposition dans des couches distinctes les unes des autres, qu'ils appartiennent à des époques beaucoup plus anciennes que le déluge, et qu'ils ont eu pour cause des révolutions terrestres bien autrement puissantes que celle d'une inondation [>assagère.

^k LE DéLUGK.

L'absence de débris d'êtres humains dans tous les terrains explorés et dans toutes les cavernes à fossiles, qui du reste sont remplies de fossiles d'animaux de toute sorte, offre une nouvelle présomption contre la croyance à une inondation générale.

Les quartiers de rocs et les cailloux roulés qui couvrent le sol de notre globe dans différents enr droits de sa surface ne peuvent point y avoir été entraînés par l'effet des eaux du déluge au moment de leur retraite, mais accusent des périodes de temps beaucoup plus considérables et une action de l'eau beaucoup plus grande que celle d'un déluge de trois cents jours.

Les cônes de cendre de plusieurs montagnes du Languedoc et de l'Auvergne , qui , dans des temps fort anciens, ont produit de vastes éruptions volcaniques, n'auraient point résisté à l'action du déluge, si depuis qu'ils existent un déluge les avait couverts jusqu'à leurs plus hautes sommités.

Il existe, en Afrique et en Amérique, desarbres dont on peut calculer l'âge d'après des données sûres, et dont l'antiquité remonte à une époque antérieure au déluge. Si les eaux, du temps de Noé, avaient couvert la terre entière pendant trois cents jours , il est incontestable que ces arbres auraient péri; leur existence prouverait donc que tout notre globe n'a pas été submei^é du temps du déluge noachique.

Pour submei^er la terre entière et la couvrir d'eau

jusqu'au sommet des plus hautes montagnes , il aurait fallu non-seulement toutes les eaux que les nuëes peuvent produire par le procédé de l'évaporation, et qui , lorsque Tair est le plus saturé de yai)eurs, ne peuvent jamais donner un volume d'eau qui excède sept pouces de hauteur, mais encore huit fois la quantité d'eau que renferment toutes les mers réunies et les profondeurs de l'Océan.

Un pareil volume d'eau ajouté à la pesanteur de la terre, en augmentant singulièrement son poids normal , aurait étendu le diamètre de l'équateur, accru la force du centre de gravité, fait varier considérablement le mouvement de l'axe de notre planète, et produit ainsi une perturbation dont les effets auraient été incalculables pour tout le système solaire.

Le nombre considérable d'animaux de toute espèce qu'il aurait fallu conserver dans Tarche , la quantité et la variété de nourriture qu'ils auraient exigées, la différence de loges et de traitement qui auraient dû leur être appropriés , le fait que certains poissons et certains animaux à écailles ne peuvent pas vivre dans l'eau salée, tandis que d'autres ne peuvent pas respirer dans l'eau fraîche; la circonstance que l'eau des mers , profondément modifiçe par la quantité d'eau de pluie qui y serait tombée, aurait détruit presque tous les êtres vivants qu'elle renferme, sont tout autant de raisons qui, aux yeux des naturalistes dont nous exposons les vues, s'opposent encore à ce

que Von croie à runîversalîté du (léluge ei à la coih serration de tous les animaux dans Farche.

L'es partisans de Topinion que nous exposons vont plus loin , et disent : Ce déluge noaefaique^ dont un examen attentif de la surfece de notre globe ne laisse guère apercevoir de traces, dans quel but aurait-il été universel ? Le dessein de Dien» en envoyant ce fléau sur la terre, était évidemment et exclusivement de punir la race humaine de ses crimes. Ce qui importait donc , c'était , non que notre globe fût submet^é dans toutes ses parties , mais que la race humaine périt. Or, si la race humaine, encore peii nombreuse et rassemblée dans certaines contrées, n-avait encore eu ni le temps ni la puissance de s'étendre au loin et de couvrir la terre de ses établissements , quelle nécessité y avait-il que tous les continents non encore habités fussent submergés par uu cataclysme disproportionné quant à sa grandeur ei à son extension, au but qu'il s'agissait d'atteindre? Il suffisait que l'Asie, berceau de la race humaine, fut inondée, pour que les desseins de la justice divine fussent accomplis , et pour que les hommes apf^issent h craindre ses jugements (1). Dans cette hypo-

(1) neux raisons principales porteot à penser que la population de notre globe, à l'époque du déluge, était peu considérable. V I! paratt d'abord que les naissances étaiont rares, et que, parte moyen de la longévité des premiers honiines., nécesisaire à la conservation des traditions religieuses et morales. Dieu avait i^oulu suppléer au

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ih^e, toutes les difficiikés réraltant de Tarche et des aHÎmanx qu'elle reofermait disparaissent ; car, d'après Tordre de Dieu, Noé n'aura pris avec lui dans l'arche que les bétes du pays habité par hd, et qni lui étaient nécessaires pour le moment où il sortirait de l'arche avec sa famttle.

La Bible, ajoutent nos auteurs, vient ici à notre aide et confirme notre opinion. Un examen impartial du texte de Moïse écarte sans peine toutes les difficultés gratuitement soulevées par l'interprétation littérale. Voici le passage de Moïse : « Et les eaux se 9 renforcèrent prodigieusement sur la terre, et toutes B les plus hautesmontagnes qui étaient sous les cieux 9 furent couvertes » (1). Pour peu que l'on soit femiliarisé avec le style de l'Ecriture, l'on sait que ces expressions générales ^ la terre , les cieux , le monde habitable, sont employées dans un sens restreint. En voici quelques exemples. Lors de la famine qui désola le pays de Canaan du temps de Joseph^ il est dit tQue la famîne<était sur toute la face delà imre ; que iouu la terre vint en Egypte -pour acheter du blé au-

petît nombre d'enfants qui naissaient dans chaque femille ( Voyez Ckniése V, 3-2S); ^ la dépravation de Thumanité à cette époque devait être ^Kiaai.uiie cause poissante de diminution daiia la propagation de l'espèce. Deux vices surtout, le libertinage et la tyraome, ont &ù corico«riril' très pfc/bableroent à diminuer la population ou du moins i Fempécher de s'accrotire (Voyez v. 2 et 4, et V. Il do cbap. cité ci-dessos).

(i) Gbn. ?II, 19.

près de Joseph, parce quo la famine était extrême 5ur ijQvÀt la terre (1). Qui songe à prendre ces expressions dans leur sens propre? qui ne voit qu'il ne faut les appliquer qu'aux pays qui étaient à une certaine distance de l'Egypte et qui pouvaient entretenir des rapports avec ce royaume? Souvent même les mots toute la terre ne signifient autre chose que la Palestine. Ainsi , dans ce passage : c Aloi*s Moïse monta des » campagnes de Moab sur la montagne de Nébo, au » sommel de la colline qui est vis-à-vis de Jérico, et » l'Eternel lui fit voir toute la lerre^ depuis Galaad jus- » qu'à Dan , » la terre signifie proprement la partie du pays de Canaan que Moïse pouvait embrasser des yeux. On peut consulter encore, comme parallèles, les passages suivants : Esaïe XXIV, 10; X, 4. Jér. I, 18; IV, 20; Vin, 16; XII, 12; XL, 40. Soph. I, 18; III, 19.

Il en est de même de la description des animaux qui entrèrent dans l'arche. Moïse nous dit que ce furent c toutes les bétes selon leur espèce, tous les » animaux domestiques selon leur espèce, tous les » reptiles qui rampent sur la terre, selon leur espèce, » et tous les oiseaux selon leur espèce, et tout » petit oiseau ayant des ailes , de quelque sorte que » ce soit. » Or, que l'on compare cette énumération avec celle qui nous est donnée dans Actes X, 12 des

(I)Gb\. XLI. 56. 57.

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animaux que Pierre vit en vision, et où il nous est dit que ce furent c tous les quadrupèdes de* la terre, > et les bétes sauvages, et les reptiles, et les oiseaux A du ciel ; » et Ton s'assurera que dans le premier de ces passages, comme dans le second, les expressions générales de tous et de toutes doivent être prises dans un sens restreint. Quel élait le but de la vision accordée à Pierre? C'était de le cJtivaincre que la différence établie par Moïse entre les animaux purs et les animaux impurs était abolie; mais, pour atteindre ce but, il n'était pas nécessaire que tous les animaux fassent compris dans le linceul offert à ses regards : il suffisait d'un ou de deux d'entre eux au plus. L'on peut dire même que la présence de l'universalité des animaux eût produit une confusion qui aurait plut/)t nui à l'effet que Dieu voulait obtenir, qu'elle n'y aurait concouru. D'où il faut conclure que les animaux recueillis avec Noé dans l'arche ont été ceuxlà seulement avec lesquels l'homme avait eu jusquelà des rapports, ou qui devaient servir plus tard à ses besoins , c'est-àrdire , le gibier, les animaux domestiques, les petits quadrupèdes et les oiseaux.

Résumons l'opinion des savants qui ne croient pas à l'universalité du déluge.

La race humaine tout entière a été détruite par le déluge du temps de Noé, à l'exception de ve patriarche et de sa famille.

Mais ce châtiment du Dieu juste et vengeur, qui a

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fondu sur rhumanité rasseaiMée au centre de TAsie, non loin d'Eden , n'a pas exigé que la lerre entière iùt submergée, puisqu'il est probable qu'à c^te époque notre globe n'était pas habité dans toute son étendue.

Les anûnaux qui ont été conservés dans l'archç ne sont pas tous les animaux de la terre, mais seulement ceux qui étaient s^la portée de Noé, «t qu!il pouvait lui convenir de conserver pour son utilité propre et celle de sa famille (1).

Passons maintenant à l'exposé des motifs qui ont déterminé des hommes non moins savants et non moins pieux a croire à l'universalité du déluge.

Ils en appellent, premièrement et avant toute autre évidence, aux déclarations mêmes de l'Ecriture sui* ce sujet. Us les trouvent si claires, si précises, si absolues, qu'il leur, semble impossible qu'on en puisse restmndre le sens. Us ne nient pas que, dans d'autres ^idroits de l'histoire biblique , ces mots, la terre, toute la terre, ne puissent désigner une partie du globe seulement, ou même le pays de Canaan en particulier. Mais, appliqué au récit du déluge, ce mod^ 4'interprétation leur parait inadmissible; et il leni* semble que le fait du déluge est annoncé d'une ma-

(1) Sur toutes ces considérations, consultez l'ouvrage du doctt^iir Pyb S«iitb, Scripiuré ondGeofony, Leclj IV, V et VII. part. ii.

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nière si générale et si solennelle, que c'est faire violence au texte que de ne Tentendre que d'une inondation partielle qui aurait à peine ravagé un seul continent. La généralité des termes employés par l'Ecriture, et quant à l'extension de cette catastrophe, et quant à la description des animaux renfermés dans l'arche, ne permet pas de supposer que l'historien sacré ait voulu signifier par là autre chose qu'un déluge universel.

Ils s'appuient ensuite sur les histoires et les traditions de tous les peuples de la terre. Chez les Egyptiens, disent-ils, chez les Chaldéens , les Phéniciens, les Grecs , les Celtes , les Scythes , partout l'on retrouve soit dans leurs systèmes de mythologie, soit dans leurs rites, soit dans les anciens documents de leur littérature, des traces indubitables d'un déluge universel. Le Nouveau-Monde lui-même, le nord et le sud de l'Amérique ont fourni des emblèmes et des fragments d'histoire qui se rapportent à ce gi*and événement ; et non-seulement les habitants du Mexique et du Pérou, mais' encore les insulaires de la mer du Sud, récemment découverts, et toutes les peuplades nouvelles que chaque génération inscrit dans les annales de la géographie ont conservé quelques restes de la tradition du terrible déluge raconté par Moïse. Comment expliquer l'universalité et la ressemblance de ces souvenirs, quelque confus et dénaturés qu'ils puissent nous paraître, autrement que

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par la solennelle et épouvantable révolution qui leur a donné naissance (1)?

Aux preuves scripturaires et historiques on ajoute des preuves géologiques. L'une des plus frappantes est celle qui est fournie par Texistencc des vallées it dénudaiim, L*on sait que Ton désigne ainsi des vallées creusées dans des plateajix élevés par Taction d'un immense courant, qui a laissé à nu sur les parois de

la vallée les couches correspondantes du terrain. Or, d'une part, les collines ainsi coupées ont formé originairement une seule et même ligne d'élévation; et, de l'antre, les torrents qui les ont séparées ne sont point de simples rivières, puisque dans les lieux où se trouvent ces vallées aucun agent naturel ne peut les avoir excavées. D'où il suit que leur existence ne saurait être attribuée à une autre cause que celle de

(1) Sur le revers de quelques médailles eu bronze de la ville d'Àpamée, en Phrygie, on voit un coffre voguant sur les eaax, et dans lequel sont un bomme et une femme : sur le couvercle du colfre est un oiseau, et un autre se balance dans Tair, tenant dans SOS pattes une branche d'olivier. Sur l'un des côtés de l'arche se trouvent quelques lettres qui semblent figurer le nom do Noé. On sait que le mont Ararat était dans le voisinage d'Âpamée.

En 1696, on a découvert, dans les environs de Rome, un vase qui représente en grand le sujet du déluge. 11 y a plusieurs couples d'animaux, et plusieurs figures humaines, toutes dans la position de quelqu'un qui cherche à i^chapper à une inondation : toutes les femmes sont portées sur les épaules des hommes. On présume que c'était un des vases dont on se servait dans la célébration de Yhydrophoria^ ou commémoration du déluge (D^ NVisbman, Rapport efilre la tcience H la religion révélée, — 9« Discoure.)

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violents courants» tels que ceux qui ont pu et dâ se former par l'écoulement des eaux du déluge.

Les blocs erratiques sont une autre preuve. Plusieurs de nos lecteurs ont entendu parler de ces longues lignes de rockers posés sur le terrain» daRs une direction constante du n<ml-est au sud-ouest» et qui, à partir des régions polaires» s' ét^ident jusqu'en Angleterre et en Allemagne. Plusieurs de ces blocs ont de trente à soixante pieds de hauteur» et pèsent plusieurs milliers. On a calculé que le torrent qui les a transportés n'a pas dû avoir moins de deux mille cinq cents pieds de profondeur. L'on a expliqué l'origine de ce courant, ou par la fusion subite des glaciers des Alpes, lors du dernier soulèvement de cette chaîne, ou en supposant qu'à l'époque du déluge (du^ sieurs montagnes, ayant été soulevées, ont chassé avec violence les mers dont elles sont venues prendre la place. Co ne sont là que des hypothèses, mais qui rendent compte d'une manière assez satisfaisante de l'existence des blocs erratiques (1).

Pasmns à un autre phénomène géologique. Ce sont les càvimes à osiemems, aussi récemment découvertes. On appelle ainsi certaines cavités naturelles que Ton trouve en Angleterre, dans le Jura, dmis le midi de hi France, en Amérique, et où, sous Une couche de

^1) Ce paragraphe et le précédent sont, avec quelques modifications, empruntés à Pouvragedu I>^ VViseman, IMtcours anàlyiiqulr.

^ LB D^XUGB.

terre peu profonde, se trouve réuni un mélange considérable de débris de toutes sortes d'animaux, dont la plupart app<irtiennent à des espèces qui existent encore. Comment rendre raison de cette accumulation de fossiles d'animaux de toute espèce à la surface du sol , et dans un espace de quelques pieds carrés, autrement que par une inondation qui les y a entraînés ou surpris?

L'uniformité îles effets produits par le déluge peut donc être considérée comme une preuve de son universalité. Maïs d'autres faits viennent encore corroborer le témoignage de nos saints livres quant à la date qu'ils assignent à cette immense révolution. Et ici les données sont si positives, et les calculs si précis , que la preuve revêt presque la force d'une démonstration. Nous voulons parler des deltas formés a l'embouchure des rivières par l'accumulation des alluvions, du mouvement et de la marche des dunes de sable sur les bords de la mer, et des détritus que l'on rencontre au pied des hautes montagnes. L'on connaît, avec une rigoureuse exactitude, la quantité de dépôt que forment annuellement les alluvions du Nil en Egypte , et du Pô dans l'Adriatique. L'ou sait également, grâce aux persévérants travaux de l'infatigable de Bremontier, le chemin que parcourent les dunes dans un espace de temps donné , soit dans le département des Laudes , soit sur les côtes de la Hollande. L'on a calculé aussi la quantité de détritus

et de débris que Taction de Tair, de Teau et du vent détache chaque année des flancs des montagnes et accumule à leur base. Eh bien , toutes ces supputations , basées sur des phénomènes incontestables et faites avec un immense talent et une consciencieuse exactitude, établissent qu'il n'y a pas plus de quatre à cinq mille ans que ces alluvions ont commencé à se former ; que ces dunes ont ouvert leur marche vers l'intérieur, et que ces détritus ont jeté leurs premiers débris; or c'est précisément là Tépoque où le déluge noachique a dû renouveler la face de la terre, en déterminant la forme de nos continents actuels, le cours de nos rivièi*es el la hauteur de nos montagnes.

On le voit donc, de part et d'autre les arguments sont nombreux, et ne manquent pas de valeur. Mais peut-être, pour le moment, faut-il encore laisser irrésolue une question qu'il serait téméraire de trancher, au point où sont parvenues les sciences naturelles. La géologie surtout a fait, depuis Cuvier, des pas de géant. Ce grand génie est déjà dépassé par ses disciples, et chaque année ajoute aux découvertes de Tannée qui Ta précédée. On recueille des faits, on constate des découvertes ; mais l'heure ne semble pas encore venue d'en tirer des inductions, d'en déduire des conséquences. La science progresse si rapidement, qu'il n'est pas rare d'entendre des savants de premier ordre rétracter publiquement les assers

86 LR mi.rc^E,

tions qu'ils avaient avancées et soutenues quelques années auparavant. Ainsi, en Angleterre, le profes* seiu* Segwick et M. Greenough ont ouvertement abandonné, avec une franchise et une loyauté qui leur font honneur, en séance publique de la société géologique de Londres, le premier, son opinion sur les graviers diluviens; le second, son hypothèse sur Faction des eaux du déluge. Il ne serait pas difficile de noter de pareilles variations, dans le cours do ces dernières années, parmi nos plus grandes célébrités géologiques du continent.

La science marche, laissons-la marcher ; ne soyons doue pas impatients, et ne nous hâtons pas de conclure. Tous les matériaux que les sciences naturelles accumulent serviront en définitive, n'en doutons pas, à illustrer, à confirmer, à prouver les faits contenus dans la révélation. Un résultat positivement acquis jusqu'à ce jour, c'est que , quelque théorie que l'on adopte au sujet du déluge, que l'on estime qu'il a couvert la surface du globe, ou qu'on le limite à un seul continent, ou même à une seule contrée, la révélation demeure intacte, l'histoire écrite par Moïse n'a souflerl aucune atteinte, la Genèse est justifiée. Et ce qui est digne de remarque et bien propre à réjouir tous les disciples de la révélation, c'est que, tandis que, dans le siècle dernier, une fausse philosophie se servait d'une demi-science pour attaquer et ébranler l'authenticité et la vérité des faits

rapportés dans nos saints livres. Ton voit aujourd'hui presque tous les savants naturalistes de TAngleterre, de la France et de rAllemagne, quoique parfaitement indépendants par leur caractère et libres dans leur marche, chercher toutefois à faire concorder les résultats de leurs laborieuses et gatientes investigations avec les documents antiques des livres inspirés. La science ne mérite vraiment ce nom, que lorsque, cultivée pour elle-même et n'obéissant à aucune considération étrangère, elle tend à son but par des procédés rationnels basés sur l'observation de faits dûment constatés. Mais elle est bien respectable lorsque dans ce point de vue, le seul vrai, le seul réel, elle se rappelle qu'elle n'est que moyen et non pas but, et qu'avant elle et au-dessus d'elle il y a quelque chose de plus grand qu'elle, la religion, à la gloire de laquelle elle doit travailler et concourir. Au surplus, qu'elle le veuille ou qu elle ne le veuille pas, qu'elle s'égare loin de la révélation ou qu'elle s'en rapproche, elle a prêché et prêchera toujours que la Parole de Dieu est infaillible, et que jamais elle n'a été convaincue d'erreur.

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